MAS DU SOLEIL
Depuis l'AVC de David Sève, président de la FDSEA du Gard, son épouse Sylvie assure seule la direction du 'Mas du Soleil'. Face à l'urgence de la saison et aux défis d'un "handicap invisible", le monde agricole gardois s'est massivement mobilisé pour soutenir l'exploitation et la famille.
David Marchetti aide bénévolement Sylvie Sève à gérer les parcelles en l'absence de David.
© Crédit photo : JB
"Les gens me disent qu'il va bien car ils le voient sur pieds et bouger, mais non, nous n'en sommes pas là. La communication est coupée et cela reste difficile à vivre au quotidien", avoue Sylvie Sève, arboricultrice à Beaucaire. L'épouse de David, président de la FDSEA du Gard et victime d'un accident vasculaire cérébral en janvier dernier, n'a pourtant "pas le temps de se poser trop de questions, car il faut avancer".
Si la gestion de l'exploitation du 'Mas du Soleil' (125 ha de vergers et de blé dur) se faisait habituellement avec David, Sylvie est aujourd'hui contrainte de décider sans lui. "Même si je suis entourée, je suis maintenant seule dans la prise de décision", pose celle qui gérait auparavant exclusivement l'administratif et la commercialisation. "Je me mets la pression car il faut continuer à faire vivre cette exploitation et ne pas ajouter de difficultés financières aux problèmes de santé."
Face à l'urgence en janvier dernier, la Fédération a organisé, dès le 2 février, une 1re journée de solidarité massive. Une trentaine de personnes a répondu présente pour démanteler d'anciennes serres sur une parcelle en fin de location, libérant ainsi du temps pour l'essentiel. "Nous avions commencé ces travaux avant les fêtes de Noël, puis David a été pas mal occupé avec l'activité syndicale", explique Sylvie. Fin 2025 et début 2026 ont été fortement marqués par les différentes manifestations régionales menées par le syndicat, mais également en Belgique et enfin Strasbourg.
Une 2e journée de soutien, une ferrade, a été organisée plus récemment à la Manade Joubert à Caissargues (voir encadré).
L'entraide ne s'est pas arrêtée aux grands gestes. Outre l'appui déjà existant des salariés, un groupe WhatsApp spontané, animé par des collègues arboriculteurs - dont Florian Ducurtil, Romain Zoroddu, Benjamin Boisson (Nectapêches) et Olivier Bertrand -, est devenu la tour de contrôle technique de Sylvie. "Ça été un soulagement pour moi, la conduite des cultures, c'était la partie de David. Ça sauve notre saison de récolte, car le but premier est de mener les cultures à terme pour qu'il y ait de la production", poursuit-elle.
Cette mobilisation s'est même spécialisée pour pallier les absences critiques. "En moyenne, j'aide bénévolement trois ou quatre heures par semaine", précise David Marchetti qui a pris le relais exclusif sur les pommiers. "La taille était en cours au moment de l'hospitalisation de David. Il a terminé de la gérer et s'occupe de l'entretien des parcelles", ajoute Sylvie. Parallèlement, Guillaume et Aymeric de Coussergues (exploitation Pré Saint Henri) ont pris en charge les parcelles de céréales. Ce maillage technique s'est révélé vital lors des récents épisodes de grêle et d'inondations : ces pairs ont non seulement aidé aux travaux, mais ont aussi épaulé Sylvie dans ses démarches d'assurance, maîtrisant le jargon technique face aux experts.
À ceci, des opérations commerciales pour "booster les ventes" des jus de fruits produits par l'exploitation ont été mises en place au 'Mas des agriculteurs', à la boutique Origine Cévennes, au Mas des Tourelles, à la cave coopérative de Beaucaire, ainsi que pendant le Salon international de l'agriculture. Un coup de pouce bienvenu pour réaliser les investissements de la pré-saison. Un soutien indispensable qui vient s'ajouter à celui, moral et logistique, de proches devenus essentiels.
Un couple d'amis, Emmanuelle et le viticulteur Jean-Baptiste Crouzet, illustre cette mobilisation sans faille : Jean-Baptiste a accompagné Sylvie jusqu'à Strasbourg, restant à ses côtés plusieurs jours durant, tandis qu'Emmanuelle assurait un lien quotidien par de réguliers appels, lui préparait des repas à son retour et se procurait même des ouvrages de rééducation pour David. "Des personnes en or" qui permettent à Sylvie de tenir le choc.
En rééducation au Grau-du-Roi depuis le 19 février, David ne sait pas encore quand il pourra retourner pleinement chez lui. En attendant, les permissions du week-end lui permettent de retrouver les siens et de se réhabituer progressivement au rythme de la vie quotidienne, alors que la parole ne lui est pas encore revenue. Si sa récente participation à la ferrade a marqué les esprits par sa symbolique, elle a surtout révélé la complexité de son état de santé. Pour son épouse Sylvie, cet après-midi fut une preuve de résilience : "David était content, rassuré de voir qu'il pouvait encore communiquer. Il est tellement expressif dans sa gestuelle." Tenir jusqu'à 19 h, rester tout l'après-midi au milieu de la foule... "Cela lui a prouvé qu'il pouvait avoir de nouveau une vie sociale".
Pourtant, derrière cette image optimiste, se cache une réalité bien plus ardue. "On est dans un handicap invisible. Les choses sont plus compliquées qu'elles n'y paraissent", tempère immédiatement Sylvie. Limité par une fatigue extrême et de fortes migraines après une journée à chercher ses mots, David vit une situation complexe que Sylvie décrypte avec lucidité. "Dimanche dernier, j'ai senti sa frustration : il avait du mal à repartir au Grau-du-Roi, alors que la saison des cerises est là. Il a conscience que je porte tout cela sur les épaules, et cela lui pèse également."
Cette épreuve a aussi bouleversé la dynamique personnelle de Sylvie. Habituée à rester dans l'ombre, "dans l'observation", laissant à David le soin d'être "à la lumière", elle se retrouve aujourd'hui projetée sous les projecteurs malgré elle. "Maintenant, c'est mon téléphone qui sonne tout le temps, ce n'est plus le sien. Il faut être sur tous les fronts", décrit-elle.
Une mise en avant forcée pour cette femme qui doit désormais "mener une vie normale dans un contexte anormal", avec trois enfants, et un mari qui rentre chaque week-end, "un peu moins fatigué, avec des idées qui s'éclaircissent", mais dont le chemin de reconstruction reste long.
Le samedi 25 avril, la Manade Joubert, à Caissargues, a vibré au rythme d'une solidarité exceptionnelle. À l'initiative de la FDSEA du Gard, entre 250 et 300 personnes ont répondu présentes pour une ferrade hors norme, transformant un moment de tradition camarguaise en un puissant élan de soutien envers David et Sylvie Sève. Au-delà de la convivialité et des animations (abrivado, jeux de gardians), l'objectif était de générer des fonds pour l'exploitation familiale. La mobilisation a été totale : éleveurs, cavistes, maraîchers et riziculteurs ont fourni l'intégralité des denrées, tandis que la mairie de Caissargues prêtait du matériel. "C'est touchant et rassurant de voir qu'on a du monde derrière nous. Cela prouve que David est estimé", confie Sylvie, émue.
Le point d'orgue de cette journée fut la présence de David. En permission depuis son centre de rééducation du Grau-du-Roi, il a pu échanger par le regard et le sourire avec la foule venue l'honorer. Pour Mathieu Laurent, de la Manade Joubert, ouvrir ses portes était un devoir : "Cela montre que l'agriculture n'est pas morte et que tout le monde est solidaire." Une journée "en famille, sans protocole", qualifiée de "rayon de soleil" par Fanny Tamisier, présidente par intérim de la FDSEA.
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