LA COOPÉRATION AGRICOLE
Après un été marqué par les canicules, la sécheresse et des récoltes en baisse, La Coopération Agricole alerte sur les conséquences qui gagnent les outils de collecte et de transformation.
Chaque mauvaise campagne réduit les volumes, les marges, puis la capacité à investir. Dans le même temps, l'adaptation au climat et la modernisation réclament toujours davantage de capitaux.
© Crédit photo : ML
Moins de récoltes dans les champs, ce sont aussi des silos moins remplis, des chaînes de transformation qui tournent au ralenti et des contrats plus difficiles à tenir. Lors de sa conférence de rentrée, La Coopération Agricole veut déplacer le regard au-delà des seules exploitations. Pour l'organisation, la crise de production de l'été 2026 atteint désormais les entreprises détenues par les agriculteurs. "Le choc agricole est devenu un choc industriel", résume Florence Pradier, directrice générale de La Coopération Agricole.
Dans le modèle coopératif, collecte, stockage et transformation dépendent directement des volumes produits par les adhérents. Selon une enquête menée fin août auprès des coopératives, certaines font état de baisses d'approvisionnement allant de 20 à 90% dans les cultures de printemps, les céréales, les légumes ou les fruits.
La baisse des volumes se répercute immédiatement dans les usines. "Certaines unités ferment ponctuellement, faute de matière à transformer. D'autres réorganisent leurs lignes, décalent leurs horaires ou renégocient des contrats", constate Jean-Luc Duval, actuel président de la Coopération agricole. Les productions livrées ne correspondent pas toujours aux calibres ou aux critères de qualité prévus dans les cahiers des charges. Les fortes températures ajoutent leurs propres contraintes. Les groupes froids sont davantage sollicités, certains équipements électriques ou électroniques supportent mal la chaleur, et les restrictions d'eau peuvent compliquer des activités où cette ressource reste indispensable, notamment pour les opérations sanitaires.
Les coûts fixes, eux, demeurent. Plusieurs coopératives interrogées anticipent des pertes de chiffre d'affaires de plusieurs millions d'euros. À l'amont, les coopératives ont adapté certains contrats, assoupli des critères de qualité, modifié les horaires de collecte, ou accompagné leurs adhérents dans les démarches liées à l'assurance récolte.
Florence Pradier insiste quant à elle sur l'urgence : "Il faut absolument éviter les ruptures de liquidité chez les adhérents". La trésorerie doit permettre aux exploitations de tenir, mais aussi de préparer la campagne suivante.
Pour La Coopération Agricole, les réponses d'urgence ne peuvent cependant constituer l'unique réponse. "L'urgence est nécessaire et l'urgence répare. En revanche, il faut passer à l'étape suivante avec des investissements qui nous protégeront sur le long terme", insiste son président.
Accès à l'eau, adaptation variétale, évolution des productions, équipements capables de supporter des températures extrêmes, modernisation de la collecte et de la transformation : les besoins s'accumulent et se font pressants.
Les coopératives investissent actuellement environ 3,5 milliards d'euros par an dans leurs outils industriels, selon les chiffres présentés lors de la conférence. Environ 80% de ces investissements sont consacrés à la compétitivité et aux transitions. Mais La Coopération Agricole estime qu'il faudrait mobiliser environ 30 milliards d'euros supplémentaires pour adapter l'ensemble de son appareil productif alimentaire.
Le cas de la filière céréalière donne une idée du chantier. La France compte environ 5 000 silos, dont plus de 40% auraient aujourd'hui plus de 50 ans. Leur modernisation et celle des infrastructures logistiques associées représenteraient 4,3 Md€ d'investissements supplémentaires.
L'âge ne constitue d'ailleurs pas le seul problème. Certains silos encore techniquement capables de collecter et de stocker des céréales ne répondent plus aux normes actuelles. "Maintenir les capacités de production suppose donc aussi de remettre à niveau les infrastructures existantes".
Cette question dépasse les frontières françaises. Mickaël Marcerou, vice-président de La Coopération Agricole chargé de l'Europe et vice-président du Cogeca, estime que "les conséquences climatiques observées cet été touchent une large partie de l'Union européenne".
Il évoque des premières estimations faisant apparaître, dans certains territoires, des récoltes estivales en recul pouvant approcher 14% par rapport à la moyenne des cinq dernières années.
Le calendrier ajoute de la pression. Les discussions européennes portent désormais sur les moyens accordés aux différentes politiques pour les prochaines années. La Coopération Agricole redoute une baisse des moyens consacrés à la politique agricole commune et réclame au contraire une PAC capable d'accompagner les agriculteurs, les investissements et la structuration des filières.
L'organisation veut également ouvrir davantage aux secteurs agricole et agroalimentaire les dispositifs européens consacrés à la compétitivité, à l'innovation et à l'adaptation. La simplification administrative constitue le troisième axe défendu par Mickaël Marcerou, qui pointe "l'accumulation de procédures pesant aussi bien sur les exploitations que sur les entreprises coopératives".
En France, d'autres dossiers doivent suivre : fiscalité de production, relocalisation des intrants stratégiques, droit de la concurrence, gestion du risque ou encore renforcement des fonds propres. La possibilité de flécher une partie de l'épargne des Français vers l'agriculture et l'agroalimentaire est également avancée. Reste qu'une inquiétude demeure.
Chaque mauvaise campagne réduit les volumes, les marges, puis la capacité à investir. Dans le même temps, l'adaptation au climat et la modernisation réclament toujours davantage de capitaux. Pour éviter ce décrochage, La Coopération Agricole veut désormais placer l'investissement au même niveau que la gestion de l'urgence. Son président résume la ligne défendue : "L'inaction coûte plus cher que l'action et l'investissement".
Après l'été 2026, l'organisation veut donc placer l'appareil de collecte et de transformation dans le même débat que les exploitations. Car sans volumes agricoles, les outils industriels se fragilisent. Et sans capacité d'investissement dans ces outils, c'est la possibilité même d'adapter les filières aux prochains aléas qui se réduit.
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