Bouches-du-Rhône 25/08/2021
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PPAM : La culture de la lavande et son économie menacées ?

La réglementation européenne sur les produits chimiques est encore loin d’être votée et pourtant, elle génère déjà bien des inquiétudes pour le secteur des huiles essentielles. Les lavandiculteurs craignent l’écroulement de leur filière et l’économie qui en découle. Plantes, faune auxiliaire, touristes… Dans le scénario le plus noir, tous déserteraient le Vaucluse.

Avant la coupe des lavandes en juillet, des dizaines de panneaux comme celui-ci avaient fleuri aux abords des champs. (© M. Lallemand)

Consciente de l’urgence d’agir pour lutter contre le réchauffement climatique global, l’Union Européenne met progressivement en place son ‘Pacte Vert’. Dans ce cadre, la Commission a publié une nouvelle stratégie concernant le domaine des produits chimiques. L’idée est de réviser, d’ici la fin de l’année 2022, le règlement qui permet la classification, l’étiquetage et l’emballage de substances. A ce jour, le secteur des huiles essentielles, allant du producteur au distillateur, en passant par les savonniers ou encore le tourisme, craint des répercussions massives sur son activité. "Il n’y aurait pas d’interdiction de la lavande ou lavandin, mais interdiction de certaines molécules naturellement présentes dans nos produits. Dans les faits, les molécules qui vont se retrouver sur cette liste noire ne seront plus utilisées et ça pourrait aller jusqu’à la fin des huiles essentielles et leur commercialisation", explique Alain Aubanel, président de l’union des Professionnels des Plantes à Parfum, Aromatiques et Médicinales (PPAM de France).

Cette réglementation viendrait effectivement classer les molécules mises sur le marché et les répertorier comme allergènes, cancérigènes ou perturbateurs endocriniens, comme pour les produits chimiques, ce que peu de producteurs peuvent envisager. Selon le président, une telle décision irait à l’envers de l’histoire du secteur : "Il y a une demande pour consommer de plus en plus naturel, les entreprises jouent le jeu, nous faisons des efforts sur l’irrigation, la diminution des produits phytosanitaires, le piégeage de carbone et voici où on en arrive". "On nous parle de toxicité, mais où sont les morts ? A l’inverse, on sait ce que fait le tabac sur la santé et les cigarettes sont toujours en vente libre", ajoute-t-il, en colère. Pour continuer à commercialiser à la même échelle qu’aujourd’hui, des contrôles très couteux seraient à mettre en place, ce qui explique l’inquiétude des producteurs malgré une ébauche de réglementation encore loin d’être figée.  Les discussions se poursuivront jusqu’à fin 2022 avant de passer devant le Parlement Européen. Ainsi la réglementation ne devrait-elle pas évoluer avant l’horizon 2025.


Disparition de toute une économie locale

"C’est une réglementation qui va toucher toutes les huiles essentielles, mais bien évidemment, les lavandes c’est un peu plus visible", admet Alain Aubanel. En Vaucluse, notamment du côté du plateau de Sault, il est effectivement difficile d’envisager une culture différente, compte tenu du climat sec et chaud. "Si on nous enlève la  lavande, il va falloir un plan C, voire un plan D. Les terres ici ne sont pas adaptées pour avoir du rendement en céréales, d’autant plus qu’avec les sangliers, ça ferait trop de dégâts", confirme Magali Malavard, exploitante de 40 ha de lavande et lavandin. "Et puis, on n’est pas équipés pour faire autre chose. Ici, les trois quarts des terres sont réservées à cette culture et nous sommes près d’une quarantaine à produire", poursuit-elle.

Au-delà d’une filière agricole, c’est toute l’économie locale qui pourrait basculer. "Les producteurs et les distillateurs vont disparaitre, oui, mais ceux qui fabriquent des savons ou préparent des infusions également", énumère Alain Aubanel. Une réaction en chaine qui entrainerait la disparition de métiers aux savoir-faire ancestraux, de la culture provençale, de la culture des terres tout court et ce,  sans compter l’effondrement de l’activité touristique. "On parle d’un impact sur des milliards d’euros", se désole le président de PPAM de France qui alerte également sur la survie des insectes : "Nous sommes des nids à biodiversité, si on leur retire les fleurs, où se nourriront les abeilles" ?


Des leviers d’action encore peu nombreux

Avec la tenue de la pétition en ligne ‘Sauvons le naturel’ et la multitude de panneaux ‘Lavandes en danger, cessation d’activité’ qui ont poussé au bord des champs, l’objectif était d’alerter les touristes. Mais l’action ne suffit pas, certains n’ont pas entendu parler de cette crispation entre les producteurs européens – car les espagnols et italiens sont tout autant concernés – et la Commission Européenne.

"Nous ne sommes pas contre la réglementation, mais ne nous devons pas être un dommage collatéral de l’industrie chimique", estime Alain Aubanel. Pour le producteur, le plus difficile est actuellement d’intégrer la discussion autour de cette nouvelle stratégie : "Soit ce sont des gens qui ne sont pas sortis de leur bureau, soit des médecins ou allergologues qui sous couvert de bonnes intentions, et je ne les remets pas en cause sur ce point, vont créer plus de problèmes qu’ils ne vont en résoudre". Alors l’action passe pour le moment par des courriers pour parvenir à atteindre Thierry Breton, commissaire européen au marché intérieur : le sujet doit d’abord parvenir aux oreilles des parlementaires nationaux, puis aux membres du gouvernement. Dominique Santoni, présidente du département a d’ores et déjà réaffirmé son soutien aux lavandiculteurs vauclusiens et s’est associée à Renaud Muselier, président de la région Paca, dans un courrier adressé au ministre de l’Agriculture français. De son côté, la FDSEA de Vaucluse s'apprête à déployer une campagne de communication et de mobilisation pour soutenir les producteurs et a sensibilisé le préfet qui a pris très au sérieux cette sollicitation. Une réunion de terrain sera organisée le 25 août 2021 à Sault. L'objectif sera, avec l'intervention des services de l’Etat, de "sensibiliser les pouvoirs publics aux conséquences désastreuses que pourraient avoir de telles mesures sur la filière et sur le territoire", conclut Sophie Vache, présidente de la FDSEA. 

Manon Lallemand

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