CRISE AGRICOLE
Malgré la suspension du processus de ratification de l'accord UE-Mercosur, la mobilisation agricole se poursuit dans le nord des Bouches-du-Rhône. Ce jeudi 22 janvier à Châteaurenard, les agriculteurs ont mis l'Europe au bûcher pour dénoncer la mise en péril programmée de l'agriculture française et de la souveraineté alimentaire.
Au-delà de la survie économique des exploitations, c'est la volonté de l'Etat français qui est pointée.
© Crédit photo : ED
Le jour n'était pas encore levé lorsqu'une soixantaine d'agriculteurs venus des Bouches-du-Rhône se sont retrouvés sur le Marché d'intérêt national (Min) de Châteaurenard jeudi 22 janvier au matin. À l'appel de la FNSEA 13, la mobilisation avait été voulue comme un acte fort, une réponse directe à l'actualité européenne et à la suspension du processus de ratification de l'accord commercial sur le Mercosur.
Autour des agriculteurs, plusieurs maires des communes rurales du nord du département avaient fait le déplacement. Écharpes tricolores sur l'épaule, ils sont venus afficher un soutien politique et symbolique à un monde agricole inquiet, parfois à bout de souffle, mais toujours déterminé à se faire entendre.
La veille, mercredi 21 janvier, le Parlement européen avait voté en faveur d'une saisine de la Cour de Justice de l'Union européenne pour vérifier la compatibilité de l'accord UE-Mercosur avec le droit communautaire. Une décision qui suspend, pour l'heure, le processus de validation parlementaire, le temps que la justice européenne se prononce, dans un délai estimé entre un an et dix-huit mois.
Une parenthèse, pas une victoire, estiment les agriculteurs. Pour eux, le débat a simplement changé de scène. "La Cour de Justice de l'UE va certes donner son avis. Mais on sait que d'autres accords de ce type existent déjà", glisse Jérôme Mazély, arboriculteur à Plan-d'Orgon, le regard tourné vers le bûcher qui commence à prendre forme. À ses yeux, rien ne garantit que le Mercosur ne revienne pas par une autre porte, y compris sous la forme d'une application provisoire. "L'Allemagne travaille déjà avec la présidence chypriote dans ce sens. Et en France, dans quatorze mois, les élections présidentielles auront éclipsé ce débat", prévient-il, amer.
Au centre du parking, le symbole se dresse, imposant. Des drapeaux européens, remis un peu plus tôt par des élus ruraux, sont déposés sur un grand bûcher de fortune. Une voiture de marque allemande, récupérée préalablement dans une casse voisine, vient compléter la scène. Les visages sont graves, les téléphones sortent pour immortaliser l'instant et le feu de la colère crépite sous les yeux des maires.
Les agriculteurs veulent surtout dénoncer ce qu'ils qualifient d'hypocrisie de la Commission européenne. Pour eux, ce brasier n'est pas une provocation gratuite, mais une alerte adressée à Bruxelles comme à Paris.
Les mots de Jérôme Mazély résonnent. L'arboriculteur ne cible pas seulement l'Europe, mais aussi l'inaction qu'il reproche à l'État français. "L'Europe détruit notre agriculture par le Green Deal, le Mercosur, le Ceta et d'autres accords. Elle organise la disparition programmée des paysans. Ce n'est pas une erreur, c'est un choix politique", lance-t-il, dénonçant des normes qu'il juge de plus en plus lourdes pour les producteurs français, pendant que des produits importés, selon lui, échappent aux mêmes exigences.
Dans cette critique, la souveraineté alimentaire revient comme un fil rouge. "La France importe déjà une grande partie de ce qu'elle mange. Sous prétexte d'écologie, une idéologie de décroissance s'est imposée. Elle affaiblit notre production et rend les peuples dépendants", poursuit-il, sous les hochements de tête approbateurs de ses collègues.
À ses côtés, Laurent Deville, maraîcher à Saint-Rémy-de-Provence, reprend ce sentiment de trahison. "Nous ne voulons plus de cette Europe. Elle nous tue", lâche-t-il, avant de convoquer l'histoire et la figure du général de Gaulle. À travers cette référence, c'est une certaine idée de la souveraineté européenne qu'il estime aujourd'hui dévoyée, au détriment des paysans.
Pour Denis Poggi, arboriculteur à Noves, l'accord avec le Mercosur conduirait le monde agricole dans une impasse économique et sociale. Il évoque les salariés, les charges, les taxes, mais aussi tout l'écosystème local qui gravite autour de l'agriculture à Châteaurenard, des expéditeurs aux centrales d'achat. "Si demain on n'est plus là, que restera-t-il ici ?" interroge-t-il, redoutant une disparition progressive de "la France agricole".
La concurrence intra-européenne est déjà difficile à ses yeux, avec des pays comme l'Espagne, l'Italie ou la Pologne, dont les normes fiscales, sociales et phytosanitaires seraient différentes. L'arrivée de produits sud-américains ne ferait, selon lui, qu'accélérer un déséquilibre insoutenable.
Venu du Vaucluse livrer des légumes sur le Min ce jour-là, Sylvain Bernard élargit encore le débat. Pour lui, au-delà de la survie économique des exploitations, c'est la capacité du pays à décider de ce qu'il met dans son assiette qui est en jeu. "Bientôt, on ne décidera plus de ce que l'on mange si d'autres pays choisissent de ne plus nous livrer", avertit-il, balayant l'argument du prix qui ferait du "manger français" un luxe. "Ce n'est pas l'agriculture française qui en profite", insiste-t-il, appelant les responsables politiques à plus de cohérence et de courage.
Autour du bûcher encore fumant, agriculteurs et élus savent que la décision de la Cour de Justice de l'Union européenne n'interviendra pas avant de longs mois. En attendant, la FNSEA 13 et ses partenaires entendent maintenir la pression, convaincus que la suspension du processus n'est qu'un répit, pas une garantie.
À Châteaurenard, le message a été lancé avec force. Pour les agriculteurs des Bouches-du-Rhône, le combat contre le Mercosur dépasse un simple accord commercial. Il touche à leur avenir, à celui de leurs territoires et à la place de l'agriculture française dans une Europe qu'ils continuent d'interpeller.
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