PLAN 'CASI'
Un milliard d'euros pour sauver l'agriculture française. Face à l'urgence climatique, la ministre déploie le plan 'Casi' : indemnités accélérées, fonds territorialisé et aides sociales pour limiter les faillites et relancer la production. En face, pour les professionnels, le compte n'y est pas.
"L'objectif immédiat, c'est de traiter l'urgence et d'assurer la production de la prochaine campagne", a rappelé Annie Genevard, ministre de l'Agriculture, vendredi 4 septembre en présentant son plan 'Casi'.
© Crédit photo : CZ
"Des rustines pour l'urgence, pas de stratégie pour l'avenir." Premiers à dégainer, les Jeunes agriculteurs résument assez bien la pensée de la plupart des syndicats et organisations professionnelles, face à l'annonce du plan 'Casi'. Un milliard d'euros, "un effort conséquent de solidarité nationale dans une situation budgétaire tendue", plaide pourtant Annie Genevard. Les agriculteurs en sont conscients, mais cela ne suffira pas. Vendredi dernier, la ministre de l'Agriculture est allée directement aux annonces de son plan 'Climat, adaptation, sécheresse, incendies' (Casi). Finalement décalé de quelques heures, il vise "un double impératif" : d'une part, indemniser les pertes liées aux évènements climatiques des derniers mois "pour éviter les faillites" ; d'autre part, relancer la production agricole "pour ne pas perdre de potentiel productif".
Concrètement, deux axes sont priorisés par le ministère. Tout d'abord, couvrir rapidement les pertes liées à la canicule en abondant l'Indemnité solidarité national (ISN) avec une première estimation de 520 millions d'euros. "J'ai demandé d'accélérer les avances et les paiements en modifiant également les acomptes, portés à 80% au lieu de 70%", pose la ministre. Mais les syndicats regrettent l'absence d'élargissement d'accès et d'indemnisation. "Sur les annonces de la ministre, des doutes légitimes s'expriment tant sur le calendrier, les productions concernées que sur le niveau d'indemnisation. Pour les grandes cultures ou l'arboriculture, aucune reconnaissance n'est actée à ce jour", souligne ainsi la FNSEA. À partir de 2027, le mode de calcul des indemnités de pertes va être modifié, pour que la perte en année N soit mise en regard non plus de la moyenne quinquennale, mais des huit années précédentes, "un mode de calcul plus protecteur que je suis allée négocier à Bruxelles", souligne Annie Genevard.
Autre axe des annonces, le dégrèvement de la Taxe foncière sur les propriétés non bâties (TFNB) est acté, soit une enveloppe de 330 M€.
Sur le volet de relance de la production agricole pour éviter "la perte d'animaux" liée à la décapitalisation des cheptels et permettre les semis, la ministre a annoncé la mise en place d'un Fonds de réarmement agricole doté de 235 M€, "territorialisé et à la main des préfets, de manière à adapter la réponse au terrain". Ce fonds, "qui est une réponse inédite et adaptée", doit permettre aux agriculteurs - notamment aux trois secteurs particulièrement impactés, à savoir l'élevage, les grandes cultures de printemps et le maraîchage - d'acheter fourrages, semences et intrants pour lancer la campagne 2026-2027. Les préfets ont réuni cette semaine les organisations agricoles, afin de définir les publics cible et les montants idoines. Par ailleurs, 20 M€ d'aides de cotisations sociales seront également fléchées, en complément des aides engrais, "prolongées jusqu'au 31 décembre" et du guichet d'achat carburant, prolongé en septembre et octobre (lire ci-contre). À titre de comparaison, le plan gel en 2021 avait consacré plus de 170 M€ à cette ligne pour les seuls viticulteurs...
La ministre a également annoncé le relèvement du montant de l'avance PAC de 70 à 75%, soit "420 millions d'euros de trésorerie dans les exploitations" ; et a demandé à ses services "d'accélérer le déploiement du contrôle unique", rappelant qu'elle avait déjà simplifié des procédures, comme des dérogations sur les jachères, annonçant spécifiquement pour les éleveurs avoir sollicité "tous mes homologues européens pour voir où des fourrages étaient disponibles". Enfin, elle n'a pas manqué de rappeler le vote de la loi d'urgence agricole et son volet 'Eau' : "Personne aujourd'hui, après l'été que nous avons passé, ne peut raisonnablement dire de bonne foi qu'il faut s'interdire de stocker l'eau. La question du stockage de substitution est tranchée par les faits," résume-t-elle.
"Un milliard d'euros, c'est un effort considérable à ne pas banaliser dans le contexte budgétaire de la France aujourd'hui," insiste la ministre : "C'est un engagement que la Nation doit prendre, dans lequel l'État donne l'exemple. Mais c'est aussi le consommateur, dans son choix de l'origine France ; la distribution, qui accepte de contenir l'augmentation des prix ; les collectivités, les Départements et les Régions, qui soutiennent leur agriculture locale ; sans oublier le système bancaire et assurantiel", pointe-t-elle, rappelant néanmoins une vérité : "L'État seul ne peut pas tout. La Nation doit être au chevet des agriculteurs. Les cellules 'Casi' seront à l'écoute et proposeront sous l'égide des préfets des actes adaptés à chaque situation. Les préfets en seront les chevilles ouvrières pour apaiser et redonner espoir. Et parce qu'il nous faut aussi penser à l'avenir, j'annoncerai d'ici quelques semaines un plan de rebond, avec les contrats d'avenir."
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