GARD
À eux deux, ils pèsent leur poids dans le monde viticole et agricole languedocien. Vin, céréales, arboriculture et foncier régional, les frères Granier ne font pourtant pas tourner seuls le Mas éponyme, héritage familial qui se pare de nouveaux atours en ouvrant son caveau aux produits diversifiés et ses grilles aux festivités.
Mas Granier
© Crédit photo : PhD
Il y a plus de 30 ans que Dominique Granier a élu domicile à Aspères, près de Sommières, au Cellier du Mas Montel, acquis en 1945 par Marcel Granier. Autant d'années pour deux des fils, Dominique et Jean-Philippe, à se former tout en devenant viticulteurs, vraqueurs, commerciaux, et toute autre casquette qu'implique la prise en main d'une exploitation. Sur les terres de leur père depuis 1992, Dominique Granier et son frère œnologue vendaient les vins à "10 francs pièce, et un rosé à 11 francs". Quand Jean-Philippe a lancé, en 1988, la cuvée 'Psalmodi', toujours d'actualité mais en "entrée de gamme", les deux frères se sont pris à rêver ce premier haut de gamme à 15 francs. Excès d'audace pour Granier père ! "Vous êtes fous, nous a-t-il dit ! Vous vous prenez pour des Bourguignons ?", se souvient Dominique.
Aujourd'hui, le gérant et l'œnologue associé du domaine n'ont plus peur de leurs ambitions, mais préfèrent consacrer leur énergie à une offre plus diversifiée, que ce soit en produits maison comme en prestations. En ralentissant la cadence à la vigne, pour mieux se tourner vers les blé ancien, truffe et autre huile d'olive, les Granier veulent donner un nouveau souffle au mas familial, sans pour autant tourner le dos au noble breuvage qui leur a permis de se faire un nom en Languedoc.
"Ici, on est les rois du pétrole. À l'extérieur, on est un vin comme les autres, au même titre que les Terrasses du Larzac, les Pic Saint Loup, les Corbières ou les Costières. Ici, on vend du Mas Granier, on vend une histoire, du terroir. On vend du beau." La vigne, c'est bien joli, mais après trois décennies à s'escrimer pour replanter, vendre, et vendre mieux, le temps est venu de lever le pied et d'amorcer une nouvelle ère. Du temps de leur père Marcel, le domaine vendait 3 000 hl. "En 1982, il y avait trois chèques pour trois acheteurs. En arrivant, j'en ai perdu deux, il a donc fallu cavaler !", se remémore Dominique. L'ancien président de la Chambre d'agriculture du Gard, devenu président de la Safer Occitanie, a accompagné l'évolution du mas, en même temps que les vins du Languedoc gagnaient en notoriété, entre autres portée par Jean-Philippe, directeur technique de l'AOP Languedoc.
Depuis les défriches de 1992 par leur père, alors maire d'Aspères, les frères Granier, désormais réunis en GFA (Groupement foncier agricole) familial, ont pu investir chacun 1 ha via le remembrement communal, avant de regrouper 15 ha avec la Safer. Grâce à l'irrigation, ils ont "remonté le niveau qualitatif des vins". Alors que les vignes ne produisaient pas assez à une époque où d'aucuns s'empressaient de les faire pisser, le terroir leur a prouvé "que l'on pouvait faire de grands vins", déclare Dominique.
Après avoir fait du Mas Granier une carte maîtresse des appellations, "tout en conservant un peu d'IGP", Jean-Philippe prévoit de réduire la voilure à 25 ha, "si l'on veut se diversifier". C'est justement le projet. Car "il faut produire ce que l'on vend, et à un certain prix", ajoute-t-il. Et "vu l'économie viticole actuelle, il faut planter autre chose", sait l'homme des AOP Languedoc. Pourquoi pas des pistachiers.
Vrac, vergers, vente, communication, "on ne peut pas chasser partout", admet Dominique. Au même titre que la vigne peut être chronophage, les céréales et le maraîchage relèvent du sacerdoce, sans compter leurs mandats respectifs et autres obligations à honorer. Le blé, il en a soupé pendant des années. "Je faisais jusqu'à 30 ha, avec du tournesol semences, mais aussi du fenouil, de la semoule, du maïs, des tomates, du melon..." Peu rémunérateur, à faibles rendements, Dominique a remisé un temps le blé au placard, avant de re-semer des variétés anciennes, il y a quatre ans (Florence Aurore, la Touzelle "très atypique") et du blé dur pour les pâtes. Car c'est aussi ce qu'ils ont entrepris "autour du vin" qui a maintenu à flot le domaine. Si le gérant ne prévoit pas de sitôt de "concurrencer Francine ni Lustucru", l'artisanat direct fait l'affaire, complétant l'offre par les légumes de leur partenaire maraîcher Essaïd El Moussaoui, et la viande fournie par le berger.
"Notre père a toujours privilégié l'accueil", fait remarquer Dominique, désignant l'espace réservé aux camping-caristes. "Il leur donnait une bouteille et en faisait des ambassadeurs." Mais il en faut plus pour donner envie au public de pousser les portes d'un domaine, aussi chargé d'histoires et de souvenirs soit-il.
En épicurien assumé, Dominique Granier voit un "potentiel énorme" à creuser pour redonner une seconde vie au mas. Vendre du vin, il sait faire. Alors en ravivant l'éclat de la cave "magique" du XVIIIe siècle, celle du XIXe aux immenses barriques et la plus récente, de 2012, bâtie en pierres du Pont du Gard, ce sont plusieurs siècles d'histoire qu'il veut donner à voir aux visiteurs, dans un projet de "séminaire locavore". Location de salle, dégustation autour de la truffe, ateliers pâtes, "pizz'art" cuites au four à pain, moulin à huile... Il s'est même octroyé le plaisir de faire creuser 200 pièges à truffes, "à surveiller" dans les mois à venir. Avec une nouvelle génération Granier aux manettes, en la personne de Lison, fille de Dominique, responsable de l'événementiel, le mas s'ouvre à l'agritourisme. La dynastie régionale n'a pas encore tiré sa révérence.
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