Gard
Le Mouvement de défense des exploitants familiaux (Modef) alerte sur une situation viticole "critique" et inédite. Xavier Fabre, vigneron et syndicaliste, fait part des propositions du syndicat, en désaccord avec le projet de loi agricole du gouvernement.
Mettre en place un prix plancher "permettrait de stopper l'hémorragie au niveau des revenus", estime Xavier Fabre, vigneron syndicaliste au Modef du Gard.
© Crédit photo : X. Fabre
Présenté en conseil des ministres mercredi 3 avril, moins de trois mois après les manifestations qui ont touché l'ensemble de l'Hexagone, le projet de loi d'orientation pour la souveraineté agricole suscite de vives inquiétudes et déceptions chez une partie du monde paysan. "C'est une fuite en avant, on retourne vers ce modèle productiviste qui est à bout de souffle", s'inquiète Xavier Fabre, vigneron gardois, membre du Modef. "Nous pensons justement que cette crise est la crise de ce système, et tout ce qui est mis en œuvre aujourd'hui ne fait qu'amplifier le fait d'aller dans cette voie..."
La déception est d'autant plus forte que la mobilisation était inédite, de par son ampleur, sa durée et son caractère interprofessionnel. "Il faut qu'il y ait une prise de conscience aussi au niveau des agriculteurs, arriver à revenir en arrière, à une agriculture qui soit plus familiale, à l'échelle des hommes", prône le vigneron installé sur la commune de Domazan. "Ce système tue les agriculteurs."
Alors que ce projet de loi est actuellement présenté au niveau national, le Modef du Gard propose d'autres solutions en réponse à la crise agricole. Le syndicat réclame tout d'abord une rencontre au niveau régional entre les vignerons, les négociants et la grande distribution, afin de leur demander "d'arrêter d'acheter du vin étranger tant que les caves françaises sont pleines".
Une partie des vignerons du département se trouve en effet dans une situation "critique". Alors qu'ils ne sont plus qu'à quelques mois de la nouvelle récolte, beaucoup "sont très en retard niveau commercialisation. De nombreuses caves n'ont quasiment rien vendu !", alerte Xavier Fabre, lui-même dans cette situation. "Normalement, tout est contractualisé, ou du moins les 3/4, avant la fin de l'année. Là, certaines caves ont vendu à peine 30 % de leur récolte !" Une situation inédite pour l'agriculteur. Car il n'est même pas question de prix. "Nous n'avons même pas de proposition. J'appelle les courtiers, mais ils me disent qu'il n'y a pas d'offres", assure-t-il. Dans un tel contexte, difficile pour les vignerons de comprendre que les metteurs en marché ne jouent pas le jeu de la préférence nationale. "Il faut arrêter les importations, et vider les caves. Nous ne pouvons pas accepter de ne pas vendre notre vin et que des vins étrangers soient vendus en France", fustige Xavier Fabre, qui estime que sur les deux derniers mois de l'année 2023, "plus d'1 million d'hectolitres de vins étrangers ont été importés".
Une situation incomprise par les agriculteurs gardois; alors que lors des dernières manifestations, le vigneron affirme qu'ils ont pu intercepter un contrat d'un camion citerne du groupe Castel, "au même tarif que ce qu'on peut proposer en France, à 60 centimes le litre..." Une situation qu'il ne met pas non plus sur le dos d'une baisse de la consommation, car dans le même temps, ses ventes de vin en bouteille n'ont diminué sur aucun marché.
Le syndicat demande également à ce que la revendication n° 1 des agriculteurs lors des dernières manifestions soit entendue : une juste rémunération. Pour y répondre, il propose la mise en place de prix plancher. "C'est une demande historique du Modef, une mesure qui ne coûte rien", vante Xavier Fabre, alors qu'Emmanuel Macron a évoqué l'idée lors du Salon de l'agriculture. "On peut organiser une discussion chaque année au niveau des bassins de production. Réunir les interprofessions et acter un prix minimum par catégorie de produit", imagine le syndicaliste, qui assure que le système fonctionne.
Il en veut pour preuve l'expérience réussie menée par le Syndicat des Côtes du Rhône, de 2010 à 2017, alors qu'il était en crise. "Il avait défini trois types de vin et avait donné une fourchette de prix pour chacun en disant aux producteurs de ne pas vendre en dessous de ce tarif. Le message avait été passé au négoce", raconte-t-il. "En trois ans, on a gagné environ 10, voire 15 % de valeur."
Pour le Modef, cela serait une voie de sortie de la crise qui touche actuellement le monde viticole. Car malheureusement, la région est confrontée à l'achat de vin en dessous du prix de revient. Xavier Fabre pointe entre autres le groupe coopératif Invivo, et sa filiale vin Cordier. Mettre en place un prix plancher "permettrait donc de stopper l'hémorragie au niveau des revenus", estime-t-il, même s'il est peu confiant quant à l'application de cette mesure. "Le président l'a lancée à la cantonade, mais le ministre de l'Agriculture y est opposé, tout comme la FNSEA. Ce n'est pas du tout le cas au niveau gardois, mais au niveau national, ce sont des industriels de l'agriculture. Ils produisent autant que ce qu'ils achètent, donc ils ont intérêt à acheter le plus bas possible, au détriment des agriculteurs."
Pour le syndicat, ne pas prendre en compte la volonté des paysans de pouvoir vivre de leur métier est une grave erreur, a fortiori au regard de l'ampleur des manifestations. "Rien n'a abouti, rien n'a été fait pour le revenu des vignerons, en particulier au niveau méditerranéen. Et ils sont à bout", prévient Xavier Fabre."Il va y avoir des actions de groupe un peu incontrôlées, plus aucun syndicat ne va vouloir porter la responsabilité d'une action..."
Dans ce contexte tendu, en particulier pour les vignerons gardois, le Modef regrette que"les services apportés aux agriculteurs par la Chambre d'agriculture soient devenus des prestations". Au niveau national, les Chambres d'agriculture font face à une baisse des dotations de la part de l'État qui, d'après le syndicat, se répercute sur les agriculteurs. Xavier Fabre rappelle notamment que les aides pour remplir les dossiers Pac sont devenues payantes."Mais la dernière chose en date, ce sont les groupes de lutte raisonnée. Ils existent depuis 20, voire 30 ans, et sont très importants", estime le vigneron."Ils sont menés au niveau local par des techniciens très compétents qui aident les vignerons à réduire l'utilisation de produits phytosanitaires, et nous permettent de nous confronter au travail des autres, d'avoir des conseils sur les nouvelles techniques qui se développent, comme les couverts végétaux. Or, au lancement de la campagne, on nous a annoncé que cela devenait payant."Un nouveau coup dur pour les agriculteurs, que le syndicat impute à des défaillances dans la gestion de la structure."Il ne faut pas tout laisser au marché ! Si c'est juste mon marchand de produit qui me dit ce qui marche, si je n'ai que lui comme interlocuteur, je n'aurais pas de recul. Ces groupes permettent d'échanger avec des techniciens qui ont du recul, et qui connaissent les spécificités de nos terroirs."
L'AVIS de-
"La volonté des élus, c'est que la Chambre ne marge jamais. Mais nous n'avons pas le droit de facturer à perte sur des missions dites concurrentielles", répond Aymeric Deglaire, directeur général de la Chambre d'agriculture du Gard, face aux reproches du Modef. Or, la prestation des groupes de lutte raisonnée "a toujours été payante, mais était facturée deux fois moins chère que ce qu'elle coûte à la Chambre. Pour éviter de faire payer davantage les agriculteurs, nous avons choisi de passer par des actions de formation. Cela implique une organisation peut-être plus contraignante, mais c'est indolore financièrement, ce qui est notre priorité."
Concernant les aides pour remplir les dossiers Pac, Aymeric Deglaire affirme qu'elles ont "toujours été payantes", mais reconnaît une évolution. "Avec la réforme de la nouvelle Pac, il y a une sinistralité plus grande, donc le coût de l'assurance que nous payons a beaucoup augmenté." S'ajoute à cela un droit à l'erreur permis par la nouvelle Pac, qui "implique que la Chambre doit parfois travailler sur des dossiers de demande a posteriori. Face à cette double incertitude, il a été décidé de mutualiser le risque avec la mise en place de frais de dossiers qui s'élèvent à 25 €. Les options retenues sont les seules qui permettent de concilier une impérative bonne gestion de l'établissement public et la défense des exploitations agricoles".
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