AUDE
Depuis le printemps 2024, la présence du loup s'est affirmée dans le Lauragais, une région jusqu'ici épargnée par la prédation. Éleveurs, services de l'État et collectivités locales s'organisent dans l'urgence.
Dans le Lauragais, les éleveurs sont confrontés à de nouveaux défis de protection et d'adaptation face à la colonisation progressive du loup. Petit à petit, c'est toute la pratique pastorale qui est à repenser.
© Crédit photo : Ideles - Carmejane
La présence du loup dans le Lauragais n'est plus une hypothèse. Confirmée sur la commune de Labécède-Lauragais et l'Ouest de l'Aude, ainsi qu'à Saint-Félix- de-Lauragais en Haute-Garonne, elle impose une adaptation rapide des territoires, encore novices face à la prédation. C'est dans ce contexte qu'une réunion d'information s'est tenue début juillet à Labécède-Lauragais, rassemblant près de 50 participants, parmi lesquels éleveurs, représentants de l'État, de la Chambre d'agriculture et de l'Office français de la biodiversité (OFB).
C'est donc "un nouveau front de colonisation" qui inquiète la filière élevage et face à cette situation, un accompagnement plus approprié est attendu de pied ferme, notamment sur ces zones où la présence du loup est relativement récente. À ce jour, une dizaine d'éleveurs ont été touchés. Contrairement aux massifs alpins ou à certaines zones de l'Aude déjà familières du phénomène, la partie Ouest du département n'a ni les équipements ni l'expérience nécessaires pour faire face aux attaques. Le loup, espèce protégée, y bouleverse un équilibre ancien, entre élevage extensif et milieu naturel.
Pour rappel, le plan national loup 2024-2029, cofinancé par le Fonds européen agricole pour le développement rural (Feader), prévoit une aide graduée selon trois cercles de présence du prédateur. Le cercle 1, réservé aux communes avec présence avérée, autorise une aide financière plafonnée à 80 % sur la surveillance (28 €/jour), ainsi que sur les investissements en clôtures jusqu'à 30000 € tous les 5 ans. Les cercles 2 et 3 permettent un soutien pour chiens de protection et le matériel, avec des plafonds réduits. Mais dans les faits, les aides arrivent souvent trop tard. "L'investissement doit être fait dans l'année, mais le paiement peut mettre 18 mois à arriver. Ce n'est pas viable quand on doit réagir dans l'urgence", déplore Thimoléon Resneau, éleveur, président du syndicat des éleveurs de l'Aude (Selpa) et vice-président de la Chambre d'agriculture départementale.
Entre les finances et la pratique, les éleveurs dénoncent l'inadéquation face aux réalités du terrain, et comme bon nombre de filières, la complexité administrative est également pointée du doigt. "La constitution de ces aides se fait via des appels à projet annuels qui demandent chaque année de re-déposer un dossier complet, même sans modification de leur structure. Ce qui prend énormément de temps alors qu'aujourd'hui, nous avons des outils qui nous permettraient d'aller bien plus vite, plus efficacement."
Les professionnels réclament des ajustements : "Nous demandons un statut spécifique pour les fronts de colonisation, avec un financement à 100 %, plus rapide, ainsi qu'un allègement drastique des démarches administratives."
La présence du loup coûte cher, mais transforme aussi profondément les pratiques. Contrairement aux exploitations pratiquant l'estive, celles du Lauragais sont sédentaires. "Quand on est en estive et qu'il y a une attaque de loup, c'est difficile, mais on se dit que c'est le jeu. Aujourd'hui, les exploitations du Lauragais sont majoritairement sédentaires. Dans ces conditions, il faut trouver des moyens pour se protéger", alerte Thimoléon Resneau.
Pour cela, les éleveurs réduisent les surfaces de pâturage, déplacent plus fréquemment les troupeaux, multiplient les clôtures et réorganisent les parcelles. Mais ces changements de pratiques ont un coût financier, mais aussi physique et moral. "Quand on a 300 brebis sur 25 hectares, le travail est plus simple, mais le chien de protection ne peut pas être partout. Alors, pour travailler efficacement, il nous faudrait parquer 300 brebis sur 2 ha, sauf que c'est chronophage et qu'en termes financiers, ce n'est pas la même histoire", explique l'éleveur.
Souvent, les animaux sont rentrés en bergerie, même en pleine saison de pâturage. Une solution jugée "aberrante" par les professionnels eux-mêmes, qui dénature l'élevage pastoral local, augmente les coûts - en fourrage et santé animale notamment - et réduit l'entretien naturel des espaces, essentiel à la prévention des incendies dans des zones à fort risque comme l'Aude. "La Chambre d'agriculture travail- le activement sur ces sujets, mais c'est évident que nous sommes à un virage. C'est un modèle agricole qu'il nous faut changer et faire évoluer."
Le plan national loup en vigueur court jusqu'en 2029, mais les discussions sur le futur dispositif commenceront dès 2027. La période est donc stratégique. La nouvelle sous-préfète de Limoux, Marie- Hélène Bouissac, présente à la réunion du 8 juillet, a été man- datée pour faire remonter les problématiques locales liées à la prédation au niveau national, afin de préparer les modifications du futur plan.
"Les demandes de simplification administrative font écho aux revendications agricoles récentes, mais peu d'avancées concrètes sont constatées à ce stade", s'indigne le vice-président de la Chambre d'agriculture, allant même jusqu'à constater que la complexité des dossiers semble... s'intensifier. Face au risque de découragement, de repli vers des modèles intensifs ou d'abandon de l'élevage pastoral, les acteurs locaux soulignent l'urgence d'un soutien adapté. Car à défaut d'une réponse rapide, ce sont les fondements mêmes du pastoralisme local qui vacillent.
LE SAVIEZ-VOUS ?-
Depuis son retour en France dans les années 1990, Canis lupus a progressivement recolonisé plusieurs régions, dont l'Occitanie, où sa présence est aujourd'hui bien établie. En 2024, l'Office français de la biodiversité (OFB) estime qu'environ 15 individus sont recensés dans la région, avec 9 secteurs de présence permanente, notamment dans des zones comme le Mont Lozère, le plateau du Larzac et le Sud du Tarn. Des naissances de louveteaux ont même été confirmées en 2022 dans deux de ces secteurs, marquant une nouvelle étape dans l'implantation durable de l'espèce en Occitanie. La région, proche des Pyrénées et riche en territoires variés avec une abondance de gibiers, constitue un environnement favorable à l'expansion du loup.
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