Bouches-du-Rhône 13/10/2023
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biodiversité en verger

Pour rendre service au verger

La biodiversité concerne à la fois les espèces, mais aussi leur association. De nombreux leviers peuvent favoriser et améliorer leur fonctionnalité afin de rendre service aux vergers.

Une infrastructure agroécologique permet d'offrir un refuge aux abeilles solitaires.

© Crédit photo : ED

Dans le cadre de son Réseau Fermes 'Fruits à pépins', et en collaboration avec la station La Pugère, le GRCeta de Basse Durance organisait une journée découverte sur le rôle de la biodiversité dans les vergers et les pratiques. Nichoirs, gîtes, semis de jachères fleuries, haies, arbres isolés, mais aussi désinfection naturelle des sols, réduction des intrants, installation d'hôtels à insectes... Les actions individuelles ou collectives mises en place dans les vergers de Basse Durance sont nombreuses. Et la profession s'y intéresse depuis plusieurs décennies déjà.

Elles permettent en effet de favoriser une régulation naturelle des ravageurs dans les exploitations. Encore faut-il les connaître et les maîtriser ! L'objectif de cette rencontre multipartenaires, à laquelle participait aussi Inrae, était justement de "mieux comprendre le contrôle biologique par conservation, et les possibilités d'actions en matière de biodiversité fonctionnelle", indique Pierre Franck, chercheur à Inrae. Les nombreux arboriculteurs présents ont pu apprécier un tour d'horizon sur deux vergers - celui de l'exploitation La Pugère et celui du domaine Saint Martin - dans lesquels un certain nombre d'installations agroécologiques ont été mises en place.

Des expérimentations à l'introduction de nouvelles pratiques

À La Pugère, la recherche d'alternatives au désherbage ainsi qu'aux traitements contre les ravageurs n'est pas récente. Et il y a, aujourd'hui, "une réelle réussite technique de la filière autour des changements de pratiques", estime Pascal Borioli, directeur du GRCeta.

Un des exemples les plus parlants sur le développement des connaissances concernant les bioagresseurs et les interventions préventives au verger est la confusion sexuelle et le piégeage, apparus dans les années 80. Dernièrement, pour maîtriser les adventices tout en réduisant ses intrants, c'est l'efficacité des bâches tissées installées sur le rang qui a été démontrée sur poirier. Encore peu répandus en arboriculture, ces paillages ont aussi souligné leur intérêt pour limiter l'évapo- transpiration.

Sur cette même espèce, le psylle a été historiquement l'un des premiers sujets de recherche et d'expérimentation. Depuis, dans la région, les pulvérisations d'argile se sont substituées aux traitements chimiques, pour repousser les attaques sur les vergers en hiver. C'est dans les vergers de La Pugère également que les premiers travaux sur les alternatives à la désinfection du sol ont été faits, avec du sorgho et des plantes de services, pratiques qui se sont, depuis, généralisées.

Toujours sur la station de Mallemort, un verger qualifié de bas intrants est également développé depuis dix ans. Différentes pratiques en verger sur un seul et même site sont évaluées. Les travaux ont porté sur la réduction des intrants et des doses, en combinaison d'autres leviers, comme l'installation de plantes de service ou la pose de filets Alt'carpo. Toutes ces expérimentations ont permis d'acquérir des connaissances techniques, mais aussi économiques, pour des préconisations auprès des producteurs.

Aménager, renforcer, entretenir

La protection des cultures a longtemps été raisonnée au niveau de la plante ou de la parcelle agricole. L'environnement des parcelles a pourtant un impact important sur la régulation naturelle des populations de ravageurs. Le potentiel des régulations biologiques naturelles est cependant de plus en plus pris en compte dans les vergers. La lutte biologique par conservation s'organise : elle consiste notamment à favoriser et améliorer l'installation et le développement d'organismes auxiliaires indigènes, naturellement présents dans l'environnement des cultures.

Parmi les mesures agroécologiques de base figurent les haies, simples et composites, les arbres isolés, les bords de champ ou de chemin en herbe aménagés. Autant d'éléments favorables à la faune auxiliaire, aux oiseaux comme aux espèces de chiroptères présents. Des nichoirs à mésanges et des gîtes à chauves-souris, installés à divers endroits du verger, sont aussi utiles pour renforcer leur présence. Ces infrastructures participent à structurer le paysage et l'environnement. Plus l'on simplifie le paysage, plus la diversité se réduit et les fonctions de régulation se perdent. C'est pourtant cette diversité des paysages qui peut favoriser une diversité de la faune, augmenter les fonctions de régulation et permettre aux milieux d'être davantage connectés. Conserver ces éléments - tout en les entretenant pour ne pas les laisser déborder sur le verger, hors période de nidification - est donc essentiel. Améliorer ses infrastructures agroécologiques, les fameuses IAE, est toujours possible pour favoriser les interactions positives entre la nature et le verger.

Le puceron, objet de toutes les attentions

Les bandes fleuries et les enherbements sur le rang sont aussi évalués dans différents projets, en particulier sur la question des composés organiques volatils (COV). Il ne s'agit pas de cultures intermédiaires, mais bien de plantes installées, comme l'œillet d'inde, le basilic, le romarin ou encore le lavandin, dont les COV vont pouvoir repousser le puceron. Toute la difficulté est d'être en phase entre l'émission, par les plantes, de ces composés et le développement du puceron. Différents travaux s'y consacrent. Les barrières physiques mises en place à l'automne ont aussi fait l'objet d'expérimentations diverses pour éviter la ponte des pucerons. Toutefois, ces pratiques restent insuffisantes contre le puceron, au contraire de la défoliation. Toujours contre le puceron, de nombreuses expérimentations sont aussi conduites avec l'introduction de plantes de services pour l'attirer. Les travaux ont montré la nécessité d'une continuité de strates dans le verger, jusque sur le rang, pour un meilleur transfert des auxiliaires et une régulation efficace du puceron. Reste que l'arrêté 'Abeilles' de novembre 2021 - qui contraint les arboriculteurs de faucher désormais les zones non traitées - pénalise la flore au sol et l'intérêt des bandes fleuries, puisqu'elles doivent être supprimées. Le maintien des sols en partie enherbés permettait pourtant de favoriser les habitats et une nourriture suffisante pour les pollinisateurs. "Nous avons perdu un certain nombre d'années de réflexion et de recherche sur la gestion des auxiliaires avec cette réglementation qui a déséquilibré le système. C'est regrettable, car des études ont montré que, dans les faits, il est possible de construire une relation gagnant-gagnant entre apiculture et arboriculture", estime Pascal Borioli. 

Emmanuel Delarue •

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