La récolte des courges est achevée. Elles sont mises à sécher, avant d’être placées en chambre froide (© Julien Dukmedjian).
“Le déclic s’est opéré vers 2005, alors que je déchargeais une palette de salades sur le quai de l’entrepôt d’un hypermarché“, se souvient Bruno Knipping. Ce jour-là, le maraîcher prend conscience du décalage entre le prix d’achat de sa production et celui auquel ses salades étaient ensuite revendues au consommateur final. La sensation d’être engagé dans une relation commerciale biaisée devient dès lors insupportable pour lui. Suffisamment, en tout cas, pour remettre à plat un modèle économique dans lequel il était engagé depuis son installation. Autrement dit, la monoculture et la nécessité d’utiliser des produits de synthèse en conséquence, pour produire en quantité. “J’avais, à l’époque, des problèmes de santé. Difficile de savoir s’il existait un lien avec les produits utilisés. Mais j’ai commencé à me remettre en question. D’autant que les process et le matériel de pulvérisation, à l’époque, étaient loin d’être aussi précis et rigoureux qu’ils ne le sont actuellement“, analyse, avec le recul, Bruno Knipping.
Cette “bascule“ est plutôt bien acceptée : il est issu d’une famille d’agriculteurs où on n’hésite pas à remettre en cause ses modes de production et de commercialisation. “Mes grands-parents étaient installés dans les collines du Garlaban, en polyculture : arbres fruitiers, poules pondeuses, volailles de chair, porcs, vignes, maraîchage... La génération de mon père est descendue dans la plaine de Baudinard : il s’est spécialisé dans le maraîchage. Il commercialisait sa production via des grossistes comme Canavèse et au Min des Arnavaux.“ La reprise de l’exploitation familiale, en 2000, est l’occasion de revoir la stratégie de ses parents. Il décide alors, comme beaucoup d’agriculteurs, de s’affranchir des metteurs en marché et de vendre en direct à la grande distribution, en contractualisant avec les chefs de rayons des hypers et supermarchés de l’est marseillais et autour d’Aubagne. Une stratégie qui ne le satisfera que quelques années...
Repenser ses pratiques culturales
L’association les ‘Paniers marseillais’ – dont l’ambition est la mise en relation de producteurs locaux bio et de consommateurs, sur le modèle des Amap – l’accompagne dans sa réorientation. “La première étape était d’entamer une conversion vers le bio : c’est un préalable pour être référencé au sein de l’association“, précise Bruno Knipping. “Travailler dans ce réseau m’a apporté un second souffle. Je n’ai plus à me préoccuper de problématiques à respecter liées au calibre, au poids, à la forme des fruits et légumes... La seule exigence des adhérents des ‘Paniers marseillais’, c’est que mes légumes aient du goût. C’est devenu mon premier critère, dans le choix des variétés. Ce qui n’empêche pas, en parallèle, d’essayer des nouvelles variétés de fruits et de légumes proposées par les semenciers.“
Évoluer du conventionnel vers le bio l’a toutefois contraint à une refonte totale de ses pratiques, à commencer par la lutte contre les adventices, pour les cultures sous serres (8 000 m² de surface) comme celles en plein champ (8 ha). “Cela demande une vigilance constante, pour ne pas se laisser déborder.“ En parallèle à la mise en œuvre de techniques alternatives aux désherbants chimiques, comme le faux semis, il a investi dans un outillage dédié (désherbeur mécanique autoporté et propulsé...) avec l’objectif de réduire, via la mécanisation, le nombre d’heures dédié à cette tâche. Il s’adresse aussi, dans le même ordre d’idée, à des pépiniéristes pour certaines cultures stratégiques (aubergines, poivrons, tomates...), afin d’avoir “des plants propres“, plutôt que de réaliser ses propres semis.
L’anticipation et la rigueur sont cruciales
En ce qui concerne la lutte contre les ravageurs (acariens, pucerons...), Bruno Knipping privilégie la lutte intégrée, avec des lâchers d’auxiliaires, des piégeages... et des rotations de cultures plus importantes, pour diminuer le risque de maladies. “Passer de la monoculture en conventionnel, où tout était réglé comme du papier à musique, vers une production diversifiée en bio était beaucoup plus compliqué que prévu. Ma problématique, c’est désormais de produire une gamme de produits très large, à savoir une cinquantaine de variétés par an, avec la contrainte de livrer chaque semaine 500 paniers !“, résume Bruno Knipping.
Pour y parvenir, ce dernier n’a pas de recettes miracles : “Il faut une grande précision dans le calendrier de mise en cultures, pour éviter de se rater. L’anticipation et la rigueur sont cruciales“, analyse, avec le recul, le producteur, qui bénéficie de l’aide technique du Ceta Pays d’Aubagne. “C’est très précieux : parce qu’ils m’apportent à chaque fois des petites améliorations. Mais mises bout à bout, année après année, ça devient un gain de temps énorme“, constate Bruno Knipping. “Pour rien au monde je ne reviendrai à l’ancien système, même si celui-ci demande largement plus de travail“, reconnaît le maraîcher : “Je suis maître de ma production. J’ai une visibilité financière sur l’année à venir, avec des revenus fixes. Et puis, je rencontre chaque semaine ceux qui achètent mes légumes. Mon plus grand plaisir, c’est d’entendre qu’ils se sont régalés“.
Julien Dukmedjian
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