BIOCIVAM 11
L'assemblée générale du Biocivam de l'Aude a dressé le bilan d'une année marquée par des avancées pour plusieurs filières et de multiples projets à venir qui redonnent un élan d'espoir.
L'assemblée générale du Biocivam de l'Aude, qui fête ses 40 ans, a réuni adhérents et partenaires pour le bilan d'une campagne dense.
© Crédit photo : AL
En 1986, Max Haefliger et quelques paysans convaincus fondaient le Biocivam de l'Aude. L'agriculture biologique était alors marginale. Quatre décennies plus tard, l'association fédère, accompagne et expérimente, toujours avec la même énergie. "Le Biocivam a grandi, évolué et a accompagné plusieurs générations de paysans. L'intuition de ses fondateurs est toujours aussi pertinente", souligne Rémi Tardieu, président actuel de l'association. Dans la salle, la diversité des interventions témoigne de la richesse des projets du territoire : pistache, laine, agropastoralisme, meunerie, restauration collective, viticulture. Quarante ans de terrain, et autant de chantiers ouverts.
La filière qui semble rayonner, c'est la pistache. La France compte actuellement 450 hectares. Le syndicat France Pistache, lui, vise les 2 000 ha d'ici 2035. Un Groupement d'intérêt économique et environnemental (GIEE) a d'ailleurs été lancé en Languedoc, pour acquérir des références techniques et envisager une marque collective. Du côté de l'élevage, un GIEE laine a vu le jour en début d'année 2026, regroupant sept à huit éleveurs, posant ainsi les premières bases d'un redéploiement dans le département. En grandes cultures, une association regroupe une dizaine de paysans meuniers produisant aux alentours de 200 tonnes de farine bio. En viticulture, une faucheuse adaptée aux inter-rangs pour coucher les couverts végétaux a vu le jour avec l'Atelier Paysan. En restauration collective, le projet 'Fantas'Scic' pousse les légumineuses bio dans les cantines...
Côté projets, l'année a été dense. Le projet 'AARC Agropastoralisme', financé par FranceAgriMer dans le cadre des aires de résilience climatique, a finalement obtenu son accord après des mois de montage avec l'Inrae et une quinzaine de partenaires. L'équipe salariée ne cache pas sa joie, mais aussi son désarroi, face à une lourdeur administrative encore bien présente.
Le Point info bio a reçu 250 personnes en 2025. Carole Calcet, animatrice, note "un regain d'intérêt pour la filière" confirmé début 2026, "notamment en circuit court". Néanmoins, les chiffres concernant le renouvellement des générations tempèrent cet optimisme. "Sur quatre personnes qui partent à la retraite, il n'y a qu'une seule ferme qui est reprise, que ce soit en bio ou en conventionnel", alerte un participant. "Les agriculteurs travaillent 50, 60, 70 heures par semaine et les jeunes n'en ont plus envie", constate un autre intervenant.
L'agriculture biologique est confrontée à des défis majeurs, notamment la réaffectation de 100 millions d'euros. Ce budget, initialement prévu par le gouvernement pour soutenir les conversions à l'agriculture biologique, est devenu un reliquat en raison d'un nombre de conversions inférieur aux prévisions depuis plus de trois ans.
"Plutôt que de réaffecter ces fonds spécifiquement à la filière bio, la décision a été prise de les redistribuer de manière générale", souligne Rémi Tardieu, ce qui est perçu par la filière comme une perte significative pour la culture biologique. Au niveau national, ces 100 M€ sont réaffectés, et au niveau régional, 40 M€ sont redirigés vers d'autres dispositifs comme les mesures agroenvironnementales et climatiques (Maec). En Occitanie, par exemple, il est estimé que seulement 15% des exploitations bio auront accès à ces aides, illustrant une dilution et une perte importantes des moyens.
Cette situation suscite une forte frustration et une profonde déception chez les acteurs de la filière, qui avaient proposé d'affecter ce budget aux mesures de maintien de l'agriculture biologique, aujourd'hui disparues. Cependant, ces propositions ont été rejetées, les autorités renvoyant à la nécessité de négocier de nouvelles mesures spécifiques au bio dans le cadre de la future Politique agricole commune (PAC).
Qu'est-ce qui explique si peu d'engouement pour s'installer en bio ? La charge de travail - souvent estimée entre 50 et 70 h par semaine - représente le facteur majeur de désintérêt pour les jeunes générations. "Ce rythme de travail intense est perçu comme peu attractif, d'autant plus que les jeunes d'aujourd'hui aspirent à un meilleur équilibre entre vie professionnelle et vie personnelle", reconnaît un agriculteur dans la salle. Contrairement aux générations précédentes, les jeunes agriculteurs ne souhaitent plus travailler dans les mêmes conditions que leurs parents, qui sacrifiaient souvent leur temps libre.
Enfin, le rapport moral pointe deux lectures contradictoires de la souveraineté alimentaire. D'un côté le souhait de relocalisation et de l'autre, un retour à une agriculture productiviste. La loi Duplomb et la réautorisation de molécules interdites est en ligne de mire de la filière. "Le patron, c'est le consommateur", résume sobrement Alain Choclazeur, agriculteur audois et défenseur de l'agriculture biologique. "Convaincre le grand public et prouver que le bio fait vivre, c'est un chantier de tous les jours", insiste-t-il. Le Biocivam entre dans sa 41e année avec des projets financés et un marché qui frémit. De quoi maintenir le cap et entre- tenir une dynamique favorable sans pour autant permettre de souffler.
POUR ÊTRE précis-
Le marché de l'agriculture biologique, après une période plus difficile, montre des signes de légère reprise. Des données récentes indiquent une augmentation d'environ 1% en 2024 par rapport à 2023. Cette croissance est principalement tirée par certaines filières. Les fruits et légumes continuent d'être des produits phares, mais de manière plus surprenante, le vin bio joue un rôle moteur dans cette reprise. La vente de vins biologiques, notamment via les cavistes, a enregistré une augmentation significative de 8% entre 2023 et 2024, contribuant ainsi à dynamiser l'ensemble du marché bio, même si en 2026, les difficultés restent toujours aussi palpables.
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