INCENDIES
Alors que les incendies d'une ampleur exceptionnelle mobilisent toujours d'importants moyens dans le sud de la France, la filière forêt-bois appelle à ne pas limiter la réflexion à la seule reconstruction des espaces sinistrés.
Une forêt ne se rebâtit pas en une saison. Or, les incendies ne détruisent pas uniquement des arbres ou des espaces naturels : ils fragilisent aussi toute une économie locale.
© Crédit photo : CZ
Des milliers d'hectares partis en fumée, des habitants évacués, des paysages durablement marqués... Depuis des semaines, les pompiers luttent centimètres par centimètres pour faire barrage aux flammes et préserver les biens et les personnes. En région Paca, le Var a versé cette année un lourd tribut, avec quelque 6 000 hectares partis en fumée et des exploitations durement touchées. Ailleurs, les départs ont pu être enrayés à temps. Mais en France, à l'issue du Conseil des ministres du 27 juillet dernier, Laurent Nuñez, ministre de l'Intérieur, posait déjà un premier bilan à 116 085 ha brûlés depuis le début de l'année. Un chiffre qui fait de 2026 l'année la plus destructrice jamais enregistrée en France pour les feux de forêt, dépassant déjà le record de 2022 (66 300 ha sur l'année entière).
Tout l'été - qui n'est pas fini -, les incendies rappellent avec violence la vulnérabilité des massifs forestiers méditerranéens. Si l'heure reste à la lutte contre les flammes et à la protection des populations, la question de l'après s'impose déjà.
C'est dans ce contexte que France Bois Forêt, l'interprofession nationale de la filière, appelle à inscrire la reconstruction dans une vision de long terme. L'organisation salue d'abord "l'engagement remarquable" des sapeurs-pompiers, des forces de sécurité, des services de l'État, des élus et de tous les acteurs mobilisés sur le terrain, tout en adressant son soutien aux populations sinistrées et aux professionnels directement touchés par les incendies.
Mais au-delà de l'émotion, l'interprofession estime que ces catastrophes constituent un signal d'alarme : les incendies ne détruisent pas uniquement des arbres ou des espaces naturels. Ils fragilisent également toute une économie locale, des propriétaires forestiers aux entreprises de travaux, des scieries aux pépiniéristes, dont l'activité dépend directement de la vitalité des forêts françaises.
L'appel lancé récemment par le président de la République à "rebâtir une forêt différente" trouve un écho particulier auprès de France Bois Forêt. Pour l'interprofession, cette nouvelle génération de forêts devra être pensée pour mieux résister aux sécheresses, aux ravageurs, aux maladies, mais aussi aux incendies qui se multiplient sous l'effet du changement climatique.
Cette adaptation passe notamment par le renforcement des équipements de défense des forêts contre les incendies, l'aménagement de pare-feu plus efficaces, le débroussaillement autour des habitations et une meilleure prise en compte du risque dans les politiques d'aménagement. L'organisation plaide également pour une simplification des obligations légales de débroussaillement, afin d'accélérer leur mise en œuvre. Elle rappelle enfin que près de neuf incendies sur dix sont d'origine humaine, soulignant l'importance des actions de sensibilisation auprès du grand public.
Pour Anne Duisabeau, présidente de France Bois Forêt, la reconstruction ne pourra pas se résumer à replanter quelques arbres. "Les incendies que connaît notre pays sont un choc pour l'ensemble de la filière", rappelle-t-elle, en saluant le professionnalisme des entreprises forestières venues en appui des services de secours. Mais, insiste-t-elle, "cette épreuve nous rappelle aussi une responsabilité collective : reconstituer, mais aussi constituer des forêts capables de résister aux conditions climatiques de demain".
La présidente rappelle qu'une forêt "ne se rebâtit pas en une saison". Avant les premières plantations viennent les diagnostics sanitaires, l'évaluation des dégâts, l'analyse des sols ou encore la valorisation des bois encore exploitables. Un travail qui nécessite des investissements durables dans la recherche, l'innovation, la production de plants, la prévention et la modernisation de la filière. Autant de leviers jugés indispensables pour permettre aux forêts françaises de continuer à stocker du carbone, préserver la biodiversité et fournir durablement la ressource en bois dont le pays a besoin.
Le SAVIEZ-VOUS ?-
Créée en 2004 sous l'égide du ministère de l'Agriculture, France Bois Forêt est l'interprofession nationale de la filière forêt-bois. Elle rassemble 24 organisations professionnelles représentant l'ensemble des métiers de la forêt et du bois, des propriétaires forestiers aux industriels de la transformation. Sa mission est de financer et de coordonner des actions collectives en faveur de la recherche, de l'innovation, de la communication et du développement de la filière. Interlocutrice des pouvoirs publics, elle intervient également sur les grands enjeux liés à la gestion durable des forêts, au renouvellement des peuplements, à la prévention des risques et à l'adaptation des massifs forestiers au changement climatique.
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