ÉCONOMIE
Depuis fin février, la fermeture quasi totale du détroit d'Ormuz paralyse 35% du commerce mondial d'urée et de phosphate, essentiels aux cultures. 45 millions de personnes pourraient basculer dans l'insécurité alimentaire d'ici l'été selon l'ONU et la FAO.
La fermeture d'Ormuz n'est pas seulement une crise énergétique ou logistique : c'est un choc systémique pour les systèmes agroalimentaires mondiaux, qui doivent réduire leur dépendance aux routes maritimes vulnérables.
© Crédit photo : European Space Agency (ESA)
Depuis fin février 2026, la fermeture quasi totale du détroit d'Ormuz, point de passage stratégique du golfe Arabo-Persique, provoque une crise majeure dans les chaînes d'approvisionnement mondiales, notamment pour les engrais.
Alors que la saison agricole redémarre - portée par une minéralisation importante liée à une pluviométrie abondante et à des températures favorables qui poussent la végétation - ce détroit est devenu le talon d'Achille de l'agriculture internationale.
Selon les dernières données, le trafic maritime y a chuté de 97%, paralysant 35% du commerce international d'urée et de phosphate, deux composants essentiels pour les cultures céréalières et maraîchères.
La flambée des prix des engrais (+30% en moyenne au niveau mondial, jusqu'à +40% pour les engrais azotés aux États-Unis) menace directement la saison des semis dans l'Hémisphère nord. Les agriculteurs - confrontés à des coûts en forte hausse, voire à des pénuries d'approvisionnements - réduisent leurs apports ou modifient leurs cultures, ce qui pèse déjà sur les rendements attendus. La France, bien que moins dépendante que d'autres régions (seulement 2,3% de son urée transite par Ormuz), subit tout de même la hausse des prix, en raison de la concurrence accrue sur les marchés alternatifs (Égypte, Algérie, Maroc).
Déjà, les projections du Programme alimentaire mondial (PAM) sont alarmantes : si le conflit persiste au-delà de juin 2026, quelque 45 millions de personnes supplémentaires pourraient se retrouver en situation d'insécurité alimentaire aiguë, s'ajoutant aux 318 millions déjà touchés. Le Brésil, premier exportateur agricole mondial, dépend à 20% des engrais du Golfe ; la FAO estime que les producteurs céréaliers latino-américains pourraient voir leurs revenus chuter de plus de 7% en 2026, avec des répercussions directes sur les prix alimentaires mondiaux.
En Afrique, où les récoltes de 2026 sont d'ores et déjà compromises, des dizaines de millions de personnes pourraient basculer dans l'insécurité alimentaire aiguë, notamment dans des zones déjà fragiles comme le Sahel, la Somalie ou le Soudan.
Face à cette urgence, l'ONU et la FAO appellent à une réouverture immédiate du détroit et à la levée des restrictions à l'exportation d'engrais. Car actuellement, de nombreux navires sont immobilisés dans le Golfe, et rares sont les nouvelles cargaisons ayant pu passer. Or, le délai est critique car les derniers cargos ayant pu passer ont déjà livré leur marchandises, et les approvisionnements suivants se sont taris. Et même en cas d'apaisement, il faudra plusieurs jours, voire semaines, pour un retour à la normale. Le délai devient critique : "Nous devons éviter les restrictions à l'exportation... surtout maintenant pour les engrais et l'énergie", insiste d'ailleurs Máximo Torero, économiste en chef de l'Organisation des Nations Unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO).
À plus long terme, la diversification des sources d'approvisionnement et le renforcement des infrastructures locales apparaissent comme des priorités pour éviter une répétition de cette crise.
Cette fermeture du détroit révèle la dépendance excessive des systèmes agricoles mondiaux à quelques points de passage stratégiques. L'absence de "réserves stratégiques" d'engrais, contrairement au pétrole, aggrave la situation. Les pays du Moyen-Orient, qui transforment une grande partie de leur gaz naturel en ammoniac (indispensable aux engrais azotés), voient leurs exportations bloquées, tandis que l'Inde et le Pakistan font face à des pénuries critiques de phosphate diammonique (DAP).
En France, les difficultés et une hausse des coûts sont probables à l'automne prochain. Entre le 15 février et le 20 avril, les prix de l'urée et du phosphate en France ont connu une forte hausse. Cette augmentation menace directement la saison des semis et laisse planer le risque d'une inflation alimentaire durable. Pour le DAP, les données internationales indiquent une hausse de 11,20% sur le dernier mois (jusqu'au 10 avril 2026), tandis que le prix du phosphore a légèrement reculé de 3,41% sur la même période, mais reste à un niveau élevé par rapport à l'année précédente.
Les économistes et experts agricoles en France s'accordent sur un constat alarmant : la guerre et le blocage du détroit vont entraîner une hausse durable des coûts des intrants agricoles, avec des répercussions majeures à l'automne 2026, car les coûts des intrants agricoles devraient rester élevés à l'automne 2026. Si les prix alimentaires mondiaux n'ont pas encore explosé (grâce à des stocks solides), les économistes de la FAO et de l'OMC soulignent que cette accalmie est trompeuse, car cette hausse des intrants se répercutera avec un décalage de trois à six mois sur les prix des denrées, notamment à partir de l'automne 2026, lorsque les récoltes (réalisées avec des engrais plus chers) arriveront sur le marché.
Ils estiment même que les coûts ne reviendront pas aux niveaux d'avant-guerre avant le troisième trimestre 2026, voire pas du tout cette année. La remise en état des infrastructures et la reprise de la production prendront des mois, la demande accrue (notamment en Inde et en Europe) maintenant une pression à la hausse sur les prix.
D'ailleurs, la pression monte déjà en France : le 17 avril, La Coopération Agricole alertait dans un communiqué sur la difficulté à sécuriser les approvisionnements en engrais pour les semis d'automne, surtout si le détroit reste bloqué : "Les coopératives agricoles absorbent [actuellement] ces surcoûts et protègent à la fois les agriculteurs et les consommateurs. Mais cette solidarité atteint aujourd'hui sa limite économique. D'après les dernières estimations, si le conflit venait à durer, pour une coopérative polyvalente moyenne, les surcoûts pourraient représenter deux à trois fois le résultat net annuel".
Face à cette situation, les coopératives demandent une révision des tarifs fixés avec la grande distribution, arguant que les négociations commerciales de mars 2026 n'avaient pas anticipé l'ampleur de la crise. "La Coopération Agricole - qui représente près de 50% de l'agroalimentaire français -, appelle à la réunion urgente d'un comité de suivi des relations commerciales avant la fin du mois d'avril, pour faire le bilan des négociations commerciales 2026, constater les hausses et permettre, dès le mois de mai, la révision des tarifs entre fournisseurs et distributeurs", précise le communiqué
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