PACA, Occitanie 29/07/2026
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PROTECTION DU VIGNOBLE

Le cuivre reste autorisé, mais les règles se durcissent

Le cuivre n'a pas dit son dernier mot dans les vignes : entre les nouvelles autorisations, les contraintes renforcées et l'évolution des techniques de pulvérisation, les viticulteurs doivent désormais composer avec un cadre réglementaire profondément renouvelé. Décryptage des principaux changements.

Pulvérisation, distances de sécurité, cuivre : les viticulteurs doivent s'adapter.

© Crédit photo : ED

Depuis plusieurs mois, les annonces autour du cuivre alimentent les interrogations dans le vignoble. Certains évoquent sa disparition prochaine, d'autres redoutent des restrictions impossibles à appliquer. La réalité est plus nuancée. Si les règles évoluent rapidement, le cuivre demeure bel et bien autorisé en viticulture. Lors d'une matinée technique organisée le 21 juillet au Château La Gordonne, à Pierrefeu-du-Var, la Chambre d'agriculture du Var a fait le point sur les changements importants qui vont désormais rythmer les pratiques des viticulteurs.

19 AMM réévaluées

"Le premier message à retenir est simple, le cuivre reste autorisé", rappelle d'emblée Lise Martin, conseillère en viticulture à la Chambre d'agriculture du Var. Une précision qui n'est pas anodine, tant les informations circulant ces derniers mois ont parfois laissé penser le contraire. La limite réglementaire demeure fixée à 28 kg de cuivre métal par hectare sur sept ans, soit une moyenne de 4 kg/ha/an.

Ces évolutions trouvent leur origine dans la réévaluation européenne du cuivre, inscrit parmi les substances actives candidates à la substitution. Ce statut impose un réexamen régulier de son utilisation. Réhomologuée au niveau européen en 2019, la substance active a conduit les industriels à déposer de nouveaux dossiers d'autorisation pour chacune de leurs spécialités commerciales l'an dernier. La France et l'Italie se partagent aujourd'hui ce vaste chantier réglementaire.

En France, le premier bilan est déjà connu. Dix-neuf Autorisations de mise sur le marché (AMM) ont été réévaluées. À ce stade, seules deux ont été renouvelées : l'Héliocuivre et le Champ Flo Ampli. Les autres autorisations concernées ont été retirées, tandis que les dossiers instruits par l'Italie bénéficient d'un délai supplémentaire pouvant aller jusqu'à la fin de l'année 2029. Les spécialités dont l'AMM a été retirée restent néanmoins utilisables jusqu'au 15 janvier 2027 dans leurs conditions d'emploi actuelles.

Des exigences qui dépassent la seule protection des applicateurs

Pourquoi une telle révision ? Les autorités sanitaires ont identifié un risque d'exposition cutanée des travailleurs lorsque certains seuils d'utilisation sont dépassés. Mais réduire ces nouvelles règles à la seule protection des opérateurs serait réducteur.

"La réglementation cherche désormais à protéger simultanément les travailleurs, les riverains, les pollinisateurs et les milieux aquatiques", souligne Lise Martin. Cette évolution se traduit par l'apparition de nouvelles notions réglementaires que les exploitants doivent désormais maîtriser.

La Distance de sécurité des personnes présentes et des riverains (DSPPR) impose désormais un recul de dix mètres vis-à-vis des habitations ou des zones fréquentées. La Zone non traitée (ZNT) concerne quant à elle la protection des cours d'eau et des points d'eau. C'est sans doute sur ce point que les changements sont les plus spectaculaires. Alors que plusieurs spécialités cupriques imposaient auparavant une distance de cinq mètres, l'Héliocuivre affiche désormais une ZNT de 50 m et le Champ Flo Ampli de 20 m.

La dérive de pulvérisation devient un enjeu central

Autre nouveauté majeure : le Dispositif végétalisé permanent (DVP) fait désormais partie intégrante des obligations associées aux produits ré-homologués. Cette bande végétalisée, généralement enherbée, doit être implantée en bordure des points d'eau afin de limiter les transferts de cuivre vers les milieux aquatiques. Lise Martin insiste sur un point souvent mal compris : "Le DVP est inclus dans la ZNT. Il ne vient pas s'y ajouter." Ainsi, pour l'Héliocuivre, les 50 m de ZNT comprennent 20 m de bande végétalisée permanente.

Au-delà des distances de sécurité, les nouvelles autorisations de mise sur le marché imposent également une évolution des pratiques culturales. D'une part, les doses par application sont désormais limitées autour de 400 à 500 grammes de cuivre métal par hectare, le fractionnement des traitements n'est plus autorisé pour les deux spécialités ré-homologuées, et un délai minimum de sept jours doit être respecté entre deux interventions. D'autre part, les équipements de protection individuelle sont renforcés, le délai de rentrée dans les parcelles est porté à 24 heures et les traitements sont désormais interdits en présence d'abeilles ou durant la floraison des cultures attractives, grâce à l'introduction de la mention SPe8.

Pour les exploitants, ces nouvelles exigences ne relèvent donc plus d'un simple ajustement administratif : elles impliquent de revoir l'organisation des chantiers, de mieux anticiper les fenêtres d'intervention et de raisonner davantage chaque passage dans les vignes.

Le matériel de pulvérisation prend une dimension stratégique

Si les nouvelles contraintes réglementaires attirent aujourd'hui toute l'attention, elles mettent surtout en lumière un sujet de fond : la qualité de la pulvérisation. "La réglementation s'intéresse de plus en plus à la dérive. Ce n'est plus uniquement le produit qui est évalué, mais aussi la façon dont il est appliqué", résume Lise Martin.

Cette évolution change progressivement la manière d'aborder les traitements phytosanitaires. Les pulvérisateurs capables de réduire significativement la dérive deviennent des alliés incontournables pour répondre aux nouvelles exigences. Pour l'Héliocuivre, par exemple, l'utilisation d'un matériel permettant une réduction de dérive d'au moins 50% est désormais obligatoire.

Au-delà du respect de la réglementation, ces équipements répondent à un double objectif : ils limitent les pertes de produit hors de la parcelle tout en améliorant la qualité du dépôt sur la végétation. Les panneaux récupérateurs, les buses homologuées anti-dérive ou encore le réglage précis des appareils prennent ainsi une importance croissante dans les stratégies de protection du vignoble. La précision d'application devient un véritable levier technique autant qu'un impératif réglementaire.

Ces évolutions témoignent d'une tendance de fond qui dépasse largement le seul cas du cuivre. Demain, les exigences liées à la réduction de la dérive devraient concerner un nombre croissant de spécialités phytosanitaires. Pour les viticulteurs, investir dans des matériels performants et maîtriser leur réglage apparaît désormais comme un choix d'avenir. "La réglementation continuera d'évoluer. Plus les exploitations anticiperont ces changements, plus elles conserveront de souplesse dans leurs stratégies de protection", conclut Lise Martin. Une certitude partagée par les participants de cette matinée technique : en matière de pulvérisation, la précision devient désormais aussi importante que le choix de la matière active. 

Emmanuel Delarue •

POUR ÊTRE précis-

Buses anti-dérive : une simple modification qui peut tout changer

Toutes les réductions de dérive ne passent pas par le remplacement d'un pulvérisateur. Dans de nombreuses exploitations, le premier levier consiste à équiper l'appareil de buses homologuées anti-dérive. En produisant des gouttelettes plus grosses et mieux dirigées vers la végétation, elles limitent la dispersion du produit sous l'effet du vent tout en améliorant son dépôt sur la cible. Associées à un réglage précis de la vitesse d'avancement, de la pression et de la hauteur des diffuseurs, elles permettent de répondre plus facilement aux exigences réglementaires tout en optimisant l'efficacité des traitements. Face au durcissement progressif des règles, ces équipements, autrefois considérés comme des options, tendent à devenir un standard dans les vignobles.

Emmanuel Delarue •

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