Face à face
Alors que la commission mixte paritaire sur la loi Duplomb s'est accordée sur un texte de compromis ensuite débattu mercredi 2 juillet au Sénat, points de vue en face à face d'un représentant de la FNSEA et d'un représentant de la Confédération paysanne sur le sujet.
Face à face Duplomb
© Crédit photo : Pressgrimed
Les agriculteurs de la FNSEA conservent beaucoup d'attentes pour l'agriculture. Le point avec Jérôme Despey, 1er vice-président de la FNSEA.
Quelles sont les principales attentes du syndicat autour de cette loi Duplomb ?
Jérôme Despey : "Les attentes autour de cette PPL que l'on nomme 'Entraves' sont très fortes, d'autant que ce ne sont pas des moyens financiers que nous demandons, mais la capacité de pouvoir produire. Le point essentiel est de ne pas rajouter de contraintes dans les conditions d'exercice de la profession.
La FNSEA a notamment défendu la suppression du Conseil stratégique phytosanitaire, en privilégiant une intégration dans un module du Certiphyto. Sur le plan du "Pas d'interdiction sans solution", il faut que les retraits des matières actives soient en lien avec les autorisations européennes tant qu'il n'y a pas d'alternatives. On voit quelles sont les impasses avec les néonicotinoïdes. Raison pour laquelle nous avons fait une demande de dérogation. Alors oui, quand il y a une interdiction pour cause de santé publique, elle doit s'appliquer. Mais à tous, y compris dans les frontières européennes. Quant à l'eau, avoir la capacité de stocker est capital : nous le voyons tout particulièrement en cette période de canicule. Les Chambres d'agriculture travaillent sur ce sujet du point de vue technique. Mais si l'on ne parvient pas à stocker, on ne pourra pas permettre de restitutions en multi-usages."
Certains pointent un texte anti- écologique, que répondez-vous à l'opposition ?
J.D. : "Nous sommes dans une démocratie, il est donc normal que chacun puisse défendre ses intérêts. Quand on fait de l'agriculture une cause majeure, il est essentiel de maintenir le potentiel de production. Nous n'avons pas d'ambiguïté en matière de santé publique. Ce que nous voulons, c'est que la France cesse de faire ce que l'on appelle de la surtransposition. Dans le marché européen, nous ne pouvons pas nous mettre des barrières là où la production importée n'aurait aucune interdiction. C'est exactement la même chose avec le Mercosur qui est un mauvais accord dont nous ne voulons pas, puisqu'il concerne des productions non conformes aux normes de production européennes.
D'une certaine façon, cela nous mène aussi à la situation de la viticulture, qui pâtit de nombreux aléas économiques, souvent autour de conflits qui n'appartiennent pas à l'agriculture, comme l'aéronautique ou l'aluminium. À cela s'ajoute la récurrence des aléas climatiques, un effet ciseaux entre baisse du potentiel de production, mais pas des coûts de celle-ci, et la forte baisse de consommation ces dernières décennies. Il faut un vrai plan de sauvegarde et, pour cela, il faut passer par la segmentation, avec de la contractualisation. C'est la raison pour laquelle la viticulture doit intégrer les États généraux de l'alimentation."
Pour vous, il est également essentiel de préserver l'OCM vitivinicole. Pouvez-vous clarifier ?
J.D. : "On entend dire que l'on pourrait financer de l'arrachage ou de la distillation avec l'OCM. Aujourd'hui, il est réglementairement impossible d'utiliser de l'argent de l'OCM pour des mesures conjoncturelles. L'Union européenne met des outils à disposition, mais ce sont aux États membres de les financer. Il n'y aura pas de crédit disponible pour cela en 2026, et même si c'était possible, ce serait une erreur. Il faut penser restructuration, capacité d'investissement et promotion pour partir à la conquête des marchés. Les 262 millions d'euros de l'OCM doivent donner des perspectives.
Il faut en revanche aller chercher les crédits de réserves de crise. Ce sont les 450 millions d'euros annuels de la Pac en réponse aux crises agricoles et, ici, la viticulture peut rentrer. Ils pourraient permettre d'amorcer un arrachage définitif et éventuellement de la distillation, et venir se greffer à l'arrachage temporaire qui est, lui, autorisé par l'OCM, ainsi qu'à l'autorisation de replantation, étendue à 13 ans, ce qui viendra redonner des perspectives."
Du côté de l'opposition, la version du texte adoptée en commission mixte paritaire, lundi 30 juin, revient à une version encore pire que celle du texte présenté à l'Assemblée nationale. Pour Simon Le Berre, co-porte-parole de la Confédération paysanne dans le Gard, le raisonnement n'est pas le bon.
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Depuis le départ la Confédération paysanne est opposée à la loi Duplomb. Comment accueillez-vous le texte du 30 juin ?
Simon Le Berre : "Nous sommes revenus à un texte encore pire que l'initial. À notre échelle, ce qui pose le plus de problèmes est la gestion de l'eau, et le fait de déclarer que des stockages de type méga-bassines puissent être considérés comme d'intérêt général. Sous prétexte qu'on fait partie d'une filière de l'agro-industrie, on peut avoir les moyens de payer des études pour convaincre les pouvoirs publics. Mais irriguer davantage la vigne, alors qu'on est déjà en crise et qu'on produit plus que la consommation, est une aberration.
C'est un peu dur, car nous arrivons à un moment où l'on parvient à s'entendre sur certains sujets. Nous l'avons vu en local avec la question de l'abattoir d'Alès (30), mais concernant la loi Duplomb, c'est un point d'idéologie qui bloque. L'argument de dire qu'il faudrait réduire les normes environnementales pour maintenir de la compétitivité au sein même des autres États membres de l'Union européenne, nous appelons ça un nivellement par le bas. Pourtant, nous sommes dans un pays qui compte des personnes ayant beaucoup fait avancer l'écologie. Mais manifestement ce n'est pas assez."
Comment avancer sur ces points de divergence, qu'il s'agisse des matières actives ou de la ressource en eau ?
S.LB. : "Il faudrait plutôt raisonner en barrières aux frontières pour les produits qui ne respectent pas les mêmes normes de production que nous. Mais le gouvernement ne semble pas être prêt à l'accepter. On a travaillé sur les circuits courts, la qualité, les Projets alimentaires territoriaux [PAT, ndlr]... Réussir à faire l'inverse, c'est-à-dire avoir un nivellement par le haut, serait idéal. Mais il est impossible de demander à des pays comme la République tchèque ou la Pologne de faire en 10 ans ce que nous avons fait en 50. Depuis des décennies, nous luttons contre les accords de libre-échange. Nous sommes juste à la conclusion d'un autre modèle, qui est celui que nous prônons depuis longtemps. Qu'adviendra-t-il des petits producteurs, avec une agriculture vertueuse et locale ?
Quant à l'eau, nous sommes d'accord sur le fond, mais pas sur la forme. La gestion de la ressource doit être vue à une échelle extra-locale, avec des petits bassins de rétention à l'échelle des exploitations. Il en va d'ailleurs de même avec la gestion de l'agrivoltaïsme : il serait plus cohérent d'avoir des commissions par canton pour réfléchir aux besoins des agriculteurs sur la zone, plutôt que de dire que la loi est la même partout. Malheureusement sur ces enjeux, il est impossible de raisonner de la sorte, on est pourtant tous d'accord là-dessus."
Quel avenir pour une viticulture paysanne, alors que la filière reste dans une crise profonde ?
S.LB. : "Tout le monde constate que l'on fait trop de vins et que les prix sont en chute libre. Avant, on entendait qu'il fallait augmenter la consommation ; aujourd'hui, nous commençons à entendre des voix s'accorder sur le fait qu'il faut diminuer l'offre. Sauf qu'ils parlent d'arrachage ou de distillation. C'est déjà ça, mais le risque c'est que, pour compenser l'arrachage, certains augmentent leurs rendements en arrosant davantage les parcelles productives.
En réalité, la problématique du surplus ne sera pas suivie s'il n'y a pas de contraintes. Il faut une diminution officielle des rendements des appellations. La filière n'aime pas quand on touche au porte-monnaie, mais sur le moyen-long terme, c'est la seule solution. Pour l'heure, on patine un peu car le prix de l'hectolitre reste bas. Nous demandons une aide à la trésorerie plutôt qu'à l'arrachage, pour passer ces deux années charnières. Aussi, il faut un arrêt définitif des autorisations de plantations. Entre 2011 et 2022, nous avons replanté la quasi-totalité de ce qui a été arraché dans la précédente crise. Pas sur la même zone, certes, mais il faut trouver un moyen de céder les droits de replantation plutôt qu'en créer de nouveaux."
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