ACTIVITÉS TAURINES
Après plusieurs mois de confinement volontaire et de vigilance accrue face à la Dermatose nodulaire contagieuse, la Fédération des manadiers annonce la reprise des activités dans le Gard et les Bouches-du-Rhône à compter du 7 février.
Dans le Gard et les Bouches-du-Rhône, les activités manadières et taurines sont autorisées à compter du 7 février.
© Crédit photo : FFCC
À l'automne dernier, la Fédération des manadiers avait lancé un appel clair aux éleveurs du Gard et des Bouches-du-Rhône : confiner les troupeaux. Une décision lourde de conséquences économiques et symboliques, mais jugée indispensable pour préserver une race emblématique à petits effectifs, le taureau de Camargue. Dans un territoire où l'élevage et les traditions taurines façonnent autant le paysage que la vie sociale, le mot d'ordre avait été suivi, dans un esprit de responsabilité collective.
La situation n'avait toutefois pas été uniforme sur l'ensemble du territoire camarguais. Dans l'Hérault, la détection d'un foyer de Dermatose nodulaire contagieuse (DNC) bovine dans l'Aude avait entraîné le placement de 18 communes de l'ouest et du nord-ouest du département sous surveillance. Les éleveurs héraultais avaient alors choisi d'aller plus loin, en demandant l'extension de la zone vaccinale à tout le département. Un régime sanitaire distinct, plus contraignant, mais perçu comme un rempart supplémentaire face à une maladie redoutée.
L'annonce de la reprise, fixée au 7 février dans le Gard et les Bouches-du-Rhône, intervient dans un contexte que la profession juge désormais plus favorable. Emmanuel Lescot, président de la Fédération des manadiers, se veut rassurant tout en mesurant ses propos. "Plusieurs voyants sont passés au vert. Le premier, c'est que depuis le 1er janvier, il n'y a plus de cas de dermatose sur le territoire national. Les deux derniers ont été enregistrés en Ariège entre Noël et le jour de l'An", souligne-t-il.
À cela s'ajoute une progression massive de la vaccination collective dans la vaste zone qui s'étend désormais des Landes jusqu'à l'Hérault. "Aujourd'hui, 95% du cheptel est vacciné. Petit à petit, on va retourner à la vie normale, bien évidemment sous réserve qu'il n'y ait pas de nouveaux cas", précise le président de la fédération. Même l'épisode de froid de décembre et janvier semble avoir joué un rôle, en freinant la propagation d'une maladie transmise par des insectes piqueurs.
Pour les manadiers, cette perspective de déconfinement est bien plus qu'une simple formalité administrative. La saison taurine se dessine dès le mois de mars, avec ses fêtes locales, ses abrivados et ses rassemblements qui rythment la vie des villages. Derrière chaque manifestation se cache une chaîne économique faite d'éleveurs, de cavaliers, d'organisateurs, d'associations, de restaurateurs et d'artisans locaux.
"C'était normal de libérer les éleveurs puisque ce confinement, on se l'imposait à nous-mêmes", rappelle Emmanuel Lescot. L'élevage de taureaux de Camargue constitue un pilier du territoire, entre entretien des paysages, maintien de la biodiversité et structuration des espaces naturels. Une activité qui dépasse largement le cadre du spectacle pour s'inscrire dans un équilibre écologique et culturel fragile.
Si la reprise est accueillie avec soulagement, personne n'ignore la volatilité de la situation. "La DNC n'a pas franchi les portes de la région. Mais si nous avions eu un cas proche de notre zone, nous serions restés confinés. De toute façon, l'État ne nous aurait pas demandé notre avis", confie l'éleveur, lucide sur les marges de manœuvre limitées face à une crise sanitaire.
Le président de la fédération partage cette prudence. "C'est d'ailleurs la difficulté avec cette maladie virale transmise par des insectes piqueurs. Tous les jours, tout peut être remis en cause. Il suffit d'un cas", observe-t-il. Une phrase qui résume l'état d'esprit d'une profession désormais habituée à naviguer entre espoir et vigilance.
Le déconfinement ne signifie pas un retour à l'insouciance. La reprise est conditionnée à un protocole sanitaire rigoureux, rendu obligatoire pour chaque déplacement, manifestation ou rassemblement. Camions, moyens de transport, chevaux et taureaux devront faire l'objet de désinfections et de désinsectisations systématiques, au départ comme au retour des événements.
Les produits utilisés devront être conformes à la réglementation vétérinaire en vigueur, et leur utilisation consignée dans une traçabilité écrite, conservée par les organisateurs ou les détenteurs des animaux. La Fédération des manadiers s'est engagée à accompagner les éleveurs dans l'application de ces mesures, afin d'assurer une reprise à la fois festive et responsable.
Cette vigilance n'est pas née du hasard. Début décembre, les manadiers s'étaient mobilisés à l'échelle nationale, lançant un appel pour la vaccination et l'arrêt de l'abattage total, afin de protéger leurs élevages et leurs traditions. Quelques semaines plus tard, une délégation emmenée par Emmanuel Lescot avait été reçue à Paris par la ministre de l'Agriculture, Annie Genevard, et le directeur de cabinet du président de la République, Georges-François Leclerc.
Les échanges avaient porté sur la fragilité des races locales à faibles effectifs et sur les conditions d'une vaccination rapide et efficace en cas de nouvelle alerte.
"Nous avions eu la confirmation que si un nouveau foyer se rapprochait de notre zone, nous pourrions compter sur la disponibilité immédiate des vaccins", rappelle le président de la fédération.
Au terme de cet épisode sanitaire, les éleveurs du Gard et des Bouches-du-Rhône se retrouvent dans une zone qui n'est ni réglementée ni vaccinale, une situation que certains considèrent comme un moindre mal. Mais l'épisode a laissé des traces dans l'organisation collective d'une filière historiquement soudée.
"Notre race Camargue est présente sur trois départements : l'Hérault, le Gard et les Bouches-du-Rhône. C'est dommage que cette épidémie ait créé une fracture entre nous, car nous fonctionnons ensemble pour les spectacles taurins. C'est très difficile de dissocier nos élevages", confie Emmanuel Lescot, en évoquant les effets encore incertains de cette période de séparation forcée.
Le calendrier, lui, est déjà dans toutes les têtes : le 7 février marquera le retour des abrivados et des premières manifestations, prélude à une saison que les manadiers espèrent plus sereine. La véritable date symbolique reste toutefois la journée d'hommage à Fanfonne Guillierme, à Aimargues, début mars, qui ouvre traditionnellement la saison taurine.
Cette année, l'événement aura une résonance particulière : celle d'un monde rural qui, après avoir traversé l'inquiétude et l'isolement, retrouve le chemin des arènes et des rues de village, sans jamais perdre de vue la fragilité de l'équilibre sanitaire qui conditionne désormais toute une filière.
ICI
Votre encart
publicitaire !
Chambre d'agriculturede l'Hérault

Publiez facilement vos annonces légales dans toute la France.
Grâce à notre réseau de journaux partenaires.
Attestation immédiate, service 24h/24, 7 jours/7

10/05/2023
28/04/2023
06/06/2023
Chaque semaine, retrouvez toute l'actualité de votre département, des infos techniques et pratiques pour vous accompagner au quotidien...
Découvrez toutes nos formules
Inscrivez-vous GRATUITEMENT à nos newsletters pour ne rien rater de notre actualité !
S'abonner