Bouches-du-Rhône 04/02/2026
Partage

ACTIVITÉS TAURINES

Les manadiers annoncent la reprise

Après plusieurs mois de confinement volontaire et de vigilance accrue face à la Dermatose nodulaire contagieuse, la Fédération des manadiers annonce la reprise des activités dans le Gard et les Bouches-du-Rhône à compter du 7 février.

Dans le Gard et les Bouches-du-Rhône, les activités manadières et taurines sont autorisées à compter du 7 février.

© Crédit photo : FFCC

À l'automne dernier, la Fédération des manadiers avait lancé un appel clair aux éleveurs du Gard et des Bouches-du-Rhône : confiner les troupeaux. Une décision lourde de conséquences économiques et symboliques, mais jugée indispensable pour préserver une race emblématique à petits effectifs, le taureau de Camargue. Dans un territoire où l'élevage et les traditions taurines façonnent autant le paysage que la vie sociale, le mot d'ordre avait été suivi, dans un esprit de responsabilité collective.

La situation n'avait toutefois pas été uniforme sur l'ensemble du territoire camarguais. Dans l'Hérault, la détection d'un foyer de Dermatose nodulaire contagieuse (DNC) bovine dans l'Aude avait entraîné le placement de 18 communes de l'ouest et du nord-ouest du département sous surveillance. Les éleveurs héraultais avaient alors choisi d'aller plus loin, en demandant l'extension de la zone vaccinale à tout le département. Un régime sanitaire distinct, plus contraignant, mais perçu comme un rempart supplémentaire face à une maladie redoutée.

Des voyants au vert, mais une prudence maintenue

L'annonce de la reprise, fixée au 7 février dans le Gard et les Bouches-du-Rhône, intervient dans un contexte que la profession juge désormais plus favorable. Emmanuel Lescot, président de la Fédération des manadiers, se veut rassurant tout en mesurant ses propos. "Plusieurs voyants sont passés au vert. Le premier, c'est que depuis le 1er janvier, il n'y a plus de cas de dermatose sur le territoire national. Les deux derniers ont été enregistrés en Ariège entre Noël et le jour de l'An", souligne-t-il.

À cela s'ajoute une progression massive de la vaccination collective dans la vaste zone qui s'étend désormais des Landes jusqu'à l'Hérault. "Aujourd'hui, 95% du cheptel est vacciné. Petit à petit, on va retourner à la vie normale, bien évidemment sous réserve qu'il n'y ait pas de nouveaux cas", précise le président de la fédération. Même l'épisode de froid de décembre et janvier semble avoir joué un rôle, en freinant la propagation d'une maladie transmise par des insectes piqueurs.

Le poids de l'économie et des traditions

Pour les manadiers, cette perspective de déconfinement est bien plus qu'une simple formalité administrative. La saison taurine se dessine dès le mois de mars, avec ses fêtes locales, ses abrivados et ses rassemblements qui rythment la vie des villages. Derrière chaque manifestation se cache une chaîne économique faite d'éleveurs, de cavaliers, d'organisateurs, d'associations, de restaurateurs et d'artisans locaux.

"Aujourd'hui, 95% du cheptel est vacciné"

"C'était normal de libérer les éleveurs puisque ce confinement, on se l'imposait à nous-mêmes", rappelle Emmanuel Lescot. L'élevage de taureaux de Camargue constitue un pilier du territoire, entre entretien des paysages, maintien de la biodiversité et structuration des espaces naturels. Une activité qui dépasse largement le cadre du spectacle pour s'inscrire dans un équilibre écologique et culturel fragile.

Une menace toujours en embuscade

Si la reprise est accueillie avec soulagement, personne n'ignore la volatilité de la situation. "La DNC n'a pas franchi les portes de la région. Mais si nous avions eu un cas proche de notre zone, nous serions restés confinés. De toute façon, l'État ne nous aurait pas demandé notre avis", confie l'éleveur, lucide sur les marges de manœuvre limitées face à une crise sanitaire.

Le président de la fédération partage cette prudence. "C'est d'ailleurs la difficulté avec cette maladie virale transmise par des insectes piqueurs. Tous les jours, tout peut être remis en cause. Il suffit d'un cas", observe-t-il. Une phrase qui résume l'état d'esprit d'une profession désormais habituée à naviguer entre espoir et vigilance.

Un protocole strict pour un retour encadré

Le déconfinement ne signifie pas un retour à l'insouciance. La reprise est conditionnée à un protocole sanitaire rigoureux, rendu obligatoire pour chaque déplacement, manifestation ou rassemblement. Camions, moyens de transport, chevaux et taureaux devront faire l'objet de désinfections et de désinsectisations systématiques, au départ comme au retour des événements.

Les produits utilisés devront être conformes à la réglementation vétérinaire en vigueur, et leur utilisation consignée dans une traçabilité écrite, conservée par les organisateurs ou les détenteurs des animaux. La Fédération des manadiers s'est engagée à accompagner les éleveurs dans l'application de ces mesures, afin d'assurer une reprise à la fois festive et responsable.

Mobilisation jusqu'aux plus hautes sphères

Cette vigilance n'est pas née du hasard. Début décembre, les manadiers s'étaient mobilisés à l'échelle nationale, lançant un appel pour la vaccination et l'arrêt de l'abattage total, afin de protéger leurs élevages et leurs traditions. Quelques semaines plus tard, une délégation emmenée par Emmanuel Lescot avait été reçue à Paris par la ministre de l'Agriculture, Annie Genevard, et le directeur de cabinet du président de la République, Georges-François Leclerc.

Les échanges avaient porté sur la fragilité des races locales à faibles effectifs et sur les conditions d'une vaccination rapide et efficace en cas de nouvelle alerte.

"Tous les jours, tout peut être remis en cause. Il suffit d'un cas"

"Nous avions eu la confirmation que si un nouveau foyer se rapprochait de notre zone, nous pourrions compter sur la disponibilité immédiate des vaccins", rappelle le président de la fédération.

Une unité territoriale à reconstruire

Au terme de cet épisode sanitaire, les éleveurs du Gard et des Bouches-du-Rhône se retrouvent dans une zone qui n'est ni réglementée ni vaccinale, une situation que certains considèrent comme un moindre mal. Mais l'épisode a laissé des traces dans l'organisation collective d'une filière historiquement soudée.

"Notre race Camargue est présente sur trois départements : l'Hérault, le Gard et les Bouches-du-Rhône. C'est dommage que cette épidémie ait créé une fracture entre nous, car nous fonctionnons ensemble pour les spectacles taurins. C'est très difficile de dissocier nos élevages", confie Emmanuel Lescot, en évoquant les effets encore incertains de cette période de séparation forcée.

Le 7 février, premier pas vers la saison

Le calendrier, lui, est déjà dans toutes les têtes : le 7 février marquera le retour des abrivados et des premières manifestations, prélude à une saison que les manadiers espèrent plus sereine. La véritable date symbolique reste toutefois la journée d'hommage à Fanfonne Guillierme, à Aimargues, début mars, qui ouvre traditionnellement la saison taurine.

Cette année, l'événement aura une résonance particulière : celle d'un monde rural qui, après avoir traversé l'inquiétude et l'isolement, retrouve le chemin des arènes et des rues de village, sans jamais perdre de vue la fragilité de l'équilibre sanitaire qui conditionne désormais toute une filière. 

Emmanuel Delarue •

ICI
Votre encart
publicitaire !

Sur le même thème

Var 26/07/2019

Contre les normes imposées...

À l’appel de la FDSEA et du Syndicat des Jeunes agriculteurs du Var, une centaine d’agriculteurs du département a manifesté, le 13 juillet au Cannet-des-Maures, p...
Bouches-du-Rhône 13/06/2022

Une campagne d’irrigation d...

Le spectre d’une restriction applicable aux prélèvements sur l’ensemble des prises de la Basse Durance plane et inquiète, en particulier les producteurs de foin d...
Hérault 04/12/2024

Chambre d'agriculturede l'Hérault

Cadrer au mieux le photovol...

Lundi 25 novembre, se tenait la dernière session de la Chambre d'agriculture de l'Hérault pour cette mandature. L'occasion de présenter les derniers sujets ayant...

Annonces légales

Publiez facilement vos annonces légales dans toute la France.

Grâce à notre réseau de journaux partenaires.

Attestation immédiate, service 24h/24, 7 jours/7

Derniers tweets

10/05/2023
@EPVarois fait le point sur les tendances et enjeux du marché foncier agricole varois avec le nouveau directeur départemental de la #SAFER Paca et le président du comité technique. https://t.co/qAljvKlzlO
https://t.co/qAljvKlzlO
28/04/2023
[A LA #UNE 📰]@AgriProv👇La Coopération Agricole Sud acte sa fusion avec les caves coopératives du 13 et du 83 ! 🍷, #eau 💧Appel à la sobriété, Groupama Méditerranée maintien le cap, un dossier #travaildusol et en📸 cap sur la grenade avec le projet de Frédéric Chabert sur Arles https://t.co/Vf3e5Z07t0
https://t.co/Vf3e5Z07t0
06/06/2023
🗞️Tradition, consommation et vigilance @VigneronsCoop 🍷-💧Extension du réseau hydraulique 'Colline des Costières' @BRLGroupe @Occitanie - 🐴Le festival Prom'Aude - Fusion @_Ctifl et La Tapy #expé - 🌡️Aléas #climat : solutions et prospectives - 📸Guillaume Chirat, maître #pâtes https://t.co/9XDBtwaWsl
https://t.co/9XDBtwaWsl

Abonnez-vous à nos hebdos

Chaque semaine, retrouvez toute l'actualité de votre département, des infos techniques et pratiques pour vous accompagner au quotidien...

Découvrez toutes nos formules

Dernières actualités

Newsletters

Inscrivez-vous GRATUITEMENT à nos newsletters pour ne rien rater de notre actualité !

S'abonner

Gardons le contact

Twitter : suivez toute l'actualité agricole utile du moment, réagissez
Facebook : partagez encore plus de posts sur l'actualité agricole de votre territoire
Instagram : suivez nos bons plans et partagez nos galeries de photos
Linkedin : élargissez votre réseau professionnel
Youtube : vidéos, interviews, DIY...