Var 01/06/2023
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Tourves

Les Fromages Tourvains, un bel exemple de résilience

Après 30 ans à redresser des tôles froissées, changer ou peindre des ailes ou des pare-chocs de voitures, Cédric Aubert a choisi de devenir éleveur caprin, à Tourves. Une nouvelle vie professionnelle connectée à la nature qu'il ne regrette pas, même si elle a été semée d'embûches ces dernières années.

Gaec tourvains chèvres formage cédric aubert, Sabrina Blengino

© Crédit photo : JD

À l'âge où certains garçons rêvent de devenir pompier, footballeur, astronaute ou agriculteur... Cédric Aubert était plutôt fasciné par les belles mécaniques. Une ambition qui l'amène à s'orienter, dès l'âge de 14 ans, vers des études de carrossier-peintre. Un métier qui exige du doigté, de la précision et beaucoup d'habileté manuelle, mais dans lequel il ne se reconnaît plus à l'aube de la quarantaine. "On nous demandait d'être des vendeurs de pièces détachées plus que des redresseurs de tôles..." regrette l'éleveur, qui commence à envisager une reconversion professionnelle. "Je crois qu'on appelle ça la crise de la quarantaine ?" s'amuse Cédric Aubert, dont la mère envisage - à la même époque - de prendre sa retraite d'éleveuse caprine : "Elle avait une véritable passion des chèvres" se souvient le quadragénaire, qui envisage dès lors de reprendre l'exploitation.

"Apporter du plaisir"

Plus que l'élevage en lui-même et le fait de travailler avec des animaux, c'est la perspective "d'apporter du plaisir aux gens avec de bons produits" qui le séduit. "Et puis, j'aimais la nature" ajoute-t-il : "Tout cela avait du sens. Ce que je ne retrouvais plus dans mon métier de carrossier-peintre". Il valide son BPREA spécialité 'Élevage caprin' au lycée agricole de Carmejane, à Dignes : une année compliquée pour lui, qui n'est "pas issu du milieu agricole". S'il se passionne pour les thématiques en lien avec l'élevage proprement dit, tout ce qui touche au végétal, à la comptabilité et au pilotage de l'exploitation... ne lui laisse pas de très bons souvenirs : "Je me suis davantage régalé pendant les stages, réalisés sur l'exploitation de ma mère et à La Roquebrussanne, dans un élevage caprin". La passation avec sa mère s'effectue en douceur : elle l'aide pendant un an, afin d'opérer une transmission du troupeau, qui compte alors 75 chèvres alpine et saanen, dans les meilleures conditions.

Une succession de mauvaises nouvelles

Mais la crise du Covid, qui survient en 2020 - alors qu'il est désormais seul aux manettes avec Sabrina, sa compagne - lui fait l'effet d'un coup de massue sur la tête : "Les mises bas commençaient et on s'est retrouvé tout d'un coup dans une incertitude totale sur l'avenir" se souvient l'éleveur. "Nous avions repris le système de distribution mis en place par ma mère, qui travaillait avec une dizaine d'Amap. Mais, à l'époque, avec les annonces de confinement, nous n'étions sûrs de rien..." Si la commercialisation des fromages est finalement confortée, d'autres mauvaises nouvelles apparaissent : une partie de ses chevrettes dépérissent et peinent à prendre du poids, quand elles ne meurent pas... Il découvre tardivement que les animaux de son élevage (mené en bio) sont infestés par des poux broyeurs et piqueurs : "Je ne comprenais pas ce qui se passait et le vétérinaire, que j'avais en ligne, a finalement trouvé la cause. Mais je n'ai pu sauver que cinq chevrettes" déplore Cédric Aubert, qui subit une nouvelle attaque parasitaire - de coccidiose cette fois - en 2022. Des coups durs qui ont affecté le renouvellement du troupeau et l'ont amené à réduire celui-ci, avec comme conséquence une baisse de la production laitière et une trésorerie fragilisée. "Mais cela nous a aussi conduits à revoir nos méthodes d'élevage" note le quadragénaire, qui reconnaît volontiers "avoir appris de ses erreurs", même si le prix en aura été élevé.

Un modèle économique remis à plat

Confronté à la hausse du prix du fourrage et des céréales, "dont le coût peut difficilement être répercuté sur celui des fromages, dans cette période d'inflation où les consommateurs réduisent leurs dépenses consacrées aux achats plaisir", le couple a également remis à plat son modèle économique. Plutôt que du foin de Crau, ils achètent désormais le fourrage à un producteur de Saint-Maximin, "qui accepte de nous livrer en petite quantité". De plus, ils mènent leurs chèvres dans les collines entourant l'exploitation, en plus de ses sept hectares de prairies. Dans cette optique, ils ont récemment réussi à contractualiser avec les différents propriétaires des terrains alentour - "nous ne disposions jusque-là que d'accords verbaux" -, mais ils restent dépendants des conditions météo. "Les deux années précédentes ont été particulièrement compliquées, en raison de la sécheresse" note l'éleveur, qui se réjouit des pluies enregistrées au printemps.

La qualité d'abord

En dépit d'un avenir économique incertain, Cédric et Sabrina refusent de baisser les bras : les contrats avec la dizaine d'Amap leur apportent une visibilité financière sur l'année. Le couple commercialise par ailleurs le reste de production auprès de revendeurs, situés dans une zone comprise entre Marseille et la bordure du Var et des Alpes-Maritimes.

En attendant de reconstituer leur cheptel dont le renouvellement a été mis à mal ces dernières années (et d'augmenter du même coup leur production laitière), ils se concentrent sur la qualité des fromages fabriqués à la ferme, qui compte une large gamme de lactiques de différents affinages (faisselle, fromage frais, sec, demi-sec) et de pâte pressée, dont une tomme. 

Julien Dukmedjian •

Les chiffres clés

60 chèvres alpines et saanens

1 bouc de race Provençale

7 hectares de prairies

160 ha de parcours en collines

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