Agroécologie
Consultant en viticulture, œnologie et permaculture depuis 1993, Alain Malard s'est lancé dans la permaculture en 2014 sur 4,5 hectares de terres vierges à Neffiès, dans l'Hérault. Il propose depuis 2015 des itinéraires pour aider les viticulteurs à tenter l'aventure.
Des "keylines" adaptées au relief ont été réalisées sur chacune des terrasses, dans la vallée de Layon, en Anjou.
© Crédit photo : A. Malard
"La réalité, c'est qu'il y a une vie dans la nature et les sols, et que l'on ne s'y intéresse pas." Un constat nourri des différentes expériences qui ont été les siennes au cours de sa vie professionnelle dans le monde viticole. "Les raisins ont changé. Dans les plantations de vignes, en passant de la sélection massale à des clones, de la greffe à la fente à la greffe oméga, on n'arrivait plus à tenir les maladies et les produits phytosanitaires ne fonctionnaient plus. Dans certaines régions, on a aussi planté des cépages qui n'avaient rien à voir avec la région, mais, à cette époque, il y avait des marchés. Conséquence : on est passé de vignes qui vivaient 100 ans par le passé à 25 ans à peine aujourd'hui", déroule Alain Malard.
En créant son entreprise de consultant, en 1993, celui-ci oriente ses clients d'abord vers une agriculture raisonnée, puis vers l'agriculture biologique, deux ans plus tard, et, enfin, vers la biodynamie. Mais le compte n'y est toujours pas, selon lui. "Je n'ai jamais été satisfait des approches biologiques et biodynamiques, car cela ne suffisait pas. Ainsi, en biodynamie, les apports de compost, qui remplacent les engrais, restent des engrais. Or, je considère que le sol a plus besoin de matières organiques fraîches que d'engrais", détaille-t-il.
Il s'intéresse alors de très près à la permaculture - mode de production initié en Australie dans les années 70, qui s'inspire des écosystèmes naturels, pour créer un domaine agricole harmonieux, autonome et résilient - multiplie les recherches et les visites de terrain durant une dizaine d'années, suit une formation en permaculture, avant de passer à la pratique en créant son petit domaine expérimental, à Neffiès. "Pour ce faire, il faut oublier un temps tout ce que l'on a appris, observer le paysage, les énergies tout autour, faire l'inventaire de la faune et la flore et de tout ce qui est périphérique en l'intégrant à la parcelle, puis revenir aux bases agronomiques pour les réintégrer", résume-t-il. Pour optimiser l'ensemble des énergies présentes (eau, climat, topographie, exposition, interaction des végétaux, de la faune et de la vie du sol), quatre étapes doivent être suivies, dans un ordre particulier, afin d'initier la régénération de la parcelle.
La première étape est de faire l'inventaire des espèces présentes en forêt, en lisière, au bord des fossés, des clairières et des mares, en les croisant, et de valoriser l'ensemble des ressources pour profiter des énergies dont recèle la parcelle. "Celles qui sont partout, on va les intégrer immédiatement. Et, petit à petit, on verra d'autres plantes qui s'invitent", indique Alain Malard. C'est tout cela qui va créer un nouvel écosystème résilient. Il faudra cependant gérer la vie sauvage avec des couverts végétaux. Mais la diversité s'impose, d'autant que la vigne a toujours poussé par défaut, accompagnée d'autres plantes. "Les végétaux vivent en collectivité, la monoculture n'existe pas dans la nature, et la vie est en perpétuelle évolution en surface et en sous-sol", rappelle-t-il.
Le consultant suggère de choisir plutôt des espèces végétales (forestières, fruitières...) produites à partir d'un noyau ou d'un pépin, permettant ainsi le développement d'une racine pivot, qui descendra plus profond dans le sol. "Ainsi, la cohabitation entre la vigne et les arbres en sera facilitée, chacun pouvant trouver eau et azote dans une strate différente", souligne-t-il. Pour le choix des arbres, il incite à privilégier ceux qui sont compatibles avec l'environnement, et des essences différentes pour que de multiples auxiliaires puissent s'installer. "L'idée m'est venue en faisant des noues1, car l'eau y reste, puis s'infiltre, et permet de planter des arbres avec une densité importante, les petits devant, les grands derrière. Quand la noue est remplie d'eau et que cette dernière descend, ce sont les arbres qui font le boulot", indique-t-il.
Après avoir rappelé que "dans la nature, les lignes droites sont quasi inexistantes et les sols rigoureusement plats sont très rares", l'étape suivante sera de tracer des lignes clés ("keylines"). Pour ce faire, il est nécessaire de considérer les "points clés" de la parcelle, là où les eaux se rassemblent, car c'est à partir de là que les ravines se forment. Cette première ligne suivra la courbe de niveau. Les autres lignes suivront cette courbe, "elles sont tracées avec une charrue, d'une ou plusieurs dents, le plus profondément possible, soit de 60 à 80 cm, tous les 0,50 à 0,75 mètre de largeur, en fonction de la pente et du matériel utilisé. Moi, j'ai pris le parti de planter les vignes en fonction de ces lignes", précise-t-il. Ce tracé permet de diriger, d'infiltrer, de stocker et de répartir les eaux de ruissellement, ainsi que d'évacuer les excédents, d'infiltrer de l'oxygène, du carbone et des nutriments. Il est ainsi plus facile de réutiliser la charrue s'il faut à nouveau fissurer le sol.
Les noues, qui sont des fossés fermés, de 80 à 120 cm de large et d'une profondeur de 30 à 40 cm, devront être creusées dans le sens aval de la pente, en suivant la courbe de niveau principale pour capter, étaler et infiltrer l'eau dans les parcelles. Et d'inciter les viticulteurs à ce que les noues traversent de part en part les parcelles, de telle sorte à créer des corridors où la faune sauvage va pouvoir circuler et s'installer.
Pour évacuer les excédents d'eau quand les noues sont pleines, il faut prévoir, à l'une de leurs extrémités, un 'trop plein' qui évacuera les excédents d'eau vers différents fossés, qui peuvent alimenter une ou plusieurs mares, à créer en bas de la parcelle. "En fonction de la pente, de la dimension et du nombre de points clés de la parcelle, il sera possible d'imaginer une ou plusieurs noues. Le plus souvent, la vigne suivra les sinuosités de la courbe des noues. C'est le long des noues, en amont, que l'on va placer les chemins qui traverseront les parcelles. C'est aussi le long de ces noues, en aval, que la vie (flore, faune) sera la plus intense et diversifiée", argumente-t-il. Les haies plantées sur les buttes de la noue, servent, quant à elles, de tampon et permettent d'éviter les coups de chaud, parfois le gel, et peuvent réduire les contaminations des maladies. "On réoriente ainsi les flux d'air. Mais tout cela se calcule en fonction de la hauteur et de l'orientation des haies", ajoute-t-il.
Dernier étage de la fusée, l'organisation de la biodiversité dans les parcelles, autrement dit, quels arbres planter, lesquels à côté, pourquoi, quels avantages ? Quels animaux peuvent-ils être introduits dans la parcelle et pourquoi ? Etc. Soit la biodiversité ayant trait aux écosystèmes, aux espèces et à la génétique. "Une fois que la parcelle commence à se dessiner, avec les courbes de niveaux, l'emplacement des noues, le sens et les formes des rangs, l'emplacement des chemins et des tournières, etc., les zones où la biodiversité pourra se développer apparaissent naturellement", commente Alain Malard.
Dans tous les cas, l'étape qui est la clé du système, selon lui, et de penser à compenser, et ce du début à la fin des étapes. "Quand on met dans les parcelles des arbres et de l'herbe, par exemple, il faut s'assurer que tout le monde aura à manger. Quand on fait des semis dans les vignes, une légumineuse par exemple, pompera l'azote jusqu'au bout. Conséquence : en mars, il n'y aura presque plus d'azote dans le sol. Or, c'est à ce moment-là que la vigne commence à pousser et qu'elle a besoin d'azote notamment. Il faudra donc faire des apports. On peut utiliser de l'urée (forme naturelle de l'azote dans la nature) à partir de fientes de poules par exemple, si, évidemment, le sol est vivant", explique-t-il. Cette étape de transition va durer quelques années. Car, tant qu'on n'a pas reconstitué le stock (matières organiques, sels minéraux, eau et macro et microorganismes) cela ne peut fonctionner. Le stock le plus rapide à constituer est celui de la matière organique labile, qui est essentielle pour la revitalisation des sols. Ainsi, en harmonisant la biodiversité dans les parcelles, on atteint peu à peu l'autofertilité, puis la résilience.
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