SITEVI 2025
Transmuter le plomb en or, transmuter les défis en opportunités : tel est le pari du Sitevi 2025, le rendez-vous incontournable de la filière viticole, arboricole et oléicole. Qui sera présent fin novembre à Montpellier ? Une chose est sûre : ceux qui feront le déplacement auront des réponses à apporter, des idées à partager, et peut-être même les clés pour dessiner l'agriculture de demain.
"C'est le rendez-vous de la filière, face aux enjeux de diversification, d'innovation technologique, de durabilité environnementale et d'optimisation des performances pour répondre aux besoins de demain", résume Guillaume Schaeffer, nouveau directeur du Sitevi.
"Tout va bien, Madame la marquise ?" Certainement pas. Entre conjoncture internationale, flottements politiques, évolution des modes de consommation et dérèglement climatique, le monde viticole est en pleine mutation. Le Sitevi 2025, qui se tiendra au cœur du vignoble méditerranéen, sera un thermomètre essentiel. Pas question de nier les difficultés, mais au cœur de ce marasme, une question émerge : que faire demain ? Continuer la vigne, mais autrement ? Se tourner vers l'oléiculture ? Les fruits ? Avec ses 1 000 exposants et 55 conférences, le Sitevi promet des pistes concrètes pour les cultures spécialisées.
Pour les constructeurs d'agroéquipements, cette transition peut être une opportunité. "L'émergence de nouveaux besoins techniques - matériels polyvalents, outils dédiés à l'oléiculture, solutions pour les parcelles reconverties - stimule l'innovation", souligne Damien Dubrulle, président d'Axema. Pourtant, le chemin reste semé d'embûches : même des pionniers comme Naïo, spécialiste des robots agricoles, sont fragilisés par les turbulences économiques. "La maîtrise des données agricoles et la formation des agriculteurs sont des conditions clés pour renforcer l'efficacité et la résilience des exploitations", insiste le président d'Axema.
À ses côtés, Christophe Riou, directeur de l'IFV, rappelle l'importance de l'expérimentation face aux défis climatiques. Le projet national 'Vitilience', qui rassemble une cinquantaine de partenaires (Inrae, Inao, interprofessions...), teste des combinaisons de leviers techniques (agronomiques et œnologiques) dans des vignobles démonstrateurs. Objectif : adapter les pratiques aux excès climatiques (gel, grêle) ou au manque d'eau, via des solutions comme le vitipastoralisme, l'agroforesterie ou les biochars.
Mais cette année, Christophe Riou s'est presque fait voler la vedette par les représentants des autres filières, alors que la diversification s'impose comme un impératif. Cela étant, Laurent Bélorgey, président de FranceOlive, pose des garde-fous et s'il souligne la nécessité d'améliorer l'autosuffisance française en huile d'olive, il ne sera pas possible de copier à l'identique les modèles espagnols à hauts rendements.
Le prix moyen des huiles importées (96% de la consommation nationale) sur les cinq dernières années est d'environ 8 €/litre (contre 25 €/litre pour les huiles françaises). "La mutation est complexe, mais la journée de l'olive le 25 novembre permettra d'explorer les défis et opportunités de la filière", précise-t-il. Nouveau partenaire du salon, le CTIFL (fruits et légumes) porte cette année de nombreuses ambitions, puisque de nombreux viticulteurs s'intéressent à une diversification vers l'arboriculture. Et il y a des opportunités : "Les consommateurs sont de plus en plus sensibles aux pratiques agricoles durables et à l'origine des produits", souligne le responsable communication, Jean-Marc Goachet.
"L'innovation ne naît pas de l'abondance, mais de la capacité à voir des opportunités là où les autres voient des limites", rappelait Clayton Christensen, universitaire américain connu pour sa théorie sur la technologie de rupture. Une citation qui résonne particulièrement cette année : face à la crise viticole, aux difficultés économiques et à l'urgence climatique, le Sitevi 2025 s'annonce comme un laboratoire d'idées pour repenser la compétitivité et la résilience des exploitations.
TENDANCES MACHINISME
On le sait, les crises sont cycliques. Mais celle qui frappe la viticulture actuellement a cela de singulier qu'elle dure et que la lumière au bout du tunnel n'est pas vraiment visible. Forcément, toute la filière est impactée. Fabricants et concessionnaires aussi. Si les dynamiques commerciales sont variables selon les filières, des tendances communes sont à noter : low-cost, énergie électrique, multifonction, connectivité... On fait le point avec Renaud Cavalier et Pierre-Denis Cault, du service 'Agroéquipement' de la Chambre d'agriculture du Gard.
Plus que quelques jours avant que les allées du Sitevi 2025 ne dévoilent les nouveautés machinisme proposées par la filière.
© Crédit photo : ML
La crise viticole percute lentement mais sûrement la filière ces derniers mois. Et de façon très brutale : des agents de recouvrement dans les caves pour venir prélever à la source les acomptes, des leasings qui viennent financer d'autres leasings dans les exploitations pour maintenir les apparences d'une "normalité" de la vie, des factures qui s'amoncellent dans les boîtes aux lettres avec des lignes incroyables (pour ne pas dire indécentes) dans certaines situations et aux dires de certains agriculteurs : 800 € le goujon de roue, plus de 450 € de déplacement pour une cinquantaine de kilomètres, quand ce n'est pas 8 000 € les 4 injecteurs... Faute de vendre, certains répercutent sur le service après-vente, quand d'autres mettent au chômage technique, pendant six mois, leurs usines de fabrication, conséquences de stocks majeurs en
instance de propriétaires.
Heureusement des partenaires agissent comme des tampons amortisseurs, tels les caves coopératives, les distributeurs, la protection sociale... Mais depuis deux ans, les crises s'amoncellent sur le secteur viticole avec une dureté rarement atteinte et un gradient de pression à ajuster en fonction des zones géographiques, selon la typologie d'exploitation (coopératives ou vignerons indépendants), la stratégie de diversification commerciale, les bassins viticoles (Languedoc, Vallée du Rhône et Provence), quand elles ne doivent pas se relever d'un incendie destructeur ou d'années de sécheresse à répétition. La situation semble un peu moins tendue en arboriculture, même si les filières s'inquiètent de plus en plus de la disparition de matières actives qui vont les projeter - à plus ou moins brève échéance - dans des impasses de protection, pénalisant rendements, voire la pérennité de la culture dans le temps. La viticulture est dans le dur, l'arboriculture s'en sort un peu mieux, mais le spectre des impasses phytosanitaires inquiète au plus haut point. En oléiculture, les deux dernières années ont été plutôt favorables. Mais toutes ces filières sont concernées par le changement climatique et la crise de la consommation, qui a considérablement réduit la taille accordée à l'alimentaire dans le porte-monnaie des consommateurs. Et cerise sur le gâteau : le contexte géopolitique international et l'insta- bilité gouvernementale ambiante en France, qui suspend toute velléité d'investissement faute de visibilité.
Résultat : les fabricants font preuve d'une ingéniosité accélérée pour proposer des outils 'économes' et low-cost multifonctions, moins gourmands en énergie et en pièces de rechange. Symbole de ce changement en viticulture : la taille rase de précision. Chez Cellier Boisset (stand A4 A058) et Ferrand (B2 B087), des machines permettent de prétailler et de tailler en un seul passage, rejoignant ainsi le club fermé jusqu'ici tenu par Pellenc (B2 B056). Avec suivi de cordon et ouverture au piquet qui se généralisent. Ferrand aussi propose un nouveau châssis et un mât multifonction. "Économie et multifonction tendent à se généraliser dans le vignoble", résume Renaud Cavalier, responsable agro-équipement et nouvelles technologies à la Chambre d'agriculture du Gard, qui sera présent au Sitevi (B1 D 026). "En particulier pour tout ce qui enjambe le rang", complète son collègue Pierre-Denis Cault.
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Les nouvelles technologies continuent par ailleurs à investir le champ du machinisme agricole, à l'image de Claas (B2 B073), qui sort son premier tracteur vigneron avec variation continue, présenté au Sitevi : le Nexos Cematic. Doté de quatre cylindres, ce modèle d'une puissance variant de 100 à 120 chevaux est annoncé autour de 90 000 €. Sa particularité ? Une boîte de vitesses à transmission continue.
Autre tracteur électrique : un nouveau Fendt (B3 A044) E100 V Vario, dont la commercialisation va être lancée.
Autre tendance depuis la dernière édition du Sitevi en 2023 : la montée en puissance de la connectivité, pour que tout soit tracé automatiquement : dates d'intervention, volumes, débits, poids des bennes, historiques de la parcelle, géolocalisation... "Dans les sécateurs, on a même le nombre de coups, le diamètre de coupe", complète Renaud Cavalier. Pellenc lance d'ailleurs un sécateur sans fil aux côtés d'autres nouveautés : nouvelle épampreuse, nouvelle machine TRP éco, nouvel attacheur... Cette digitalisation n'est évidemment pas un gadget, mais un outil en droite ligne de l'obligation du registre phytosanitaire (lire encadré ci-dessous).
Dans cette catégorie, le plus avancé est sans doute Samsys (B1 D 026) avec son boîtier connecté - démonstrations sur le stand de la Chambre d'agriculture du Gard - qui vient directement récupérer le débit du pulvérisateur, la géolocalisation des traitements dans la parcelle si le pulvérisateur est équipé d'un débitmètre. "En plus de toutes les informations émanant du tracteur - consommation, données de relevage, temps de travail... -, il rassemble aussi des informations, comme les tronçons ouverts/fermés ou gauche/droite, précieuses pour la gestion des ZNT notamment", rappelle Pierre-Denis Cault, tout en se projetant : "Ce qui nous manque encore en termes de connectivité, c'est un pont entre un boîtier et l'ensemble des logiciels d'enregistrement des données agricoles, dont 'Mes Parcelles' pour ne pas avoir à tout ressaisir."
Du côté de la pulvérisation, le Groupe Berthoud (B2 B041) annonce la sortie de son panneau confiné Catch qui vient compléter sa gamme et qui a reçu une très bonne note à Performance Pulvé. Calvet de son côté propose une nouvelle gamme, aéroconvecteur en vigne (gamme Tail), et à jets portés en arboriculture (gamme Tais). "Ils ont fait un gros travail sur la ventilation, qui a permis de retrouver un équilibre gauche/droite et haut/bas très intéressant pour la qualité de pulvérisation", explique Renaud Cavalier. Tais est équipé d'une turbine de diamètre 800 et 900 mm, d'une pompe haute pression et est proposé sous diverses capacités de cuve (800, 1 000, 1 500 et 2 000 litres) ; le modèle viti Tail - pour turbine aspiration inversée linéaire - est de son côté en basse pression, avec un aéroconvecteur qui a la particularité de présenter une ventilation inversée : l'aspiration à l'avant permet de ne pas aspirer de la bouillie chargée et d'aspirer au contraire de l'air "sec". La voûte droite supporte une pompe basse pression et est disponible en plusieurs capacités également (800, 1 000, 1 500 et 2 000 l). Autre nouveauté chez Calvet : un pulvérisateur que l'on monte sur la machine à vendanger ou sur le tracteur-enjambeur en aéroconvecteur.
Toujours dans cette catégorie 'Pulvérisation', Caffini (B1 B013) propose un modèle électrique de pulvérisateur qui fonctionne grâce à une génératrice, installée pour l'instant uniquement sur tracteur Landini (Argo France, B3 B 031) qui embarque déjà cette technologie. Il sera présent à Montpellier. Fini les cardans, une prise se branche directement sur le tracteur. Pourquoi uniquement Landini ? Parce que la marque est pour l'instant la seule à proposer un tracteur à moteur thermique fonctionnant à l'électricité (Rex 4 Electra evolving hydrid). "Tout fonctionne à l'électrique. À l'arrière du pulvérisateur se trouvent des buses PWM capables de générer les gouttelettes de la taille voulue par l'agriculteur. Ce dernier choisit un diamètre et un volume hectare qui change automatiquement, sans intervenir sur la pression. C'est bien pratique pour l'agriculteur," reconnaît Renaud Cavalier.
Par ailleurs, les constructeurs de pulvérisateurs continuent de poursuivre le travail de ces dernières années sur la détection de la végétation et la pulvérisation ciblée par étages de buses, "toujours dans le but d'éviter la dérive, d'optimiser la qualité de la pulvérisation et de faire des économies de produits". Sur ce volet, Nicolas lance son détecteur de végétation qui stoppe automatique l'ouverture/fermeture des tronçons en fin de rangs, "facilitant ainsi le travail du chauffeur qui n'a plus à s'en préoccuper". L'Italien Technovict (B4 B 050) propose ainsi 'In No Var', son kit retrofit qui s'installe sur n'importe quel pulvérisateur. Il permet de faire l'ouverture à la buse en fonction de la végétation, avec des buses PWM qui gèrent automatiquement la taille de la gouttelette et le débit. Un kit à installer sur un pulvérisateur aéroconvecteur.
Chez Kuhn (B3 B059), en arboriculture, le nouveau pulvérisateur Geo2 est le résultat d'un travail sur la forme des ailettes du ventilateur. "Le volume d'air est augmenté de 20%, ce qui permet une meilleure couverture de la pulvérisation", parallèlement à une baisse de la puissance absorbée par le ventilateur de 53%. "C'est énorme !", pointe Renaud Cavalier. L'intérêt ? Une consommation de gasoil fortement réduite et la possibilité d'avoir recours à un tracteur moins gros, donc moins cher aussi. "Sans oublier le bruit, avec une baisse de 7 points de décibels [passés de 112 à 105, ndlr]", ajoute Pierre-Denis Cault. De plus, un boîtier isobus permet de visualiser en temps réel le travail réalisé à la parcelle, avec la surface traitée, les tournières, les temps de travaux... "C'est important en vue du cahier numérique. On aura les volumes épandus, la dose moyenne, le nombre d'arbres traité... si la machine est équipée du capteur DTech, qui peut par ailleurs être enrichi de cartes de préconisation."
Sur les outils de travail du sol, l'accent est mis sur des outils permettant de couper/coucher l'herbe beaucoup plus vite qu'une tondeuse, à l'image de Terral (B3 B028) qui propose une pailleuse/faucheuse ressemblant à un endaineur, mais avec beaucoup plus de bras. "L'idée est d'aller contre la souche sans l'abîmer et de la nettoyer. C'est intéressant quand on se fait gagner par l'herbe car on passe plus vite dans la parcelle, surtout avec le printemps pluvieux qu'on a eu cette année. On passe plus vite et moins souvent", résume Pierre-Denis Cault.
Chez Souslikoff (B3 A071), place à Vitalex, un outil à disques chausseurs/déchausseurs qui permet de passer en travail du sol très rapidement (vitesse : plus de 5 km/h) et surtout quand l'herbe est abondante. Un outil qui vient compléter une gamme plutôt large avec les machines proposées par Belhomme (A4 A007), Braun (A4 A054), Clemens (A4 A034), "qui ont déjà des disques" et, plus récemment, de chez Ferrand.
Enfin, sur le semis direct, Roll'n'Sem propose une nouveauté, à savoir un semoir en semis direct Orbis pour le semis en direct sur couvert végétal. Clemens a aussi dévoilé récemment sortir son nouveau semoir de semis direct pneumatique équipé d'un ou deux distributeurs APV.
Assurance récolte
Avec des primes subventionnées à 70% et une garantie face aux pertes exceptionnelles, la réforme de l'assurance récolte semblait imparable. Pourtant, sur les vignobles méditerranéens, la couverture peine encore à s'imposer.
Si les chiffres de l'assurance récolte montrent des progrès, la généralisation est encore loin d'être atteinte.
© Crédit photo : GL
La réforme de l'assurance récolte mise en place en 2023 devait être une révolution pour le monde agricole. Elle voulait rompre avec le vieux régime des calamités et apporter une réponse crédible aux viticulteurs confrontés à des aléas climatiques toujours plus intenses. Deux ans plus tard, sur les territoires méditerranéens, on s'interroge : la mayonnaise a-t-elle vraiment pris ? Entre enthousiasme initial, fatigue économique et nécessité absolue de se protéger, le bilan est contrasté.
Il aura fallu un électrochoc pour que l'État et la profession agricole se mettent d'accord. Cet électrochoc s'appelle avril 2021. Ce gel printanier d'une violence exceptionnelle a laminé des milliers d'hectares de vignes et coûté des millions d'euros de pertes. "C'est bien le changement climatique, avec des événements de plus en plus fréquents et de plus forte intensité, qui a accéléré la réforme de l'assurance récolte", rappelle Marc Meyer, responsable du marché de l'assurance récolte chez Groupama Méditerranée. Le constat était simple : le régime des calamités agricoles, déjà inopérant pour les cultures spécialisées, ne suffisait plus à amortir le choc.
En 2023, un nouveau dispositif a vu le jour, pensé pour couvrir l'ensemble des exploitants, assurés ou non. Son architecture repose sur trois étages : une part incompressible à la charge du viticulteur, un filet assuré par les compagnies pour les pertes significatives et, enfin, une intervention massive de l'État en cas de catastrophe exceptionnelle. Le seuil de déclenchement pour la vigne a été fixé à 50% de pertes de rendements, un chiffre qui marque la frontière entre un aléa sévère et un événement climatique d'ampleur.
La philosophie de ce système est double : d'une part, garantir une couverture minimale à tous les exploitants ; d'autre part, inciter fortement à la souscription, en rendant l'assurance beaucoup plus accessible. Pour y parvenir, les pouvoirs publics ont mis en place une subvention de 70% sur le coût des contrats, à condition de respecter un barème de prix fixé pour chaque culture et une franchise minimale de 20%. "L'objectif était de mutualiser le risque et permettre à un maximum d'exploitants d'entrer dans le dispositif", explique Jean-François Lopez, responsable 'Assurances professionnelles et agricoles' au Crédit Agricole Alpes Provence (CAAP).
Dans la pratique, tout le monde a désormais droit à une indemnisation lorsqu'une perte dépasse le seuil exceptionnel. Mais entre un viticulteur assuré et un autre qui ne l'est pas, la différence est abyssale. Le premier bénéficie d'un accompagnement complet : son assureur gère le dossier, indemnise la totalité de ses pertes au-dessus de la franchise et active la part de solidarité nationale lorsque le seuil de 50% est franchi. L'État compense alors 90% des pertes exceptionnelles, l'assureur complétant pour atteindre 100%.
Pour le non-assuré, le scénario est bien plus rude. Il n'a accès qu'au Fonds de solidarité nationale (FSN) et à un taux qui s'érode chaque année : 45% en 2023, 40% en 2024, 35% en 2025. Concrètement, un vigneron qui perdrait la totalité de sa récolte l'an prochain - et qui n'aurait pas souscrit d'assurance - ne percevrait que 17,5% de la valeur de ses raisins. De quoi faire réfléchir. "Cette mécanique a été pensée pour créer une incitation forte à la couverture assurantielle", souligne Jean-François Lopez. "Le différentiel d'indemnisation entre un assuré et un non-assuré est devenu consi- dérable."
Ce nouveau système n'a pas simplifié la vie des exploitants. La procédure d'indemnisation repose toujours sur une déclaration obligatoire, suivie d'une expertise. Pour les cultures assurées, un expert est mandaté après l'aléa pour constater les dégâts, puis revient avant les vendanges, afin d'évaluer le rendement résiduel. Dans le cas des non-assurés, la démarche est plus lourde. Formulaire national à compléter, justificatifs de rendement sur cinq ans à fournir, attestation annuelle, et dépôt du dossier avant le 31 décembre. "Tout ce dispositif peut paraître complexe, mais l'objectif est que personne ne soit laissé de côté", insiste Marc Meyer.
Les assureurs, eux aussi, ont dû s'adapter. "La charge administrative est bien plus lourde. Nous devons collecter davantage de documents, rendre des comptes à l'État, et nous sommes soumis à des contrôles renforcés", confie le responsable de Groupama. L'indemnisation, en revanche, reste calée sur les mêmes principes qu'avant la réforme. Les compagnies indemnisent toujours la part contractuelle, mais elles récupèrent désormais la contribution de l'État lorsque le seuil de déclenchement est franchi.
Deux ans après, où en est-on ? Les chiffres racontent une histoire en deux temps. La première année, la réforme a suscité un véritable engouement. Chez Groupama Méditerranée, les souscriptions ont bondi de 37% en 2023. Au Crédit Agricole Alpes Provence, environ 200 exploitations ont franchi le pas dès la première campagne. Mais dès 2024, le rythme s'est ralenti. Groupama a enregistré un recul de 4% et la caisse régionale du Crédit Agricole n'a convaincu qu'une centaine d'exploitations supplémentaires.
Pourquoi cet essoufflement ? Les explications sont multiples. Le calcul de l'indemnisation - basé sur un historique de rendement souvent amputé par plusieurs années difficiles - en décourage certains. La crise structurelle de la filière viticole joue aussi un rôle. Pour des exploitations fragilisées, l'assurance reste un poste que l'on sacrifie facilement, même avec une prime subventionnée. "Sur des structures en difficulté, c'est souvent le premier arbitrage budgétaire", reconnaît Thomas Boutin, responsable 'Agriculture et transitions' au CAAP.
Un autre facteur freine la dynamique, c'est la perception du risque. "Nous sommes sur un territoire qui a longtemps été préservé. Certaines parcelles qui n'avaient jamais gelé de mémoire de vigneron ont été touchées ces dernières années. Mais il faut encore un temps d'adaptation pour que cette réalité s'ancre", observe le même interlocu- teur.
Les comportements évoluent toutefois après un sinistre. "Après des épisodes climatiques marquants, on constate toujours un regain d'intérêt", souligne Norbert Nouguier, chargé du développement des assurances agricoles au CAAP. L'exemple du secteur Sainte-Victoire, frappé par un gel sévère en 2024, l'illustre. La campagne suivante, les souscriptions y ont nettement progressé. Même phénomène après le gel historique de 2021. La mémoire climatique, paradoxalement, semble être le meilleur argument commercial. Chez Groupama, les statistiques des sinistres 2024 confirment la tendance à l'intensification des aléas. La sécheresse représente 45% des charges en vigne, la grêle 32,9%, le gel 21,4%. Et l'été 2025 n'a pas rassuré : la vague de chaleur de la mi-août a flétri des grappes entières et déclenché des expertises en urgence. Dans ce contexte, le message des assureurs est clair : le temps des certitudes est révolu, la vulnérabilité est partout.
Sur le périmètre du Crédit Agricole du Languedoc, Yoann Capdevielle, responsable département agricul-
ture et coopératives, observe lui aussi un fort engagement des viticulteurs au lancement du dispositif : "Le contrat a rencontré un grand succès. On peut y voir le fait que le dispositif est subventionné par l'État", explique-t-il, sachant que la banque verte a choisi au plan national de faire l'avance de cette subvention.
"C'est une avance de court terme induite dans le contrat. Le système permettait ainsi à tous les agriculteurs, même ceux qui avaient des trésoreries les plus fragiles, d'avoir accès au contrat climatique, de se protéger sans faire pour autant cette avance de la subvention de l'État", précise-t-il.
Ce dispositif a permis d'élargir sensiblement le nombre d'exploitants couverts dès la première année. D'autant que, dans le Languedoc, la référence de rendement sur cinq ans était plutôt favorable, ce qui garantissait un bon niveau d'indemnisation en cas de sinistre. "Peut-être un peu plus qu'ailleurs, sur le périmètre audois et est-héraultais, les viticulteurs subissent assez largement l'impact du changement climatique. Ces agriculteurs vivent avec le risque climatique en permanence", souligne Yoann Capdevielle.
Selon lui, le ralentissement des souscriptions observé en 2025 ne traduit pas un désintérêt, mais une maturité du marché : "Durant deux années consécutives, les agriculteurs se sont équipés. Cette année 2025, la troisième année du dispositif, le nombre de souscriptions a assez naturellement ralenti. Mais cela ne s'explique pas par un désintérêt pour le contrat, plutôt par le fait que tous ceux qui souhaitaient se couvrir l'ont fait."
Pour les assureurs, l'équation reste fragile. Avant la réforme, pour 100 € de cotisations encaissés, Pacifica en dépensait 130 à 140. Une situation intenable sans intervention publique. La mise en place de la réassurance par l'État au-delà de 50% de pertes a stabilisé le modèle, mais ce n'est pas un produit qui rapporte. "Les compagnies ne se bousculent pas pour le proposer", admet-on. Pourtant, Groupama et le Crédit Agricole maintiennent l'offre et l'encouragent, conscients que la pérennité des exploitations passe par là.
Alors, la mayonnaise a-t-elle pris ? Pas encore complètement. Les chiffres montrent des progrès, mais la généralisation est loin d'être atteinte. À l'heure où la Commission chargée de l'orientation et du développement des assurances garantissant les dommages causés aux récoltes (Codar) doit préparer son premier bilan triennal, les ajustements semblent inévitables. Plus de pédagogie, une simplification des démarches, et peut-être une révision des modes de calcul pour redonner confiance aux exploitants. Car une chose est certaine : face au climat, l'assurance récolte n'est plus une option. C'est un bouclier dont la filière viticole ne pourra plus se passer.
CANICULES ET SÉCHERESSE
Face aux canicules et sécheresses dont la fréquence s'amplifie, l'anticipation est vitale pour le vignoble méditerranéen. Avant plantation, des leviers existent et se nomment cépages, porte-greffes et aménagement de la parcelle.
La recherche s'active en région méditerranéenne pour proposer aux vignerons des cépages résistants à la sécheresse et aux maladies, à l'image de cette parcelle expérimentale qui accueille 27 variétés évaluées au regard de la tolérance à la sécheresse.
© Crédit photo : M. Lallemand
En région méditerranéenne, les stations expérimentales œuvrent depuis plusieurs années pour proposer des conseils aux vignerons, afin d'atténuer l'impact au vignoble et en cave. Dans tous les cas, un maître-mot : "Anticiper plutôt que réagir à chaud", confie Florence Fraisse de la Chambre régionale Paca. Et anticiper à trois niveaux : avant plantation (choix des cépages et porte-greffes, densité, palissage, aménagement des parcelles, fumures...), au vignoble (implantation, entretien du sol, irrigation) et en cave, via la désalcoolisation, l'acidification et la date de récolte.
Que mettre en place avant plantation, pour atténuer les effets des canicules et des sécheresses à répétition ? Déjà, bien se mettre d'accord les termes utilisés : la canicule est un phénomène climatique qui se traduit par des températures supérieures à la normale, la normale étant une moyenne arithmétique calculée pour chaque mois de l'année à partir des données climatiques enregistrées quotidiennement sur une période de 30 ans. La sécheresse est un déficit hydrique prolongé. Avec le changement climatique, les périodes de canicule ont tendance à augmenter.
Avec les années 2022 et 2023, la filière a malheureusement pu 'tester' à chaud et en temps réel les conséquences d'une sécheresse longue et intense. "En 2023, nous avons mesuré l'impact des coups de chaud sur grenache blanc et constaté l'apparition de brûlures sur feuilles après trois jours à 40-42°C. Cela a engendré un flétrissement des baies (environ 30%) et un poids des baies en baisse (-27%), des degrés et l'acidité totale en augmentation (respectivement +17% et +5%) et des acidités en baisse, en lien à la concentration des raisins. La question est donc de savoir comment garder fruité et fraîcheur dans ces conditions", s'interroge Viviane Bécard, ingénieure à l'Institut rhodanien (voir tableau).
Avant toute chose, la physiologie du cépage va venir apporter son grain de sel. Si la vigne se met en arrêt entre 35 et 37°C, avec un arrêt total de la photosynthèse, le cépage va moduler cette plage thermique, et "là c'est à la recherche de préciser les latitudes de blocage de chaque cépage en creusant davantage les connaissances physiologiques", reconnaît la spécialiste.
La sécheresse va en effet venir modifier les flux hydriques de la plante, en agissant à trois niveaux - la transpiration (ouverture/fermeture des stomates), la conduction et l'absorption - trois niveaux donc sur lesquels le vigneron est en capacité d'agir. La transpiration varie en fonction du cépage, du porte-greffe et du mode de conduite de la vigne. "C'est important, car en cas de stress fort, des embolies gazeuses (bulles d'air dans les vaisseaux) ou des occlusions (obturation des vaisseaux) peuvent advenir", rappelle Viviane Bécart.
Là où le type de cépage se raisonne, c'est parce que chacun a sa façon de transpirer, dispose d'un agencement de vaisseaux propres dans sa charpente et réagira différemment aux variations de pressions (occlusions...). "On sait qu'un cépage présentant plein de petits vaisseaux sera plus résilient qu'un autre à gros vaisseaux : si certains se bouchent, les autres prennent la main et l'on perd moins de débit total au niveau du flux hydrique." De même, le porte-greffe va évidemment jouer sur la capacité d'extraction de l'eau, mais aussi la capacité des racines à explorer le sol, et donc influer sur le transport de l'eau jusqu'aux parties aériennes. Dans ces conditions, les cépages adoptent des attitudes différentes lorsqu'il n'y a plus d'eau. Les uns vont sacrifier les feuilles (défoliations), les autres les grappes (flétrissements). Le premier comportement est dit anisohydrique et est peu adaptatif, contrairement au second dit isohydrique et adaptatif. "Les cépages expriment plus ou moins les deux comportements", note Viviane Bécart. L'encépagement est donc à réfléchir en fonction du contexte, le retour de cépages 'anciens' comme le muscardis noir, aubun, counoise, et brun argenté, pour les cépages noirs, n'étant désormais plus une hérésie.
Quant aux blancs, les vignerons peuvent s'interroger sur l'opportunité d'augmenter les surfaces de carignan blanc, piquepoul blanc et vermentino. Sans compter d'autres options de cépages méditerranéens (voir colonne).
Ainsi, la première clé d'action se définit lors de l'installation du vignoble, en ayant en tête la résistance à la sécheresse, avec le choix du porte-greffe et son comportement en sol sec. Dans ce cas précis, les travaux menés dans les stations expérimentales donnent de précieuses informations, permettant de remettre au goût du jour des porte-greffes écartés précédemment, et qui reviennent dans les bonnes grâces en raison de résistance à la sécheresse : "Nous avons aussi fait une liste de porte-greffes retardant le cycle phénologique et plus adaptés à la sécheresse." Parmi eux, certains sont à redécouvrir (333EM et 44-53M), d'autres sont à tester (196-17C, georgikon 28, ramsey), d'autres enfin sont déjà utilisés (140Ru, 110R, 1105 P, rupestris du Lot et 1103P).
Finalement, face à la sécheresse et aux canicules, il n'existe pas une réponse unique. Pour envisager les options disponibles, la première question est déjà de déterminer quel est le facteur le plus limitant sur la parcelle et choisir en fonction la solution la moins mauvaise. Ensuite, déterminer sur un cépage très précoce permettra effectivement d'échapper à la canicule, car l'année 2023 a montré que cette dernière pouvait arriver très tôt. Enfin, les Vifa - variétés d'intérêt à des fins d'adaptation - constituent également des ouvertures permettant aux organismes de gestion de rajouter une catégorie dans les cahiers des charges et les encépagements autorisés, pour tester de nouveaux cépages tolérants aux maladies, mais aussi tous ceux qui tolèrent mieux la contrainte hydrique face au changement climatique.
Quant aux autres paramètres liés à la plantation, le vigneron peut aussi affiner son choix en fonction des clones, "même si l'on ne dispose pas aujourd'hui d'informations exhaustives". Sans oublier les aménagements de la culture : fumure avant plantation pour augmenter la réserve utile du sol - "qui permet de stocker les 10 mm d'eau qui peuvent faire toute la différence à la fin"- densité de plantation, palissage (le rehausser permet d'augmenter l'évapotranspiration, mais n'est pas adapté partout), et bien évidemment, le système d'irrigation, s'il est possible d'en installer un.
Mildiou 2025
L'année 2025 restera marquée par une forte pression mildiou, surtout en sortie d'hiver et au printemps. Entre épisodes pluvieux récurrents et chaleur précoce, les viticulteurs du Languedoc-Roussillon et de Paca ont dû composer avec une maladie particulièrement tenace, mais aux intensités variables selon les territoires. Retour sur une campagne avec un démarrage ultra précoce et des stratégies de lutte mieux rodées.
Une image parlante de la pression fongique qui a marqué la campagne viticole 2025 en Paca et en Languedoc-Roussillon.
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L'automne et le début d'hiver 2024-2025 ont été marqués par des pluies régulières et des cumuls dépassant les normales saisonnières en Languedoc-Roussillon et en Paca. Ces conditions ont favorisé la formation d'oospores (forme hivernale du mildiou), augmentant le risque de contaminations dès la sortie d'hiver.
En Languedoc-Roussillon, les premières contaminations apparaissent dès la mi-avril, dans le sillage des épisodes pluvio-orageux du 12 au 16 avril, qui provoquent une explosion de foyers primaires : Pézenas (Hérault) et Salses (Pyrénées-Orientales) le 25 avril, Argeliers et Cuxac-d'Aude le 28, puis le secteur gardois (Saint-Laurent-des-Arbres, Lédignan, Saint-Gilles). "Tous les départements ont été touchés, avec une pression moindre dans l'Aude", précise Émilie Teyssot, de la Chambre d'agriculture du Gard.
Les pluies de fin avril et début mai ont ensuite généralisé les contaminations secondaires, rendant la maladie omniprésente dans le vignoble régional. Les conditions climatiques des semaines suivantes conditionnent l'évolution constante de la maladie jusqu'à la mi-juillet. Malgré les fortes chaleurs de la fin juin, les taches sont restées sporulées, et la maladie s'est relancée au premier orage. Des pertes de récolte ont été enregistrées entre mi-juin et mi-juillet. À partir de fin-juillet, les symptômes se manifestent essentiellement sur jeunes feuilles. Même si la situation semble stabilisée, le mildiou mosaïque est très présent en fin de campagne.
En Paca, la dynamique est similaire à celle en Languedoc-Roussillon : les premiers foyers sont repérés autour du 15 avril dans le Var (La Londe-les-Maures, Cogolin, Pierrefeu...) suivis par des contaminations généralisées après l'épisode pluvieux violent du 20 mai. "Le mildiou est resté actif tout au long de la saison, avec des repiquages tardifs jusqu'à début juillet, surtout sur les zones côtières comme Hyères ou La Londe", explique Lise Martin, de la Chambre d'agriculture du Var. La pression a été globalement moyenne à très forte, mais la saison 2025 se termine par une période sèche et chaude. Localement, des pertes de récolte ont pu être notées.
Dans le Vaucluse, les premiers foyers ont été détectés le 16 avril à Châteauneuf-du-Pape, mais la pression s'est stoppée avec la canicule de juin.
Dans les Bouches-du-Rhône, la pression a été forte à très forte sur l'ouest (Alpilles, Étang de Berre), tandis que le secteur de Sainte-Victoire a été moins impacté. "On a eu des foyers primaires dès fin avril, avec des attaques sur inflorescences mi-mai", souligne Didier Richy, de la Chambre d'agriculture du 13. Jusqu'à 26% des parcelles présentaient plus de dix taches par cep, mais il y a eu peu d'atteintes sur grappes grâce à une lutte rigoureuse.
Cette année 2025 reste donc marquée par une forte sortie de foyers primaires, plus diffuse mais globalement mieux contrôlée que celle de 2024. L'expérience des deux campagnes précédentes a conduit à une forte réactivité des viticulteurs, qui ont positionné des traitements précoces parfois avec une dizaine de jours d'avance sur le calendrier habituel. L'introduction des outils d'aide à la décision et la vigilance hebdomadaire semblent avoir contribué à limiter les dégâts, en particulier sur grappes.
Pépinière viticole
La crise viticole entraîne avec elle les pépinières qui enregistrent, depuis deux ans, une importante baisse de la demande de plants. Sans vision, ni trésorerie, les viticulteurs ne replantent plus, en attendant le retour des beaux jours.
La pépinière viticole subit elle aussi la crise de plein fouet .
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Ils ne sont pas en première ligne. Pour autant, la crise viticole, elle, ne les a pas oubliés. Les pépiniéristes viticulteurs se disent tout autant impactés, "voire plus", par la situation. Giovanni Varelli est le président de Vitipep's. En 30 ans, il a déjà connu trois crises, mais celle-là n'a pas le même parfum que les précédentes et semble s'inscrire dans le temps.
Les chiffres ont commencé à baisser l'année dernière. Depuis, c'est la dégringolade. "En 2024, en France, on a mis en terre 195 millions de plants greffés soudés. Cette année, on arrive à peine à 140 millions. L'année prochaine, on peut espérer en greffer 100 millions", déplore-t-il.
Les pépinières doivent avancer sans savoir ce qui les attend. Les plants sont produits un an à l'avance et, en période de crise, cela devient un problème majeur. "Les clients ne savent pas ce qu'ils vont devenir le mois suivant, alors comment peuvent-ils savoir ce dont ils vont avoir besoin 18 mois à l'avance, comme demandé ?", s'interroge le président.
Quoi greffer ? En quelle quantité ? Les clients honoreront-ils les commandes ? "Nous n'avons aucune visibilité", confie Giovanni Varelli.
Preuve de la difficulté pour les vignerons de s'avancer sur les bons de commande : "Il y a déjà des annulations sur les commandes à venir, car le résultat des vendanges arrive. Il y a moins de production, donc un manque à gagner pour les viticulteurs."
Dans l'impasse et avec des primes à la restructuration ne suffisant plus, ces derniers préfèrent repousser les investissements au vignoble en attendant des jours meilleurs. "Forcément, ça nous impacte", se désole le pépiniériste. La saison doit redémarrer, mais il avoue : "On est à flux tendu, on ne sait pas du tout si on a l'argent pour mettre en culture." Selon ses calculs, un hectare de pépinière représente environ 180 000 € de frais fixes, pour 250 000 plants. Sans certitude de les vendre, la rentabilité devient utopique.
Les plants greffés ne sont pas les seuls à subir la crise viticole. "Toutes les productions de la pépinière sont touchées", avoue Giovanni Varelli.
Les plants, mais aussi les porte-greffes et les greffons. En Paca, les greffages en rouge ont diminué de plus de 15 millions en l'espace de quatre ans, passant de 28 millions en 2021 à 12,88 millions aujourd'hui. Ces méventes sur les vignes mères de porte-greffes ont de lourdes conséquences. À commencer par la mise en place d'un dispositif d'arrachage aidé. Il a permis d'arracher 76 ha de vignes mères de porte-greffes dans la région. Certains pépiniéristes ont aussi dû procéder à des broyages. Le président de Vitipep's craint le pire : "Il se pourrait qu'il y ait des problèmes de cessation d'activités dus à la crise économique. Au national, il y a déjà certains dépôts de bilan." Car à cette crise, il faut ajouter un autre problème, indépendant : le manque de réussite des plants. "Cela fait deux ans qu'on sort avec des réussites plutôt moyennes", annonce Giovanni Varelli, qui met en cause des problèmes climatiques et le bois du greffage. Ajouter à cela "un système fiscal qui est fait de telle sorte qu'on n'a plus de fonds de roulement. S'il y a un couac, on n'a pas de marge de manœuvre."
Face à cela, la relève peine à prendre la suite. "Il y a évidemment un problème de vieillissement des professionnels. Les anciens ne veulent plus se battre et partent à la retraite, les jeunes ne veulent pas s'engager dans ces conditions." Malgré tout, la profession ne baisse pas les bras. "On croit tous au rebond. On a toujours été en dents de scie. Il faut être patient et attendre que le marché redevienne porteur." Mais avant, il faudra sûrement passer par une baisse de la production et des arra- chages.
TAILLE RASE DE PRÉCISION
Avec les difficultés de recrutement et malgré des trésoreries en grandes difficultés, certains vignerons s'interrogent sur l'opportunité d'investir dans une machine de taille rase de précision. À condition bien évidemment que les cahiers des charges de leurs appellations les y autorisent.
La taille rase de précision n'est pas sans susciter l'intérêt du monde viticole, compte tenu de l'augmentation des charges et des difficultés de recrutement de personnels qualifiés.
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"Taille tôt, taille tard, rien ne vaut la taille de mars," dit le dicton. Mais tailler ras est aussi une technique de conduite qui ne s'improvise pas. Avant tout déplacement pour visualiser in situ les performances d'une machine de taille rase de précision (TRP), le vigneron doit donc analyser en amont la compatibilité technique (adaptation au cépage, à la densité de plantation et plus globalement qu'elle fonctionne efficacement dans la topographie du vignoble), la rentabilité de l'achat, la facilité d'utilisation et l'impact environnemental de la machine, pour faire un choix éclairé. Et des points d'attention essentiels sont à considérer (lire encadré ci-contre). L'antériorité des outils de TRP permet aujourd'hui d'avancer une réduction des coûts et du temps nécessaires à la taille de la vigne (respectivement environ 30% des coûts et jusqu'à 50 heures par hectare). De quoi susciter l'intérêt du monde viticole, compte tenu de l'augmentation des charges et des difficultés de recrutement de personnels qualifiés.
En février dernier, le service 'Agroéquipements' de la Chambre d'agriculture du Gard - piloté par Renaud Cavalier et Pierre-Denis Cault -, proposait aux vignerons une démonstration de quatre machines de TRP des marques Naotec, Cellier-Boisset, Pellenc et Ferrand, qui se tenait au lycée de Meynes (30).
Naotec - société française basée en Charente-Maritime spécialisée dans la taille mécanisée des vignes, fabricant de rogneuses, prétailleuses, broyeurs et autres - est arrivé il y a peu sur le marché de la TRP. La machine Coup'éco viti TR 100 travaille sur le cordon libre, palissé ou non, avec la possibilité de régler l'épaisseur du cordon manuellement, de 100 à 300 mm. La machine dispose évidemment d'un guide d'ouverture/effacement au piquet, via un système de tâteurs, s'enroulant autour du piquet, réglable grâce à un système de ressorts qui se fait en automatique ou depuis le poste de conduite.
Pour la taille, la machine utilise deux disques verticaux et deux disques horizontaux qui permettent de travailler l'arrière du cordon. L'ensemble fonctionne par pivotement. À l'arrière, des patins sont positionnés, afin de suivre au plus près le cordon. La coupe s'opère en deux temps : une entrée progressive dans le rang qui vient refermer en premier la coupe verticale, puis dans un second temps la coupe horizontale. La consommation hydraulique donnée par le fabricant est de 30 li- tres par minute (35 l/min en mouvement). La fixation de l'ensemble se fait sur mât polyvalent, qui peut être séparé de la machine afin d'atteler d'autres outils. La commande de l'ensemble s'opère depuis le poste de conduite par un système de pilotage compatible Isobus. Le montage peut se faire via un attelage trois points ou autre système.
L'ensemble est équipé d'un système push-pull anti-pollution sur mât, qui permet d'éviter l'encrassement des outils quand ces derniers sont déconnectés. Enfin, sur le mât, différents outils peuvent être positionnés : TRP, mais aussi prétailleuse, épampreuse. Coût de la machine présentée à Meynes (système monté) : 25 000 €.
L'entreprise gardoise Cellier Boisset dispose d'une antériorité dans la TRP plus longue. L'outil présenté en février dernier disposait également d'un suivi de cordon (retrofit possible), avec une machine montée sur Ultima quatre vis (mât multifonction), sur laquelle peuvent être posées en tête la prétailleuse, mais aussi une écimeuse par exemple. L'outil est équipé d'une commande électrique universelle permettant d'actionner toutes les machines Cellier Boisset. Des couteaux ou des lames sont positionnés sur le côté, le cordon étant suivi par un laser. La machine pèse 450 kg et travaille avec l'équivalent de 40 l d'huile. L'entreprise conseille d'y ajouter une centrale (3 000 €) pour faciliter l'ergonomie et le fonctionnement de l'ensemble. Compter 12 000 € HT pour la machine, 6 000 € HT pour le suivi de cordon, 200 € pour une paire de disques. À noter que des doigts en fer ou en téflon peuvent également être ajoutés sur le côté.
Il est conseillé de ne pas utiliser la machine avant que le cordon ne soit correctement formé (deux à trois ans). La hauteur peut être ajustée de 0,5 cm en 0,5 cm. Le vigneron est en capacité de reprendre la main sur l'outil à tout moment.
Pellenc présentait sa gamme Combiviti (deux modèles : Drive ou Pilot), un châssis multifonction accueillant TRP, prétailleuse, épampreuse. Un bouton central permet de changer chaque outil sur le châssis afin de déconnecter les outils, le mode d'outil se sélectionnant au niveau du joystick en cabine. La particularité de cet outil donné par le concepteur est qu'il est 100% évolutif dans le temps. Par exemple, le vigneron peut acheter le matériel sans suivi de cordon, puis l'ajouter quelques années après, ce qui permet d'étalier l'investissement.
Côté taille, les scies arrière sont en diamètre 400 mm, contre 400 ou 500 mm à l'avant, selon la hauteur du cordon et la hauteur de la vigne. Des skis permettent d'ouvrir les modules latéraux et facilitent le guidage par glissement le long du cordon. L'ensemble est actionné par des vérins hydrauliques d'ouverture qui fluidifient les mouvements et leur réactivité. Si le cordon est établi depuis longtemps, un diamètre 400 mm permet d'entrer un peu plus dans le feuillage. Dès que le cordon est à 80 cm, un disque en 500 mm permet de mieux couper les parties retombantes.
Autre possibilité laissée par Pellenc : le vigneron peut régler l'angle d'attaque, l'inclinaison des scies et l'ouverture au piquet, via deux palpeurs. La machine est équipée de quatre vérins, dont un indépendant pour faciliter l'ouverture totale. La vitesse de rotation de la scie est de 3 300 tr/min et la vitesse de travail peut aller jusqu'à 2,5 km/h. Compter 150 à 200 € par lame, et 25 000 € pour la machine complète avec suivi de cordon. À noter qu'il est possible de monter des lames de 420 mm de diamètre sur le côté.
L'entreprise Ferrand propose une machine TRP (poids : 450 kg) avec une taille horizontale, verticale et un suivi de cordon par commande électrique, avec rotation des scies de 2 500 à 3 000 tr/min. Petit plus bien utile : l'entreprise a ajouté une plaque au-dessus des scies pour éviter que le fil ne se prenne dedans. Elle a également installé trois potentiomètres pour régler la vitesse de montée et de descente du matériel, ainsi que la hauteur de coupe. Le débit atteint 40 à 45 l/min en fonction du modèle choisi.
Ces derniers mois, Ferrand a procédé à quelques petites modifications, notamment celle de permettre au vigneron de réduire la hauteur de taille pour ne pas travailler en bas de mât (intérêt en cas de terrain accidenté). Le mât est polyvalent et peut accueillir différents outils, et dispose d'un compte-tour qui change selon l'outil (affiché sur le mât). Compter 24 000 à 25 000 €.
COPA-COGECA
Élu président du groupe de travail 'huile d'olive' du Copa-Cogeca, le Bucco-Rhodanien Olivier Nasles devient la voix des producteurs européens auprès des institutions communautaires. Le responsable français veut porter une parole lucide et pragmatique, ancrée dans les réalités économiques du terrain.
L'oléiculture française grossit doucement, de 4 à 5% par an, mais reste minuscule. La France produit 7 000 tonnes mais en consomme 120 000 tonnes.
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Élu le 17 octobre à la présidence du groupe de travail 'huile d'olive' du Copa-Cogeca, Olivier Nasles prend la tête de l'organe européen, où se discutent les grandes orientations de la filière oléicole. L'ancien vice-président français du groupe, déjà fin connaisseur des rouages européens, aborde ce mandat avec pragmatisme et un sens aigu du terrain. L'objectif est de faire entendre la voix d'une oléiculture française, minoritaire, mais exigeante, dans un contexte de fortes tensions économiques et climatiques.
"Ce n'est pas une élection de pouvoir, mais une présidence tournante. Il n'y a pas eu de bataille, c'est un passage de relais naturel", confie-t-il d'emblée. L'homme reste modeste, conscient que le poids de la France dans la production européenne d'huile d'olive demeure très limité.
Mais derrière cette apparente discrétion se joue un symbole fort. "C'est aussi une manière de rappeler que la France existe dans le monde oléicole, même si elle ne représente qu'une toute petite part. J'ai été vice-président deux ans, je serai président deux ans à mon tour, avant de céder la place à mon vice-président grec, Vasileios Pyrgiotis. Piloter ce groupe, c'est avant tout une mission de dévouement."
La France n'est pas absente du Copa-Cogeca. André Pinatel, il y a une dizaine d'années, avait déjà occupé cette fonction. "C'est une continuité dans l'engagement français au sein de l'Europe agricole", souligne Olivier Nasles.
Le groupe de travail réunit les principaux pays producteurs : Espagne, Italie, Grèce, Portugal et France. Une mosaïque d'intérêts économiques, climatiques et politiques souvent éloignés. "La France est un peu à part", reconnaît-il. "Notre première mission, c'est d'écouter. D'abord parce que nous ne pesons pas lourd, ensuite parce qu'il faut collationner les positions de chacun."
Et ces positions peuvent diverger fortement. "L'Espagne, qui représente à elle seule près de 50% de la production mondiale, est en pleine mutation avec la montée en puissance des haies fruitières. Le Portugal, lui, a vu sa production quasiment tripler en dix ans ! On parle de 100 000 hectares de nouvelles plantations et de volumes passés de 75 000 à plus de 200 000 tonnes d'huile."
Face à ces géants, la France joue la carte du dialogue et de la cohérence. "Notre rôle, c'est de faire le lien entre des modèles agricoles très différents."
Le groupe de travail huile d'olive du Copa-Cogeca n'est pas un simple forum de discussions. Il prépare les positions communes des organisations agricoles européennes sur les grandes orientations politiques. "C'est un lieu de réflexion essentiel, notamment pour la future PAC et tout ce qui concerne la réglementation de la filière", précise Olivier Nasles.
Les travaux du groupe nourrissent les échanges avec la Commission européenne, au sein des groupes de dialogue civil. "C'est là que Bruxelles vient prendre le pouls du terrain. On y trouve des producteurs, des transformateurs, des consommateurs, des industriels..."
Pour l'oléiculture française, le défi majeur est aussi inattendu qu'urgent : contenir un certain emballement autour de la culture de l'olivier. "Il faut éviter que des viticulteurs désespérés ne se lancent dans l'oléiculture en pensant qu'elle les sauvera. C'est notre défi majeur. Il faut arrêter de faire rêver. L'oléiculture ne sauvera pas la viticulture."
Le ton est franc, mais le constat implacable. "Le marché mondial du vrac est à 3 euros le litre. En France, nos coûts de production se situent entre 16 et 18 euros. Même les systèmes en haie les plus mécanisés sont à 6 ou 7 euros. On n'est pas dans le même monde."
Olivier Nasles parle d'une "niche" à préserver plus qu'à étendre. "L'oléiculture française grossit doucement, de 4 à 5% par an, mais reste minuscule : 7 000 tonnes produites pour 120 000 tonnes consommées. Avec 20 000 hectares d'oliviers, on ne peut pas promettre 50 000 hectares de plantations nouvelles. C'est irréaliste".
Pour lui, l'enjeu est d'abord pédagogique. "Il faut rétablir la vérité économique : au Sitevi, avec l'interprofession France Olive, nous présenterons une étude sur les coûts de production, pour rappeler que l'oléiculture est une filière de diversification possible, mais fragile et risquée."
Sur le plan européen, les priorités du secteur sont multiples. "Nous devons défendre le maintien des normes et des contrôles de qualité, mais aussi réfléchir aux dispositifs d'aide à travers la PAC et l'OCM."
Deux grands modèles s'opposent : celui des programmes opérateurs, choisis par la France, l'Italie et la Grèce ; et celui des aides directes, défendus par l'Espagne et le Portugal. "C'est un vrai débat européen, dans un contexte où la PAC est déjà profondément bouleversée."
Les discussions pour la PAC post-2027 débutent à peine. "Il y a une proposition de la Commission sur la table, mais elle est très floue. En l'état, elle ne nous convient pas. On n'en est qu'au début des négociations, mais il faut être vigilant."
Habitué à défendre des positions de terrain, Olivier Nasles reste fidèle à une ligne claire, à savoir refuser les illusions économiques. "Je porte une voix très économique, y compris dans le bio. Quand on crée des revenus artificiels liés aux aides, on enterre les filières économiques et on fausse la perception du consommateur sur le vrai coût de l'alimentation."
Pour lui, la durabilité de l'agriculture passe d'abord par la solidité économique. "Si l'on veut maintenir des producteurs, il faut leur permettre de vivre de leur travail, pas d'un système d'aides déconnecté du marché."
Mais le nouveau président sait aussi composer. "Le Copa-Cogeca fonctionne sur le consensus. Mon rôle est avant tout d'écouter, pas d'imposer. Je ne viens pas avec une vérité, mais avec une exigence : celle de ramener les débats à la réalité du terrain."
En deux mots, Olivier Nasles aborde ce mandat avec la lucidité d'un homme de terrain et la conviction que la voix française, même minoritaire, peut compter dans la grande maison européenne. Une voix qui prône la raison, l'équilibre et le réalisme économique, dans un secteur oléicole européen en pleine mutation.
BIOCONTRÔLE
Le biocontrôle progresse en viticulture, mais son efficacité reste variable selon les maladies et les contextes. Les projets 'Biovimed' et 'Zéro black-rot' montrent que ces solutions doivent encore s'inscrire dans des stratégies hybrides et raisonnées.
Sur oïdium, différents produits de biocontrôle pourraient se substituer au soufre après floraisons pour limiter les brûlures par rapport aux coups de chaud.
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Face à l'urgence environnementale et à la pression réglementaire sur les produits phytosanitaires, la viticulture cherche des alternatives. Les biosolutions, et plus particulièrement les produits de biocontrôle, ont le vent en poupe. Mais quelle est réellement leur efficacité ?
Deux projets majeurs sont menés en région méditerranéenne pour tenter de trouver des réponses.
En une décennie, l'offre de biocontrôle destinée à la viticulture s'est considérablement étoffée. On voit apparaître de plus en plus de produits à base de micro-organismes vivants, d'extraits végétaux ou encore de stimulateurs de défenses naturelles des plantes (SDN). Le principe est séduisant : celui de réduire, voire de remplacer, les intrants phytosanitaires classiques tout en maintenant un niveau de protection satisfaisant contre les maladies cryptogamiques majeures de la vigne. Mais dans les faits, l'efficacité de ces produits reste au cœur des interrogations. Deux projets récents, pilotés par l'Institut français de la vigne et du vin (IFV) et ses partenaires techniques, ont justement cherché à éclairer ce point dans des conditions méditerranéennes.
Financé par FranceAgriMer entre 2022 et 2024, le projet 'Biovimed' a réuni les Chambres d'agriculture des Bouches-du-Rhône, du Var et du Vaucluse, le Groupe de recherche en agriculture biologique (Grab), le Centre technique interprofessionnel des fruits et légumes (CTIFL) et l'IFV. L'objectif était d'évaluer l'efficacité de produits de biocontrôle commercialisés pour lutter contre le mildiou et l'oïdium, deux fléaux bien connus des vignerons.
Nicolas Constant, ingénieur à l'IFV, souligne l'intérêt stratégique de ces recherches. "Avec des débourrements de plus en plus précoces, la vigne reste vulnérable au mildiou sur une période plus longue. Il est donc pertinent d'utiliser des produits de biocontrôle pour retarder l'entrée en scène du cuivre lors des premiers traitements."
Pour l'oïdium, la problématique est différente : les étés méditerranéens, de plus en plus caniculaires, posent des difficultés pour l'usage du soufre, connu pour brûler le feuillage lors de fortes chaleurs. L'enjeu est alors de le remplacer après la nouaison sans perdre en efficacité.
Deux types d'essais ont été réalisés, en petites parcelles et directement chez des vignerons. Résultat : des performances très hétérogènes selon les produits, les conditions de l'année et les localisations.
Sur le mildiou, certaines combinaisons de produits ont montré des résultats encourageants. C'est le cas notamment d'extraits de levures (Saccharomyces cerevisiae), d'huiles essentielles d'orange douce ou encore de décoctions de prêle et d'osier. Ces dernières, alternées avec du cuivre, peuvent avoir un effet intéressant en début de saison.
"Les huiles essentielles d'orange douce présentent parfois des efficacités intéressantes sur mildiou en début de cycle végétatif. Mais il y a encore trop de variabilité entre les essais pour en tirer une généralité", tempère Nicolas Constant.
Concernant l'oïdium, plusieurs solutions se dessinent avec davantage de constance. Le bicarbonate de potassium (Armicarb), le bicarbonate de sodium, ou encore des bactéries comme Bacillus amyloliquefaciens et B. pumilus offrent des résultats probants dans les essais post-floraison. "On peut raisonnablement envisager leur substitution au soufre sur cette période, pour limiter les brûlures dues à la chaleur estivale", note Rémi Vandamme, conseiller à la Chambre d'agriculture de Vaucluse.
Autre projet, autre enjeu : le projet 'Zéro black-rot', d'envergure nationale, s'attaque à une maladie encore peu étudiée dans le contexte du biocontrôle. Si deux produits à base de cuivre disposent aujourd'hui d'une Autorisation de mise sur le marché (AMM) pour cet usage, les restrictions réglementaires sur le cuivre compliquent la donne.
Ce programme - piloté par l'IFV en partenariat avec l'Inrae et plusieurs Chambres d'agriculture - a testé de nombreux produits déjà homologués sur d'autres maladies (mildiou, oïdium, pourriture grise) pour en évaluer l'efficacité sur le black-rot. Les tests ont été menés en laboratoire, en pots puis en plein champ, sur plusieurs sites de l'arc atlantique et méditerranéen.
Parmi les résultats les plus significatifs, l'Armicarb se distingue. Intégré dans une modalité 'zéro cuivre' à partir de la floraison, il a permis d'obtenir une efficacité comparable à celle du cuivre + soufre. Autre produit montrant un certain potentiel, le Curatio (polysulfure de calcium). Mais l'essentiel des autres biosolutions évaluées s'est révélé peu convaincant ou partiellement efficace.
"Sur le black-rot, on manque encore cruellement de recul, et surtout de modélisation pour bien positionner les traitements", insiste Nicolas Constant. "Cela reste empirique, ce qui pénalise l'efficacité globale."
Alors, quelle place occupe réellement le biocontrôle dans la viticulture actuelle ? D'un point de vue réglementaire, elle est incontestable : l'offre de produits disponibles s'élargit chaque année. Mais, sur le terrain, la réalité est plus contrastée. D'abord, les produits de biocontrôle offrent des efficacités partielles, variables selon les contextes pédoclimatiques, les pratiques culturales et les pressions sanitaires de l'année. Ensuite, leur coût reste un obstacle majeur : les stratégies de protection intégrant massivement des biosolutions sont systématiquement plus onéreuses que les itinéraires classiques à base de cuivre et de soufre.
Enfin, la logique actuelle est davantage à l'association qu'à la substitution. "On est encore loin d'une intégration à 100%. Ce que permettent les biocontrôles aujourd'hui, c'est surtout de baisser l'IFT [Indice de fréquence de traitement, ndlr], pas de se passer totalement des intrants classiques", résume Rémi Vandamme.
Les travaux engagés avec 'Biovimed' ou 'Zéro black-rot' ne visent pas à dresser un tableau idyllique ou à substituer complètement le cuivre et le soufre du jour au lendemain. L'objectif est plus réaliste : identifier les meilleures combinaisons, affiner les calendriers d'application, intégrer des outils d'aide à la décision pour piloter au mieux les interventions.
En somme, faire du biocontrôle un levier complémentaire dans des programmes de protection de la vigne plus durables, sans renoncer à l'efficacité. Une démarche pragmatique, qui suppose de croiser les savoirs agronomiques, les innovations techniques et l'observation fine du vignoble.
"Les solutions idéales ne sont pas encore trouvées", conclut Nicolas Constant. "Mais les expérimentations nous rapprochent de stratégies plus résilientes. L'avenir du biocontrôle passera par l'intelligence agronomique, pas par la magie des molécules."
PHOTOVOLTAÏQUE
Se lancer dans le photovoltaïque ne se résume pas à poser quelques panneaux sur un toit. Entre responsabilité civile obligatoire, assurance décennale et couverture des pertes d'exploitation, chaque détail compte pour éviter les mauvaises surprises. Groupama rappelle que l'anticipation des risques n'est pas une option, mais la condition d'un projet solaire réussi, durable et bien assuré.
La course à l'énergie verte ne doit pas se faire au détriment de la sécurité juridique et technique.
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"En matière de photovoltaïque, anticiper les risques, ça peut tout changer." La formule, répétée lors du dernier salon Tech&Bio, pourrait presque servir de devise pour tout porteur de projet solaire souhaitant sécuriser son investissement. Derrière l'enthousiasme suscité par l'énergie solaire et les perspectives qu'elle ouvre en matière d'autonomie énergétique, se cache en effet une réalité plus exigeante. Un projet photovoltaïque n'est jamais anodin, ni techniquement, ni financièrement, ni juridiquement. De la signature des contrats à la mise en service des installations, les imprévus peuvent se transformer en mauvaises surprises... sauf si l'on a su les anticiper.
C'est précisément sur ce terrain que Groupama a choisi de se positionner, en organisant une conférence au cœur du salon Tech&Bio. Avec ses experts, l'assureur a voulu apporter un éclairage concret sur les bonnes pratiques à adopter. L'objectif était de permettre aux agriculteurs, mais aussi aux collectivités et aux chefs d'entreprise, de mieux comprendre les enjeux d'assurance, de prévention et de conformité qui entourent l'installation de panneaux solaires sur un bâtiment agricole ou industriel.
L'une des premières interrogations posées lors de la conférence touche au regard des assureurs sur les projets photovoltaïques. Pourquoi, en effet, ces derniers sont-ils souvent considérés comme des "risques aggravants" ?
La réponse tient en plusieurs points. D'abord, la complexité technique. Un bâtiment agricole ou industriel accueillant des panneaux solaires voit sa structure sollicitée différemment, que ce soit en termes de charges, d'étanchéité ou de sécurité incendie. Ensuite, la dépendance énergétique. Un projet mal conçu ou mal assuré peut fragiliser l'équilibre économique de l'exploitation en cas de panne ou de sinistre. Enfin, les responsabilités juridiques : qui paie quoi si l'installation cause un dommage au bâtiment, aux récoltes ou à un tiers ?
Comme l'a rappelé Jean-Yves Modrin, responsable du marché agricole de la Drôme chez Groupama, "la rentabilité d'un projet solaire ne doit pas occulter sa vulnérabilité. Pour l'assureur, un projet photovoltaïque ajoute des variables nouvelles qu'il faut intégrer dans l'évaluation du risque".
Anticiper les risques, c'est d'abord connaître ses obligations. Pour tout maître d'ouvrage, la souscription d'une responsabilité civile professionnelle constitue la base. Elle couvre les dommages causés à des tiers par l'installation. Mais ce n'est pas suffisant.
Vient ensuite l'assurance décennale, véritable pierre angulaire du dispositif. Elle garantit pendant 10 ans la solidité de l'ouvrage et protège l'exploitant contre des malfaçons qui pourraient compromettre l'étanchéité du toit ou la sécurité de la charpente. Gilles Berchoux, du service prévention de Groupama Méditerranée, insiste : "Trop souvent, des projets sont lancés sans qu'une vérification précise des attestations décennales des installateurs ait été réalisée. Or, en cas de litige, c'est une faille majeure".
Enfin, un troisième volet émerge avec force : celui de la couverture contre les pertes d'exploitation, notamment dans les projets en autoconsommation. L'enjeu est clair : si l'installation devient la principale source d'électricité d'une exploitation et qu'une panne survient, le manque à gagner peut s'avérer considérable. Certaines polices d'assurance intègrent désormais cette dimension, mais les modalités varient, d'où l'importance de lire attentivement les contrats.
L'assurance n'est pas seulement un filet de sécurité : elle peut aussi être un levier de prévention. C'est d'ailleurs le message qu'ont martelé les intervenants. Car derrière les clauses juridiques et les montants de garantie, il y a une logique simple. Un projet bien conçu coûte moins cher à assurer et offre plus de garanties de longévité.
Cela commence par le choix des installateurs, vérifier leurs références, s'assurer qu'ils disposent bien de toutes les certifications requises, exiger les attestations décennales avant le lancement des travaux. Cela passe aussi par la conception technique qui consiste à prévoir des dispositifs de protection contre les surtensions, s'assurer de l'accessibilité des équipements pour la maintenance, choisir des matériaux de qualité.
La prévention concerne enfin le suivi. Un projet photovoltaïque ne s'arrête pas le jour de la mise en service. Des contrôles réguliers, un entretien rigoureux et une mise à jour des contrats d'assurance garantissent la pérennité du dispositif.
Le film 'Réussir votre projet d'énergie solaire', projeté lors de la conférence, illustre bien la philosophie défendue par Groupama. Loin d'un discours alarmiste, il s'agit plutôt de rappeler que le photovoltaïque, s'il représente une formidable opportunité de transition énergétique et de valorisation économique, reste un investissement lourd. Et que la réussite passe par une préparation minutieuse.
En filigrane, une idée forte ressort : il n'existe pas de recette universelle. Chaque projet est unique, dépendant de la nature du bâtiment, du mode de consommation d'énergie, du territoire et des contraintes réglementaires locales. D'où la nécessité de s'entourer d'experts, d'ingénieurs, de juristes, et bien sûr d'assureurs capables d'accompagner le porteur de projet de bout en bout.
"Notre rôle", conclut Jean-Yves Modrin, "n'est pas de freiner les ambitions solaires, mais d'aider à les concrétiser dans la durée. Anticiper les risques, c'est en réalité maximiser les chances de réussite."
À l'heure où les ambitions françaises en matière d'énergies renouvelables se renforcent, l'installation de panneaux photovoltaïques sur bâtiments agricoles ou industriels va se multiplier. Mais si la course à l'énergie verte est lancée, elle ne doit pas se faire au détriment de la sécurité juridique et technique.
L'assurance n'est pas une contrainte administrative, mais un maillon essentiel de la réussite des projets. Elle permet non seulement de couvrir les imprévus, mais aussi d'imposer un cadre de rigueur, garant de la durabilité des installations.
Anticiper les risques, c'est donc, au fond, se donner les moyens de produire une énergie solaire à la fois propre, rentable et pérenne. Une démarche qui, loin de brider les projets, les sécurise et leur donne toutes les chances de briller sur le long terme.
NUTRITION DE LA VIGNE
En identifiant les éléments limitants et en les apportant au bon moment, les viticulteurs peuvent non seulement améliorer leur rendement, mais aussi renforcer la résilience de leur vignoble.
La vigne carencée en fer et en manganèse présente un feuillage d'une teinte jaunâtre et terne. Pas nouvelles, ces carences semblent s'intensifier, avec en première cause un facteur pédologique important.
© Crédit photo : PCEB
Les carences en fer et en manganèse ne sont pas nouvelles, mais elles s'intensifient. Sont-elles liées au changement climatique, aux pratiques culturales ou à la nature même des sols ? "C'est en grande partie un facteur pédologique", explique Chloé Bellissent, responsable des services et assistante technique au sein du négoce agricole PCEB.
À Mazerolles-du-Razès (11), où elle suit un essai agronomique chez le viticulteur Gilles Monié, "les sols présentent des pH élevés qui bloquent l'assimilation du fer. Ensuite, certains couples porte-greffes et sols accentuent ce phénomène". En d'autres termes, même si le fer est présent dans le sol, la vigne peine à l'absorber, surtout dans les contextes stressants : fortes chaleurs, sécheresse, faible activité racinaire...
L'essai conduit teste un biostimulant nutritionnel élaboré par Frayssinet, qui prévoit deux applications avant floraison : la première au stade de quatre à cinq feuilles étalées, la seconde à boutons floraux agglomérés.
"C'est à ce moment-là que la vigne constitue ses réserves et amorce son développement végétatif. C'est là qu'il faut intervenir pour soutenir la photosynthèse", précise Justine Malaterre, ingénieure 'Agronomie et expérimentation' chez Frayssinet.
Pour Gilles Monié, qui accueille l'expérimentation, cette application vise avant tout à garantir un développement végétatif harmonieux dès les premiers stades. "Une vigne carencée avant floraison ne passera pas une bonne saison", affirme-t-il. "Ces deux applications, si elles sont bien positionnées, permettent de favoriser une floraison complète, d'éviter la coulure et le millerandage, et de sécuriser une production homogène."
Selon l'ingénieure de PCEB, tous les produits ne se valent pas. "Le choix des formulations est essentiel", prévient-elle. En effet, le marché propose de tout : différents dosages, différentes qualités. Ce qui fera la différence : la formulation et la capacité du produit à être assimilé rapidement.
Ici, elle permet une assimilation simultanée des deux oligo-éléments, contournant ainsi leur antagonisme naturel. Les acides aminés présents favorisent également la synthèse protéique et renforcent la résistance de la plante aux stress environnementaux, tels que la sécheresse ou les fortes chaleurs.
"Ce n'est pas un simple engrais, c'est un outil qui agit aussi sur le métabolisme global de la plante", explique Chloé Bellissent.
"On travaille sur le bien-être de la vigne, sur sa capacité à faire face aux stress, à se développer de manière régulière", poursuit-elle. Un point crucial dans un contexte économique souvent tendu pour les exploitations. Les apports doivent donc être bien ciblés, appliqués dans les bonnes conditions et intégrés dans une stratégie plus large.
"De mon côté, j'estime que j'ai eu un gain de récolte de 15 à 20%", se félicite le viticulteur. Mais Chloé Bellissent temporise et prévient : "Ce n'est pas une intervention miracle : une application unique ne suffira pas à corriger une carence installée. C'est la répétition et la régularité qui construisent le résultat."
Les expérimentations pluriannuelles permettent de dégager des tendances, notamment sur la capacité d'assimilation de certains cépages, plus sensibles ou plus réactifs aux apports de manganèse et de fer. La nutrition foliaire, longtemps cantonnée au rang de solution de dépannage, pourrait ainsi devenir un véritable levier agronomique.
Eau restructurée
L'eau restructurée... Vraie solution ou illusion ? Pour en avoir le cœur net, l'Aprel a lancé une étude en maraîchage (projet 'Lirrique', 2022-2025). Des essais qui demandent à être poursuivis. Un nouveau projet pourrait être déposé d'ici quelques temps.
Durant trois ans, l'Aprel a étudié deux machines de restructuration de l'eau actuellement disponibles sur le marché sur salade. Sans résultat significatif.
© Crédit photo : Aprel
Sur le papier, l'eau restructurée agirait à différents niveaux sur le végétal : meilleure assimilation des nutriments, meilleure rétention d'eau dans le sol, augmentation du pouvoir mouillant (étalement), destruction des biofilms dans les réseaux d'irrigation, sans oublier une élimination des dépôts de calcaire dans les asperseurs. "En réalité nous avons peu de connaissances sur la nature exacte de la modification, ni sur ses effets", concède Claire Goillon directrice de la station d'expérimentation en maraîchage, l'Aprel. Mais des modifications probables sont possibles : ré-oxygénation de l'eau et augmentation des interactions ioniques avec les autres substances.
Durant trois ans, la station expérimentale a donc étudié deux machines de restructuration de l'eau actuellement disponibles sur le marché : Homeo Dekalc (commercialisée par Traitagri Centre, Biodevas) et LM Innovation (commercialisée par LM innovation, Asa France). Les deux systèmes sont installés à l'arrivée d'eau en amont de la parcelle : la première agit via un système d'ondes électromagnétiques envoyées autour de l'arrivée d'eau (l'eau passe dans un champ électrique) ; la seconde via un système mécanique de Vortex autour d'une porcelaine de Limoges (débit de 2,2 à 150 m3/h).
La mise en place de l'essai s'est imposée pour l'Aprel, au regard d'informations diffusées sur le terrain. "Nous avons quelques références scientifiques, provenant de la station d'expérimentation orléanaise du Cvetmo, notamment sur concombre [essai de conduite en fertilisation réduite sur concombre hors-sol (2020-2021)], avec une tendance à la réduction de fertilisation avec de l'eau restructurée ; ou encore du CNRS, via des mesures de rétention du sol (argileux) qui seraient meilleures avec de l'eau restructurée."
À cela s'ajoutent des témoignages de producteurs citant pour les uns "des abaissements des doses d'un produit à base d'huile essentielle d'orange sur laitue"; pour les autres, une meilleure "propreté des asperseurs" ou encore moins de "nettoyages de filtres dans un système d'irrigation tomate hors sol" ; "moins de pression oïdium et acariens", et "moins d'arrosages nécessaires" [30 % avancé, ndlr], "plus de nitrates dans les sols". Des avis encourageants, mais peu de données, ce qui pose la question d'un effet de l'eau ou d'autre(s) facteur(s), tels que le climat, la variété, le sol, sans compter le fait qu'il n'y a "jamais de témoin pour affirmer d'un réel effet ou non", rappelait Claire Goillon.
Le projet 'Lirrique' (2022-2025) a donc consisté à installer le système Homeo Dekalc dans un compartiment de serre avec un suivi comparatif par rapport à un compartiment témoin - sur tomates et salades - de différentes données : humidité du sol (meilleure rétention ?), suivi de l'azote (NO3-) dans la plante et dans le sol (meilleure assimilation ?), impact des bioagresseurs (augmentation des défenses immunitaires ? Meilleure efficacité des traitements ?), et bien évidemment rendement (performance du système). L'essai devait également permettre d'évaluer une conduite en économie d'intrants, si l'eau restructurée faisait ses preuves.
Sur salade, durant trois ans, aucune différence significative n'a pu être mise en évidence sur :
Sur la dernière année du projet (2024-2025), des mesures plus poussées sur feuilles de salade ont été faites (analyses de 23 éléments minéraux, analyses multirésidus), avec là encore aucune différence significative.
Sur tomate, la conclusion est identique : pas de différence avec l'eau restructurée, que ce soit sur les rendements, l'irrigation, les nitrates ou les aspects sanitaires. "À noter en 2023 un retard de développement de l'oïdium avec l'eau restructurée, mais pas d'oïdium en 2024 pour pouvoir le confirmer", pointe Claire Goillon.
Concernant l'autre machine, un essai a été tenté sur melon en 2023 - "mais la comparaison avec le témoin a été biaisée par la date de plantation et la variété, ce qui n'a pas permis d'obtenir de résultat scientifiquement valable" - et un autre sur fraise, "mais un problème de substrat hétérogène nous a obligé à interrompre l'essai. Nous n'avions cependant pas observé de tendance spéciale ou d'impact sur le développement des plantes".
L'Aprel a récapitulé des retours de producteurs utilisant cette machine en 2024 : sur melon, ils mettent en avant "moins d'acariens et d'oïdium" ; en pépinière et culture de salades, "pas de différence sur le développement racinaire des mottes ni sur le poids des salades récoltées" ; en culture de mâche, un "développement foliaire plus important mais sans impact sur le rendement".
Au final, "tout cela nous fait dire que nous avons des bilans agronomiques insuffisants qui ne nous permettent pas, en l'état actuel, de statuer sur un effet de l'eau restructurée sur les cultures", résume la directrice de l'Aprel. La station envisage de déposer un projet avec partenaires pour mettre en place des essais en conditions contrôlées, et "d'essayer de conduire une culture en sous-confort pour mieux voir les effets potentiels", conclut Claire Goillon.
INNOVATION
David Galera était sûrement l'un des premiers en maraîcher français à se doter d'un système d'irrigation à l'ozone pour ses cultures. Sa motivation ? Se faire sa propre idée, après des problèmes de nématodes sur ses fraises. Depuis, il est largement convaincu et veut partager son expérience avec d'autres maraîchers.
David Galera a mis en place l'irrigation à l'ozone sur son exploitation maraîchère, La Finca, à L'Isle-sur-la-Sorgue (84).
© Crédit photo : CL
C'est une technique encore peu développée en France, mais qui semble faire ses preuves. David Galera, maraîcher à l'Isle-sur-la-Sorgue (84), utilise depuis maintenant six saisons un système d'irrigation à l'ozone. Sur son exploitation de trois hectares, où il cultive en production raisonnée tomates, concombres et fraises, il ne pourrait maintenant plus s'en passer.
L'agriculteur a d'abord entendu parler du procédé pour une utilisation de façon ponctuelle. "J'ai été démarché par une entreprise espagnole. C'était très cher, alors j'ai commencé à me renseigner de mon côté sur ce système."
Il découvre alors qu'aux Pays-Bas, en Belgique et en Espagne, l'utilisation de l'ozone est répandue, et pas uniquement pour des interventions de désinfection ponctuelle, mais aussi pour l'irrigation. "Mais c'est très fermé : ils ne communi- quent pas. Alors je me suis rendu sur des exploitations équipées en Espagne pour comprendre, être au plus près."
David Galera a découvert l'irrigation à l'ozone alors qu'il rencontrait un gros problème de nématodes sur ses plants de fraises. "Il s'agit d'un ver qui vient boucher les racines. La plante est bloquée dans son développement reste petite et produit moins de fruits." Tandis qu'il cherchait une solution propre et efficace, il se rend compte que l'ozone est un désinfectant très puissant, plus efficace que le chlore ou la javel, mais surtout naturel et sans danger s'il n'est pas inhalé. "C'est un procédé vieux comme le monde, on s'en servait au départ pour potabiliser l'eau."
S'il est très difficile d'anéantir totalement le nématode une fois en place, l'irrigation à l'ozone permet cependant de casser son cycle. "Ça ne tue pas les adultes mais les larves et œufs ne résistent pas", constate le maraîcher. Il s'équipe alors de la machine, et peut ainsi irriguer l'ensemble de ses parcelles avec ce nouveau procédé.
Une aubaine, d'autant que les résultats arrivent rapidement. Les racines de ses fraises étant directement nourries en oxygène, le plant n'a aucune difficulté à produire. Et surtout, il produit mieux ! "On a vite remarqué une qualité bien meilleure, que ce soit au niveau gustatif et au niveau de la conservation, et même en production", annonce le maraîcher.
Mais ces changements ne sont pas les seuls : il observe aussi que la sève est plus liquide, le système immunitaire de la plante plus fort. Même le pollen semble plus attractif pour les abeilles... Mieux, les plants, en meilleure forme, demandent moins d'engrais. Car avec une eau désinfectée, les champignons, vers et autres parasites ont peu de chances de survie. Au printemps, alors que les cultures de fraises étaient envahies par Pestalotiopsis, David Galera n'a constaté aucun lot contaminé. S'il ne peut affirmer que l'irrigation à l'ozone en est la raison, il en est néanmoins persuadé.
Pour le moment cependant, il n'existe aucune étude prouvant la réelle efficacité du système. Et les agriculteurs français commencent doucement à s'y intéresser. Alors David Galera, l'un des premiers à s'être équipé, veut informer ses collègues. "Mon but, c'est de partager mon expérience, faire mon retour."Car même si, pour lui, "ce n'est pas miraculeux, ça reste un très bon outil pour compléter son exploitation, aider à résoudre quelques soucis sans phytosanitaires." Côté investissement, il est également satisfait. "J'ai payé la machine 23 000 €." Certes, une somme, mais "mis à part l'entretien, je n'ai pas d'autres dépenses à faire. Et j'ai eu un retour sur investissement de trois ans". Pour lui, c'est testé et approuvé !
Vinification
Alors que les rouges s'allègent et que les rosés s'émancipent des seules saisons estivales, le blouge s'invite dans les cuves et les discussions de cave. Entre curiosité technique et nouvelle opportunité commerciale, l'ICV se penche sur cette tendance naissante, qui pourrait bien faire bouger les lignes.
Ni révolution technique ni simple effet de mode, le blouge s'inscrit dans la lignée de ces vins 'hors cadre' qui traduisent les évolutions du vignoble français.
© Crédit photo : Getty Images - Foxys_forest_manufacture
Après le vin orange, le vin blouge ? "En théorie, c'est un mélange de rouge et de blanc, mais cela peut aussi désigner des rouges très clairs ou des blancs de noirs. Le blouge devient donc un abus de langage", explique Renaud Denos, œnologue consultant à l'Institut coopératif du vin (ICV) de Beaumes-de-Venise (84). Si le terme commence à circuler, le concept n'a pourtant rien de nouveau. "Ce n'est pas un produit récent sorti de nulle part. En réalité, ça ressemble à un rouge léger, un rosé foncé ou un vin de saignée. C'est un jargon de production plus moderne, un nom à la mode pour un style qui existe déjà."
Dans sa définition la plus stricte, le blouge désigne un vin de macération issu à la fois de raisins rouges et blancs. Sa robe affiche une teinte pâle, d'une intensité colorante située entre 2 et 3, pour un degré alcoolique compris entre 12 et 13°. "La durée de macération varie selon les cépages et les régions. En général, elle s'étend d'un à cinq jours maximum : au-delà, on risquerait de voir apparaître une certaine 'tanicité', ce qui n'est pas le profil recherché", précise l'œnologue. Cette macération sur le fruit, proche de celle d'un vin blanc ou rosé, se conduit autour de 20°C, voire en fermentation à froid, comme un blanc. Résultat : des vins à intensité aromatique notable, sans excès de végétal.
Présent dans la plupart des bassins viticoles et popularisé par la mouvance des vins natures, le blouge relève davantage d'un style que d'une méthode. "Il s'inscrit totalement dans la tendance des rouges légers, à la différence qu'on y intègre des cépages blancs", souligne Renaud Denos.
"Il existe plusieurs façons de faire", confirme le consultant. Les raisins rouges et blancs peuvent être mélangés sans rafle, avec un foulage recommandé pour éviter toute macération carbonique. Autre option : pressurer les raisins blancs avant d'y incorporer une part de rouge, ou encore travailler à partir d'une presse de rosé plus colorée. "C'est une manière de revaloriser certaines productions", explique-t-il.
D'un point de vue œnologique, plusieurs paramètres restent à ajuster. La température de fermentation, d'abord : faut-il la conduire plus froide, comme pour un blanc, ou plus chaude, comme pour un rouge ?
Autre question : la proportion des cépages, rarement équilibrée à 50/50. "Il y a souvent un peu plus de rouge, ne serait-ce que pour l'intensité colorante", note Renaud Denos. Quant aux levures, il préconise des souches orientées 'rouge léger', et une fermentation malolactique franche, "avec peu de diacétyle pour préserver le fruit".
"Au final, le but, c'est surtout de travailler les assemblages de jus de goutte et de presse, comme sur un rouge", conclut-il.
Autre intérêt du phénomène blouge : son marketing décomplexé. Pas toujours de capsule, travail en IGP ou Vin de France, liberté de ton et assemblages parfois "folkloriques"... la liste est longue et non-exhaustive. "Certains cépages s'y prêtent toutefois mieux que d'autres. On préférera par exemple le grenache au mourvèdre pour les rouges", précise Renaud Denos.
L'œnologue garde un bon souvenir d'une expérimentation menée avec le Château Juvenal, domaine situé entre les Dentelles de Montmirail et le mont Ventoux dans le Vaucluse, qui s'était essayé à l'exercice avec sa cuvée 'Éphémère'. "Nous étions partis sur un grenache noir titrant à 14° et une clairette à 12°, ce qui a permis d'obtenir une moyenne à 13°. La macération a duré quatre jours, avec une clairette pressurée à 25% et le reste foulé et éraflé. Le résultat avait bien fonctionné, notamment grâce à un positionnement accessible en prix", se souvient-il.
Dans les bassins languedocien et provençal, l'équation économique se complique toutefois : les vins blancs y sont souvent bien valorisés, donc rarement mobilisés pour ce type d'essais. Un constat qui n'empêche pas l'ICV de poursuivre ses expérimentations, notamment à travers des micro-vinifications de rouges légers - sans forcément revendiquer la dénomination 'blouge'. Ces travaux s'inscrivent aussi dans une réflexion sur la revalorisation des vins de saignée. "C'est une manière de donner un débouché à des raisins dont la maturité phénolique ne serait pas suffisante pour élaborer de grands rouges", explique Renaud Denos.
Dernièrement, les équipes ont réalisé un nouvel essai autour de la fraction liquide issue de vendanges foulées et éraflées. "Nous croyons beaucoup à cette approche, qui ouvre des pistes intéressantes pour les vins légers de demain", souligne le consultant.
Pour Renaud Denos, le constat est clair : le blouge a sa carte à jouer. "C'est un produit supplémentaire dans la gamme, qui pourrait se valoriser mieux qu'un rouge léger 'classique'. En termes de diversification, il peut ouvrir de nouveaux marchés et permettre à certains domaines de se faire connaître autrement", estime l'œnologue consultant de l'ICV.
Selon lui, le blouge dispose de plus d'atouts que le vin orange, dont la percée est restée limitée à un public plus confirmé. "Le vin orange est souvent très tannique, avec des accords mets-vins plus contraignants. On le rapprocherait davantage d'un vin jaune ou d'un vin doux naturel. Le blouge, au contraire, vise la fraîcheur et la buvabilité. C'est un vin d'apéritif, que l'on sert au verre, facile à comprendre pour le consommateur et plébiscité par les cavistes", souligne-t-il.
Ni révolution technique, ni simple effet de mode, le blouge s'inscrit dans la lignée de ces vins'hors cadre' qui traduisent les évolutions du vignoble français. En explorant de nouveaux assemblages et des positionnements plus accessibles, il illustre la capacité des producteurs à innover et à diversifier leur offre. Reste à voir si cette nuance supplémentaire trouvera sa place durablement dans le paysage des vins légers qui séduisent aujourd'hui les marchés.
BÂTIMENT
Amoureux de nature, Anne-Cécile et Antoine Samaille s'emploient à sublimer la biodiversité préservée du domaine varois Mira Luna, dont ils cultivent la vigne en bio. C'est selon la même philosophie qu'a été conçue la cave actuellement en construction à Châteauvert.
Anne-Cécile et Antoine Samaille suivent le chantier en cours de près.
© Crédit photo : GL
Elle est la co-fondatrice d'Aroma Zone, entreprise familiale de cosmétologie devenue référence internationale. Il est ingénieur en BTP. Forts de leurs brillantes carrières dans leurs secteurs d'activité respectifs, voilà quelques années, Anne-Cécile et Antoine Samaille décident de se lancer, ensemble, dans une nouvelle vie.
Installés dans le Var, ils se mettent en quête d'un lieu où conduire un projet agricole et partager leur passion pour le vivant. Leurs recherches les conduisent jusqu'au domaine Mira Luna, qu'ils achètent à Tom Bove en 2023. L'entrepreneur américain avait conservé cette partie la plus haute de Miraval, lorsqu'il avait cédé la propriété au célèbre couple que formaient à l'époque Brad Pitt et Angelina Jolie.
Perché à 250 mètres d'altitude, à cheval entre Correns et Châteauvert, en zone de protection Natura 2000, Mira Luna s'étend sur une centaine d'hectares de forêt, d'oliviers et de vignes. Le domaine en compte huit hectares en AOP Coteaux varois en Provence, AOP Côtes de Provence et IGP Var. Depuis 2023, le couple Samaille, accompagné par le Cabinet d'agronomie provençale, s'attache à y produire des vins "haute couture, qui reflètent le terroir. On a le luxe d'avoir un magnifique terroir et peu de vignes dans un environnement totalement préservé, avec une grande amplitude thermique entre le jour et la nuit. Cela permet une maturation lente, apporte de la fraîcheur, de l'acidité et un bouquet aromatique puissant", vante Anne-Cécile Samaille. La gamme se décline pour 60% en rosé, 30% de blanc et 10% de rouge. "Mais on diminue la part de rosé au profit des rouges et des blancs sur lesquels on est en rupture. On rééquilibre, avec le challenge supplémentaire du contexte actuel", précise la néo-vigneronne.
Les raisins, produits en agriculture biologique, sont soigneusement récoltés à la main. Un sérieux travail de sélection parcellaire se poursuit en cave par des vinifications indépendantes, en cuves inox, amphores et demi-muids, selon les cépages et les objectifs de production de chaque cuvée, issue de minutieux assemblages. "Même en mono-cépage, on travaille des assemblages parcellaires, de vinification et d'élevage pour amener de la complexité au vin", indique Anne-Cécile Samaille.
Depuis trois ans, les nouveaux propriétaires de Mira Luna s'attellent à créer des vins et une identité qui soient en adéquation avec le lieu et avec leurs valeurs. Chouette et loup, animaux nocturnes présents sur le site, sont ainsi associés à la "merveilleuse lune" - signification de la locution latine 'mira luna' - sur le logo du domaine. Ne manque plus qu'un bâtiment pour accueillir outils de production et clients.
"Jusqu'à présent, on vinifie selon nos méthodes chez Tom Bove, au Château Bellini. Mais en 2026, ce sera ici", se réjouit Anne-Cécile Samaille sur le chantier de la cave en cours de construction. Entamés en mai dernier, les travaux doivent être achevés pour le prochain millésime. La première étape a été de choisir l'implantation du bâtiment. "Un permis de construire avait été déposé sur la partie haute du domaine, mais c'était contre nature pour nous d'y mener les flux liés à l'activité. On a préféré un endroit en bord de route, avec un accès facile, entre une parcelle de vignes et la colline", explique Anne- Cécile Samaille.
Sur cette base, avec son mari, ils élaborent un cahier des charges qui définit leur projet, leurs souhaits, leurs contraintes. Pour cela, ils se font techniquement conseiller par le Cabinet d'agronomie provençale pour la partie cave, avant de solliciter des architectes, pour donner forme à leurs ambitions éco-responsables et à leur envie de proposer de véritables expériences à leurs futurs visiteurs. Une agence spécialisée les accompagne également sur ce volet expérientiel.
Le futur caveau a été conçu pour s'intégrer au mieux à son environnement. Construit à flanc de colline, son toit courbe végétalisé en reproduira les formes. Il sera planté d'espèces méditerranéennes diverses (thym, romarin, cistes...) adaptées au climat, de sorte à offrir gîte et couvert aux pollinisateurs et autres insectes. Dans le même esprit, les matériaux naturels - tels que la brique, le chanvre, le bois, la pierre - sont privilégiés. Un dispositif de récupération des eaux de pluie et des panneaux solaires, qui alimenteront bureaux et boutique, doivent être installés dans une optique de durabilité.
Une cuverie semi-enterrée et deux chais enterrés (à barriques et à amphores) profiteront de l'inertie thermique et hygrométrique naturelle, et la réception de la vendange se fera par gravité, dans une double volonté de qualité et d'économie. Le domaine sera par ailleurs équipé de cuves en inox isolées à double enveloppe, principalement pour les rosés et les blancs, "par conviction écologique et pour limiter les dépenses énergétiques", indique Anne-Cécile Samaille. De même, un système de 'free cooling' permettra de rafraîchir naturellement cave et boutique, grâce à l'air frais de la nuit. "C'est particulièrement pertinent ici au vu de l'amplitude thermique", souligne la propriétaire. D'une surface totale d'environ 950 m², le bâtiment abritera 230 m² de hangar, 200 m² de cuverie, 80 m² de chais d'élevage, 75 m² de stockage et 100 m² de caveau de dégustation et de vente. Un espace de conditionnement et de stockage des huiles du domaine, un laboratoire et des locaux pour le personnel sont aussi prévus.
Tout a été pensé avec précision, y compris l'accueil, avec une dimension qui se veut immersive. "Le but est de faire découvrir nos vins et notre univers. C'est le projet qui nous anime. Un circuit de visite des installations permettra de tout voir et sera conclu par une dégustation. On a également eu à cœur de créer des ambiances sonore, olfactive et visuelle à partir de prises de son et de vues nocturnes sur le domaine, pour partager cette nature qui nous entoure et délivrer des émotions", développe Anne-Cécile Samaille.
Le coût de l'investissement, équipements et aménagements paysagers inclus, s'élève à 5 millions d'euros. Les outils de production doivent être installés l'été prochain pour être opérationnels à la mi-août. L'ouverture de la boutique est programmée dans la foulée des vendanges.
En attendant, le couple Samaille suit le chantier de près et cultive un lien étroit avec les entreprises à l'œuvre, sélectionnées prioritairement en local, "pour leur savoir-faire et leurs qualifications techniques, mais aussi leur état d'esprit", relève Antoine Samaille. Une attention toute particulière est enfin portée à la sécurité et à la gestion des déchets, de sorte à protéger humain et environnement.
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