“L’avenir du pastoralisme, et plus globalement de la filière ovine française, repose sur une véritable prise en compte des difficultés de nos éleveurs“, rappelaient Florian Pellegrin et Patrick Lévêque (© FRSEA – JA Paca).
Vendredi dernier, à Gap, plusieurs dizaines d’éleveurs se sont installés sur un tabouret, corde au cou, pour symboliser pacifiquement leur ras-le-bol et l’extrême précarité de leur situation. Des bougies ont également été disposées tout autour, pour rappeler le nombre d’animaux prédatés dans le département des Hautes-Alpes, le plus touché par la prédation lupine. “L’avenir du pastoralisme, et plus globalement de la filière ovine française, repose sur une véritable prise en compte des difficultés de nos éleveurs. On ne peut plus se voiler la face, il faut fermement prendre le problème à bras-le-corps et offrir enfin des solutions à nos éleveurs“, rappelaient Florian Pellegrin, président de JA Paca, et Patrick Lévêque, président de la FRSEA Paca, dans un communiqué appelant à la mobilisation.
En Vaucluse, la profession a fait le choix de sensibiliser les maires des communes concernées en leur diffusant régulièrement une note d’informations, la dernière datant de vendredi dernier. Dans le département, les professionnels ont relevé 194 moutons ont officiellement été comptabilisés comme victimes en 2020. Cet été, neuf communes ont officiellement été attaquées par le loup1, désormais bien implanté sur le Mont Ventoux, le Grand Luberon et les Monts de Vaucluse. Or, seule la commune de Bédoin2 est actuellement classifiée comme foyer de prédation. “C’est pourtant l’ensemble du département qui est menacé : au premier semestre, les communes de Mornas et d’Uchaux le long du Rhône étaient attaquées par le loup. Les éleveurs, le monde agricole et de la chasse observent, aux vues des réalités de terrain que la population lupine est aujourd’hui sous-estimée. Le mode de gestion du loup doit être revu au regard de la dynamique réelle de la population, et il est nécessaire que chaque éleveur puisse protéger ses animaux toute l’année, sur tout le territoire et en toute sécurité.“, précise le président de la FDO 84, Émilien Bonnet, dans le courrier de sensibilisation adressé aux maires des communes concernées.
Le temps des demi-mesures est terminé
Plus largement, les élus se faisaient l’écho des revendications professionnelles, en attente de “réelles solutions pour faire face à cette situation, le temps des demi-mesures [étant] terminé“. Ils demandent ainsi :
Le préfet coordonateur serait “à l’écoute“
Lors du rendez-vous organisé à la préfecture du Rhône, le 15 octobre, le préfet coordonateur se serait montré “à l’écoute“ des critiques des syndicats agricoles et des Chambres sur le comptage des loups en France. “Le préfet nous a indiqué qu’il convoquera le directeur de l’Office français de la biodiversité (OFB) pour trouver, dès 2022, une manière fiable et transparente de compter le loup“, assure Claude Font, en charge du dossier loup à la Fédération nationale ovine (FNO). “Les prélèvements dépendent du comptage, et celui-ci a donc une importance capitale“, rappelle de son côté Patrick Bénézit, élu référent loup de la FNSEA.
Lors de cette réunion, l’enjeu des chiens de protection aurait également été soulevé. “Il s’agirait de modifier le Code rural, le Code pénal, mais aussi le Code de la santé par rapport aux aboiements…Le ministère de l’Agriculture devrait prendre contact avec celui de la Justice pour travailler avec les procureurs“, avance Claude Font.
Céline Zambujo & Agra
(1) Beaumont-du-Ventoux, Bédoin, Lagarde d’Apt, Lauris, Monieux, Saint-Martin-de-Castillon, Saignon, Viens, Venasque. (2) Une commune est définie comme ‘cercle 0’ selon le zonage de l’arrêté ‘Opération de protection de l’environnement dans les espaces ruraux’ (Opeder) du 28 novembre 2019.
Lundi 18 octobre, le tribunal correctionnel de Gap a rendu son verdict à l’encontre de l’éleveur de Ceillac (Queyras), passé en jugement le 20 septembre dernier. Poursuivi pour "blessures involontaires", des morsures de ses patous à l’encontre de randonneurs passés trop près de ses troupeaux, il risquait deux mois de prison avec sursis et 1 150 € d’amende. Il a été condamné à 2 500 € d'amende, dont 1 000 € avec sursis, pour "blessures involontaires". Deux de ses chiens seront en outre confisqués par la justice, et l’éleveur devra aussi s’acquitter de 300 € de réparation auprès d’une partie civile. "On attendait un acquittement complet". La secrétaire générale de la FDSEA 05, Sandrine Hauser, s’est dite "très déçue". Si l’éleveur devait faire appel (la décision était encore en suspens à l’heure du bouclage), la FDSEA 05 a d’ores et déjà annoncé qu’elle pourrait conduire de nouvelles actions.
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