Occitanie 12/12/2024
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Assises territoriales

On parle agroécologie et alimentation durable à Montpellier

Cinq ans après leur création à Montpellier, les assises territoriales de la transition agroécologique et de l'alimentation durable reviennent pour une 3e édition. La priorité est aujourd'hui à l'accélération de la transition. 

La restauration collective n'est pas le seul débouché de l'agriculture autour des villes. Cependant, elle constitue un effet de levier.

© Crédit photo : Istock, monkeybusinessimages

Créées à Montpellier en 2019, les 3e assises territoriales de la transition agroécologique et de l'alimentation durable ont été accueillies, les 2 et 3 décembre derniers, au Corum, par la ville. On dénombre 870 participants, 233 contributions reçues pour les 60 ateliers organisés qui ont donné la parole à 180 intervenants : des acteurs du territoire, des associations, des citoyens, et bien sûr des producteurs.

La restauration collective comme levier

Les collectivités en sont conscientes, la restauration collective n'est pas le seul débouché de l'agriculture autour des villes. Cependant, il constitue un effet de levier. À Montpellier, ce sont 80 000 repas produits par jour entre les collectivités publiques (CHU, Crous, écoles, collèges, lycées, ...) et la restauration collective privée. "Les villes sont moteurs par la restauration scolaire, grâce à la commande publique, qui garantit un prix et des volumes et permet de lancer des filières", explique Isabelle Touzard, maire de Murviel-lès-Montpellier et vice-présidente de Montpellier Méditerranée Métropole, déléguée à la transition écologique, à l'agroécologie et à l'alimentation. La métropole travaille par exemple sur le développement de la filière des pois chiches, de manière expérimentale avec huit agriculteurs et viticulteurs qui cherchent à se diversifier. "Aujourd'hui, la valeur ajoutée à l'hectare pour cette culture adaptée aux régions sèches n'est pas importante. C'est une filière longue. Cela veut dire que les produits circulent sur des kilomètres avant d'être commercialisés et consommés." La territorialisation des filières, c'est le fait de produire quelque chose quelque part avec des collectivités qui contribuent à cet ancrage territorial. "Nos melons partent à Rungis, puis reviennent dans le Sud pour être vendus en supermarchés. De même que le lait dans d'autres régions. Cela n'a pas de bon sens." Ces sujets sont abordés dans les projets alimentaires territoriaux (PAT), au nombre de plus de 440 en France aujourd'hui : "Pour le pois chiche, on a décelé des chaînons manquants, par exemple le triage et le stockage, et identifié des acteurs des semences prêts à réfléchir à diversifier leur outil de production vers l'alimentaire." Ce projet fera partie des projets retenus pour des investissements dans le cadre de l'aide d'adaptation au changement climatique. "Nous travaillons à la structuration de la filière," confirme Marie Massart, adjointe au maire de Montpellier et déléguée à la politique alimentaire et à l'agriculture urbaine. Avec ses 16 000 repas scolaires par jour et un choix de diminuer la viande dans les menus avec une alimentation plus végétale, la métropole de Montpellier souhaite pouvoir s'approvisionner de davantage de légumes et légumineuses de proximité. "Nous comptons sur le pois chiche et sur la structuration de la filière comme effet de levier pour structurer l'approvisionnement local et de proximité."

La malbouffe au cœur du problème global

En restauration collective toujours, les objectifs de la loi Egalim - 50 % de produits de proximité et 20 % de produits bio - ne sont pas atteints : la moyenne nationale tourne autour de 6 à 7 %.  Et le désengagent de l'État vis-à-vis du bio ne va pas améliorer ce résultat. Cela pose un réel problème aux collectivités qui sont en charge de la protection des captages d'eau potable. 

Dans ce contexte de désespoir pour les agriculteurs et de malbouffe du côté des citoyens, comment accélérer la transition ? Par l'affirmation d'un droit à l'alimentation et une reprise en main nécessaire par les citoyens aux côtés des agriculteurs. Les collectivités souhaitent une meilleure répartition de la valeur ajoutée, détenue par un système agro-industriel qui négocie des prix au plus bas pour les producteurs. Comment comprendre qu'en période d'inflation et de flambée des prix de l'alimentation pour les consommateurs, les marges de l'agro-industrie aient augmenté de 39 à 43 % ? La malbouffe est aussi en ligne de mire. Dans un rapport du Secours catholique ('L'Injuste prix de notre alimentation'), les coûts de la réparation de la malbouffe sont chiffrés à 19 milliards d'euros en France, dont 12 Mds€ pour la santé. 50 % des Français sont en surpoids et le diabète a augmenté de 160 % en 20 ans. Et dans le même temps la précarité alimentaire concerne aujourd'hui 18 % des Français. "L'aide alimentaire n'est pas une solution à long terme, car elle impacte directement la dignité humaine", déplore Isabelle Touzard.

Une question de répartition financière

"L'alimentation, c'est le premier levier pour la santé des populations. On a un ensemble de faisceaux indiquant que notre système alimentaire ne prend pas la bonne direction. C'est ce que les collectivités cherchent à éviter", explique Delphine Bonamy, vice-présidente de Nantes Métropole, en charge de l'agriculture périurbaine et des forêts urbaines. L'agriculture et l'agroalimentaire reçoivent 20 Mds€ d'aides publiques. Si l'on oriente tout cet argent vers un cap clair, nous pourrions arriver à une situation plus acceptable pour tout le monde. La déclaration issue des Assises de 2022 et restée sans écho, sera représentée au futur gouvernement. Elle s'appuie sur quatre points : la lutte contre la précarité alimentaire des citoyens, la lutte contre la précarité économique des producteurs, la protection et la reconquête du foncier agricole, et l'affirmation de l'alimentation comme service public et bien commun à travers la restauration scolaire.  Les collectivités territoriales souhaitent œuvrer pour un juste prix alimentaire. Elles investissent autant que la Pac en termes de financement public de l'agriculture : 20 % chacune. "Les collectivités ont leur mot à dire. Celui qui doit évoluer, c'est l'État. Il est inacceptable que seulement 3 millions d'euros soient inscrits au budget de l'État 2025 pour soutenir les 450 Pat de France." 

"Un très beau succès pour cette 3e édi- tion des assises territoriales. On a refusé du monde. Le niveau des interventions confirme la maturité du sujet", se félicite Isabelle Touzard. La métropole de Montpellier accueille de nombreux évènements d'envergure nationale sur les enjeux du territoire et autour des questions alimentaires. Michaël Delafosse confirme cette impulsion des élus de vouloir s'engager pour la qualité de la vie. "Il y a une crise agricole en France et les villes ont leur mot à dire et doivent participer au débat démocratique. Elles ont un levier d'action sur la commande publique, notamment dans la restauration collective. Comment nous mangeons est une question de fond. Le modèle alimentaire du pays est au cœur d'enjeux majeurs." À Montpellier, cela se traduit aussi par la création de la maison alimentaire solidaire à Celleneuve, ou par le Min et son pôle de transformation récemment inauguré. 

Valérie Handweiler •

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