Manifestation
Cette première manifestation fait naître un nouveau chapitre dans l'histoire des luttes viticoles. Comptant ne pas en rester là, Frédéric Rouanet, président du Syndicat des vignerons de l'Aude, annonce vouloir multiplier les mobilisations avec le soutien de nombreux départements.
Frédéric Rouanet, président du Syndicat des vignerons de l'Aude, pointe du doigt le gouvernement dans sa responsabilité vis-à-vis de la déconsommation de vin en France. "La publicité négative où l'on voit uniquement des verres de vin n'est plus acceptable."
© Crédit photo : AL
La messe est dite, mais il y en aura probablement d'autres. En effet, ce jeudi 19 octobre, de nombreux viticulteurs se sont déplacés jusqu'à la frontière espagnole, au Boulou, dans le but de bloquer et d'empêcher toute citerne de vin étranger de rentrer sur le territoire français. Plus de 400 viticulteurs venus de l'Aude, mais également de l'Hérault, des Pyrénées-Orientales et du Gard ont fait front dans un seul but : faire réagir le gouvernement et les interprofessions.
Quelques heures ont suffi aux militants pour vider une citerne de rosé, provenant d'Espagne à destination d'un négoce d'une grande enseigne de Nîmes, mais également une cargaison complète de vin effervescent espagnol (Cava de Freixenet). Pour David Drilles, président du Syndicat des vignerons des Pyrénées-Orientales, "tout le bassin méditerranéen est en révolte". Le même jour, à midi, les représentants syndicaux ont été reçus par Thierry Bonnier, ancien préfet de l'Aude, aujourd'hui en poste dans les Pyrénées-Orientales. "Les discussions ont été sereines, mais pour l'instant rien n'est fait. En revanche, ce qui est sûr, c'est que le mouvement va continuer, jusqu'à ce qu'on obtienne des réponses", prévient Frédéric Rouanet, président du syndicat des Vignerons de l'Aude. Depuis maintenant quatre ans, la situation du secteur viticole ne cesse de s'assombrir dans l'indifférence générale. La situation est bien connue, mais comme le reconnaît ce dernier, "le gouvernement et le négoce continuent de faire la sourde oreille". Après avoir refusé de s'assoir à la table des négociants, Frédéric Rouanet se dit "agacé des prix injustes" proposés par le négoce, mais reste néanmoins prêt à reprendre le dialogue une fois que "les prix seront à la hauteur des enjeux".
Seulement voilà, le prix n'est pas la seule raison qui a mis le feu aux poudres. Le syndicat rappelle, fort malheureusement, une liste exhaustive de sujets à traiter au plus vite : exonération totale de la taxe sur le foncier non bâti, abondement des prises en charge des cotisations MSA, mise en place des prêts bonifiés pour les coopératives (actuellement uniquement pour les particuliers), ou encore l'année blanche concernant les mesures bancaires... "Malgré tout, au vu de la situation, ces mesures conjoncturelles ne sauveront personne, mais nous devons aller les chercher", reconnaît le président.
Consterné de voir des parcelles de vignes à l'état hivernal au mois de juin, Frédéric Rouanet comprend que, vu les circonstances, "il y a ceux qui veulent arrêter, et ceux qui ne peuvent pas continuer". À cela, deux mesures sont présentées, à savoir : la mise en place d'une préretraite et l'arrachage temporaire ; cette dernière étant actuellement portée au niveau européen par Ludovic Roux, président des Vignerons coopérateurs d'Occitanie et Jérôme Despey, vice-président de la FNSEA.
C'était un discours solennel, un cri du cœur pour défendre toutes les générations de viticulteurs qui n'y arrivent plus. Indubitablement, cette manifestation a permis de parler d'une même voix pour tous les viticulteurs venus de nombreux départements pour soutenir le soulèvement des Audois. "La grande force de notre département, c'est l'union inébranlable de tous les dirigeants du monde agricole", constate Frédéric Rouanet.
L'union fait donc la force, et il n'y avait pas meilleure place pour défendre cet adage. Au travers d'un discours incisif et puissant, le président du Syndicat des vignerons de l'Aude appelle à une longue lutte, afin de porter à la vue du gouvernement et des interprofessions les grandes revendications que le monde viticole attend avec impatience.
Pour rappel, le syndicat reste opposé à la surtransposition des normes européennes sur le sujet du glyphosate. Ce dernier a été remis en homologation pendant dix ans au niveau européen, alors qu'en France la décision se fait attendre. "Si nous n'avons pas de glyphosate, il n'y aura plus rien qui rentrera en France, car je n'accepterai pas que nos voisins espagnols l'aient et pas nous", martèle Frédéric Rouanet. À ses côtés dans la tribune, Ludovic Roux demande à ce que "le dialogue entre toutes les parties prenantes de l'interprofession, notamment le négoce, retrouve la raison, car la situation est alarmante", n'hésitant pas à pointer du doigt une situation qui risque de pousser la viticulture biologique à distiller ou vendre au prix du conventionnel plus de 700 000 hl. Ce dernier souhaite de tout cœur éviter une telle situation qu'il qualifie de "dramatique pour des milliers d'exploitants". Alexandre They, président des Vignerons indépendants de l'Aude, lui emboîte le pas et met en avant le décrochage que traverse le marché de vin en bouteilles, reconnaissant que "manifestement, nous sommes à un tournant et l'unité d'un front commun est aujourd'hui une nécessité, tant d'un point de vue économique que pour l'installation des jeunes". C'est d'ailleurs ce que revendique haut et fort Fabien Mariscal, président des Jeunes agriculteurs de l'Aude, en appelant de tous ses vœux à "un véritable plan Marshall pour contrer l'absence d'installation, mais aussi pour sauver la viticulture audoise".
Un courrier commun a été adressé à la Première ministre, Elisabeth Borne, pour constater la situation du département, espérant que cette démarche puisse servir à écrire un nouveau chapitre, qui donne une nouvelle impulsion au Midi viticole.
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Frédéric Rouanet a adressé une lettre franche à tous les acheteurs de vin, sans aucune distinction. Dans ce courrier, il est demandé un arrêt total des achats de vins provenant d'autres régions ou pays étrangers. Cette demande est justifiée par le fait que les vins de leur département ne sont pas vendus à un prix suffisamment rémunérateur. Cette exigence, déjà exprimée par le président du Syndicat des vignerons de l'Aude lors de précédentes prises de parole ou de manifestations, est présentée ici de manière déterminée. Le leader audois insiste sur le fait que des contrôles seront réalisés pour vérifier le respect de cette demande. Pour l'heure, la prochaine manifestation annoncée est prévue à Narbonne, le samedi 25 novembre.
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