SYNDICALISME
Les Jeunes agriculteurs d'Occitanie donnent le ton ce mercredi 7 mai lors de leur assemblée générale, dans les locaux d'Arterris à Castelnaudary (11). Entre inquiétude et désir de changement, le syndicat n'est pas prêt de relâcher la pression.
"On ne peut pas se permettre de laisser des fonds repartir à Bruxelles. Chaque euro compte", lance Pierre Hylari, président des Jeunes agriculteurs d'Occitanie.
© Crédit photo : AL
Apparemment, les 36 000 trac- teurs qui ont sillonné la France durant les manifestations de l'année passée n'ont pas été assez bruyants, du moins pas comme le syndicat des Jeunes agriculteurs l'entend. Il faut dire qu'entre manifestations et élections des Chambres d'agriculture, le monde agricole était scruté de près.
Pour le syndicat, les pouvoirs publics doivent plancher sur trois priorités : l'installation des jeunes agriculteurs, la défense du droit de produire et la gestion durable de l'eau. Lors de sa prise de parole pendant l'assemblée générale de son syndicat dans l'Aude, Pierre Hylari, actuel président des Jeunes agriculteurs d'Occitanie, ne mâche pas ses mots : "Nous n'avons plus besoin de discours fatalistes qui prédisent que nous ne serons plus que 200 000 agriculteurs dans moins de 10 ans." Pour lui, redonner envie de s'installer passe par un revenu digne, des exploitations compétitives et des règles équitables qui ne pénalisent pas la production française. "Le renouvellement des générations n'est pas un slogan, c'est une urgence", martèle-t-il devant l'assemblée.
Avec 745 Dotations jeune agriculteur (DJA) et 93 Dotations nouvel agriculteur (DNA) attribuées dans la région, les chiffres sont "encourageants", même s'ils ne masquent pas une mise en œuvre "un peu laborieuse" de la nouvelle mouture de la DJA. "Trouvez-vous cela normal que certains jeunes installés ont dû attendre plus d'un an pour le versement des aides à l'installation qui sont promises dès le premier jour ?", lance Jean-Baptiste Gibert, secrétaire général du syndicat, aux responsables politiques. Pourtant, de nombreux groupes de travail réguliers sont mis en place, notamment pour faciliter les échanges entre les JA et les services du Conseil régional comme le projet "France Services Agriculture" actuellement sur les rails, même si sa concrétisation soulève encore des interrogations. "On attend encore les comités départementaux pour un vrai suivi local des dossiers DJA." Et de glisser avec malice : "Oui, ça se fait ailleurs et non, ça ne casse pas les modèles régionaux pour autant", souligne Aude Geiger, membre du bureau.
Concernant la mesure 23 du Feader, un reliquat d'aide était attendu de pied ferme par le syndicat et permettra de soutenir les exploitations face aux aléas climatiques, et sanitaires. "Difficile de vous confirmer dans l'immédiat les modalités de cette dernière, mais je peux vous dire que nous arriverons à une aide de 15 millions d'euros", assure Vincent Labarthe, vice-président de la Région Occitanie. "Nous y veillerons", répond sobrement le président du syndicat. Il salue également les services de l'État en ce qui concerne les trois millions d'euros obtenus en Occitanie pour les jeunes installés en viticulture, présentés comme "le fruit d'un combat syndical et d'un dialogue exigeant avec l'État." En réponse, Olivier Rousset, directeur régional de l'alimentation, de l'agriculture et de la forêt de la région Occitanie (DRAAF), rappelle également les efforts consentis sur les aspects fiscaux en matière de transmission installation : "Des abattements importants vont être mis en place, notamment quand ces transmissions se font au bénéfice des jeunes agriculteurs."
Verve plus poétique, mais tout aussi déterminée, Jérôme Barthes, vice-président de la FRSEA Occitanie soulève le tumulte des dernières élections aux Chambres d'agriculture qui a secoué le réseau syndical occitan et qu'il qualifie même de "bourrasque". Il dénonce un populisme déconnecté de la réalité du terrain qui ne repose sur aucun sérieux. "Nous refusons de céder aux chants des sirènes, aussi séduisants soient-ils", déclare ce dernier.
Chamboulement des élections, mais aussi du côté de l'actualité législative et de la proposition de loi Duplomb qui a été "censurée" par la commission du développement durable de l'assemblée avant son passage dans l'Hémicycle le 26 mai prochain. "Ils veulent remettre en place le Conseil stratégique phytosanitaire, supprimer l'Installation classée pour la protection de l'environnement (ICPE) et rendre l'Office français de la biodiversité encore plus visible", s'indigne-t-il. Une nouvelle bataille s'annonce. "Nous allons leur faire comprendre qu'ils sont en train de se tromper de direction."
Pour clôturer son discours, le président des Jeunes agriculteurs d'Occitanie adresse un message fort à ceux qui voient dans les manifestations de 2024 une mobilisation opportuniste en amont des élections. "Non, nous ne sommes pas sortis des buissons pour faire campagne. Nous avons manifesté pour défendre les agriculteurs étouffés par la hausse des charges et les crises successives", affirme-t-il avant de conclure, non sans ironie : "Avant de renverser la table, demandez-vous si le problème, ce n'est pas plutôt la chaise sur laquelle vous êtes assis. Celle de l'idéologie, ou de la salle de réunion que vous n'avez jamais trouvée."
En face, la Région joue la transparence avec une réflexion forte qui porte sur la place même des politiques agricoles, leur efficacité et leur capacité à répondre aux réalités du terrain. "L'heure est à la remise en question et nous devons toutes et tous, aussi, évaluer la place des politiques que nous portons", souligne Vincent Labarthe. Bien que l'Europe soit très souvent montrée du doigt quand il s'agit d'évaluer les moyens ou les politiques qu'elle met en œuvre, ce dernier rappelle qu'il faut "travailler collectivement, avec humilité, sans détruire ce qui a été bâti". Bien que confrontée à des normes exigeantes et des contrôles renforcés, l'agriculture française reste une référence internationale. "Elle est remarquable et remarquée", rappelle-t-il, ajoutant "qu'il est primordial de préserver les organisations professionnelles agricoles, les outils de régulation et de renforcer les coopérations locales".
Reste que, globalisation oblige, l'agriculture doit répondre à toujours plus d'enjeux dans un monde de plus en plus peuplé. Directement visés, les sujets du foncier - "défi clé face à l'accaparement ou à la désertification" -, de l'eau, de la souveraineté alimentaire, mais aussi le lien agriculture-alimentation-santé, jugé fondamental pour reconnecter le citoyen à la réalité agricole. Là où le vice-président se dit agréablement surpris, c'est en ce qui concerne le Feader et notamment la consommation de la ligne hydraulique. "Cette ligne a toujours été la variable d'ajustement et pour la première fois depuis 14 ans, elle est utilisée... Sincèrement, quelque chose se passe."
La gouvernance agricole départementale reste quant à elle un sujet sensible. "Il faudra prendre le temps d'en analyser les enseignements", précise l'orateur avant de se faire interpeller par un membre du syndicat, "si l'on n'en parle pas maintenant on n'en parlera jamais" ! Le vice-président s'exécute et en donne les contours. Cette gouvernance s'articulera autour de trois strates : le Crit (Comité régional intersectoriel technique), destiné à favoriser la discussion et la coordination entre acteurs, une instance centrale orientée vers l'analyse stratégique, et enfin, le CRE (Comité régional d'experts), qui n'a pas encore vu le jour, mais dont la création est prévue, "grâce à des retours du terrain qui méritent d'être expertisés".
IL a dit-
"Le manque d'engagement syndical qui peut exister chez les jeunes va bien au-delà du monde agricole, c'est typiquement sociétal et cela existe dans de multiples associations. Je pense qu'il y a malheureusement un renfermement sur soi et que l'on pense moins collectif. Même s'il existe des outils coopératifs et mutualistes qui perdurent dans le monde agricole, et qui à une époque ont pu sauver l'agriculture, aujourd'hui ils doivent se réadapter au contexte actuel. Quand moi-même je suis rentré chez les Jeunes agriculteurs, j'avais également des envies et des besoins qui ne sont pas les mêmes pour les jeunes porteurs de projet d'aujourd'hui. Vu que je suis en fin de parcours chez les Jeunes agriculteurs, si je rejoins la grande maison verte, j'amènerais peut-être une certaine vision du syndicalisme. Ce qui est sûr, c'est que pour être apprécié et suivi, il faut constamment se renouveler."
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