Bouches-du-Rhône 03/03/2023
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Salon-de-Provence

Prendre soin des plantes qui soignent

Malika Porot, jeune maman de 37 ans, poursuit son apprentissage du métier pour devenir productrice de plantes à parfum aromatiques et médicinales. Après deux années de mise en route, sa production devrait monter en puissance cette année.

La filière des plantes à parfum aromatiques et médicinales (PPAM) bio s'affirme en Paca. Les conditions pédoclimatiques particulièrement adaptées et le savoir-faire provençal reconnu sont une des forces de cette production, qui jouit par ailleurs d'une forte demande sociétale. Aussi, les projets d'installations se multiplient-ils ces dernières années. Les profils des porteurs sont très variés, leurs trajectoires également. Et entre l'idée de départ et l'aboutissement d'une installation, il faut souvent "du temps et beaucoup d'investissements". Malika Porot peut en témoigner.

L'agriculture n'est pas sa première activité professionnelle. Infirmière il y a encore cinq ans, elle décide d'entamer une reconversion en 2017. "Un métier riche et passionnant sur beaucoup de plans. Mais j'avais envie d'apprendre une autre manière de soigner les gens, plus naturelle. Je me suis tournée vers l'herboristerie", témoigne-t-elle. Elle se découvre alors un intérêt pour "soigner les plantes qui vont soigner les gens", ce qui l'amène aussi à changer de vie.

Différentes formations et des stages chez des producteurs dans la Drôme vont la conduire à passer un BPREA "pour se rassurer et gagner en crédibilité", confie la jeune femme, pour qui "l'entraide et le soutien des autres ont également beaucoup compté". Elle a aussi travaillé une année chez Thierry Gozzerino, un paysan maraîcher sur Salon-de-Provence, qui a à cœur de transmettre et soutenir les porteurs de projets agricoles, chez qui elle apprend beaucoup. Il l'aide d'ailleurs à se lancer à son tour.

Une terre à dompter

Mais trouver des terres agricoles a été l'obstacle le plus difficile à franchir : il lui a fallu cinq années pour trouver du foncier. Fin 2020, avec l'aide de la Safer et de sa famille, elle parvient à faire l'acquisition d'une parcelle de 6 000 m².

Certes, les terres sont en friches depuis de nombreuses années ; mais elles bénéficient de l'irrigation gravitaire. La nature des sols limono-argileux sableux dans le périmètre du lit de la Durance est un atout, d'autant que la culture de plantes aromatiques peut s'envisager dans tous types de sol bien drainants. Le seul inconvénient, pour le binage en particulier, est que les sols sont un peu caillouteux.

L'autre enjeu sur ces cultures est de parvenir à maintenir propres les parcelles. Surtout en bio. Et, pour Malika, il a fallu, avant de mettre les premiers plants en culture, se débarrasser du sorgho d'Alep, qui rhizome et se ressème très facilement. Depuis, elle utilise différents paillages pour maîtriser l'enherbement. Elle a fait aussi le choix de travailler avec des plants, produits en amont dans une micro-pépinière, plutôt que de semer directement, et afin de limiter ainsi la concurrence des mauvaises herbes.

Pour la première année, Malika ne s'éparpille pas dans le choix des espèces et opte pour quelques plantes aromatiques : mélisse, menthe, camomille romaine, tulsi, verveine et mauve. Sur les planches, le sol n'est pas labouré, le travail se résumant essentiellement par le passage d'une grelinette. Cette année, une motobineuse devrait venir rejoindre son outillage.

Des tisanes, pour l'instant

Les plantes qu'elle a produites en bio ont été, pour l'instant, dédiées à l'élaboration de tisanes. À l'avenir, Malika souhaite développer sa production, diversifier ses transformations et se tourner vers d'autres usages. Comme les sirops et confitures confectionnés à partir des PPAM. Elle envisage aussi de produire à destination de la cosmétique, avec la fabrication d'hydrolats et de macérats. "Cela implique aussi de répondre à d'autres réglementations et cahiers des charges bien spécifiques. Mais s'orienter vers des produits à plus forte valeur ajoutée est aussi un objectif", reconnaît Malika.

Les récoltes ont, pour le moment, été dérisoires. Il faut dire qu'un heureux évènement est venu chambouler les plans de la jeune agricultrice durant la première année de son installation. "Un premier enfant, ça a fait beaucoup de choses à gérer d'un coup, et je n'ai pas pu mettre en place ce que j'aurais souhaité pour la deuxième saison", rapporte-t-elle.

Malika a conscience et sait qu'il lui faudra encore plusieurs saisons avant de trouver l'équilibre. Cette année, par exemple, il faudra produire davantage de volumes pour commercialiser plus de sachets de tisane. Malika espère aussi produire des fleurs séchées comestibles, à saupoudrer sur les gâteaux ou les salades. Un pan d'activités qu'elle a commencé à développer, avec des fleurs conditionnées dans de petits tubes. Et, côté commercialisation, elle va s'atteler à trouver des points de vente fixes et réguliers, chez des producteurs faisant de la vente directe notamment.

Heureusement que Malika peut compter sur son conjoint pour faire vivre le foyer. Et si à un certain moment de sa vie, elle ne se reconnaissait plus forcément dans le salariat et le milieu hospitalier, elle admet aussi que "certains aspects de son ancienne vie étaient plutôt confortables. Car le travail de la terre n'est pas facile".

Autour de son exploitation 'Le champ des potions et des PPAM', la jeune femme a plein d'idées. Développer l'agroforesterie ou ouvrir son exploitation pour partager son expérience. Un GIEE - qui s'est créé autour des PPAM dans la région il y a deux ans - fédère, depuis, une trentaine de producteurs : le GIEE 'Pack'à PPAM' a aussi donné très récemment naissance à une association, 'Les serpettes du Sud', dont Malika fait partie. "Il y a beaucoup d'entraide. On partage nos expériences, de la technique mais aussi nos problématiques", confie la jeune agricultrice.

Pour l'heure, elle a commencé à travailler ses prochaines planches de cultures, qui doivent être prêtes pour avril. Les commandes de plants sont passées. Hysope, sarriette, thym, mais aussi rosiers, framboisiers ou sureau vont venir compléter les cultures déjà testées les deux premières saisons. Malika a aussi pu acheter une parcelle de 5 000 m² mitoyenne à la sienne. Une surface qu'elle compte utiliser pour les PPAM, mais aussi pour du maraîchage, histoire de dégager un peu de trésorerie. 

Emmanuel Delarue •

Un véritable boom régional

Les surfaces cultivées en Plantes à parfum, aromatiques et médicinales (PPAM) sont en forte augmentation ces dernières années. Pas uniquement sur lavande et lavandin. Dans le secteur autour de Grasse, mais aussi dans tous les départements de la région, on observe le développement de productions qui étaient, il y a une dizaine d'années, encore très concentrées autour des plateaux de Valensole et d'Albion. D'après le dernier recensement agricole, avec une hausse de 11 000 hectares en 10 ans et 26 000 ha cultivées en 2020, la région conforte sa place de 1ère région productrice de PPAM. Le secteur a aussi gagné 700 exploitations de plus en 10 ans (1 600 exploitations en 2020).

Emmanuel Delarue •

Les CHIFFRES clés

Malika Porot, 37 ans, est en reconversion depuis 2017 

Installation en 2021 avec l'acquisition d'une parcelle de 6 000

700 sachets de tisanes commercialisés la 1ère année

Emmanuel Delarue •

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