DIVERSIFICATION
S'adapter ou disparaître. En pleine crise viticole, et alors que le changement climatique bouleverse l'agriculture, il devient vital d'adapter les pratiques de production, mais pas que. Porté par la Fédération gardoise des vins IGP, un consortium d'acteurs locaux vient soutenir la réflexion autour des projets agrivoltaïques en viticulture. Un projet ancré sur les attentes du terrain, qui montre que de nouvelles formes de financement font aujourd'hui leur nid dans l'écosystème agricole.
Une enquête menée en Occitanie confirme que 65% des viticulteurs bio interrogés envisagent activement de se diversifier, tous types de diversification confondus.
© Crédit photo : CZ
"Nos anciens disaient : il faut faire des économies, car on perd une récolte sur quatre. Aujourd'hui, c'est l'inverse : on a quasiment plus qu'une récolte sur quatre." Philippe Nouvel, vigneron gardois et vice-président de la cave coopérative de Souvignargues, n'y va pas par quatre chemins pour poser la problématique qui tient éveillée nombre d'agriculteurs en France ces dernières années : le changement climatique accélère aujourd'hui la nécessaire transformation des modèles de production agricole.
"En mai, on a eu des journées à 38°C suivies d'une chute de 15°C les jours d'après. Les phénomènes sont rapides, difficiles à prévoir, de plus en plus violents." Face à cela, une seule solution pour ne pas disparaître : s'adapter. Modulation de la taille face au gel, des filets face à la grêle, l'irrigation "quand on peut". Des "petites adaptations" qui ne répondent malheureusement pas à tout, soupire le vigneron qui mène une vingtaine d'hectares de vignes et une trentaine de céréales.
Membre du Groupement d'intérêt économique et environnemental 'Abeilles, arbres, rivières des Cévennes en vigne' (GIEE 'Aarc en vigne') et du conseil d'administration de l'IGP Cévennes, il s'intéresse depuis plusieurs années à l'agrivoltaïsme et porte désormais un projet d'installation sur 4 ha de vignes, et autant sur céréales. "L'agrivoltaïsme répond pour moi à l'ensemble des phénomènes climatiques auxquels nous sommes confrontés, et peut se dupliquer sur de nombreuses cultures."
Conscient de l'existence de plusieurs opérateurs sur le marché, Philippe Nouvel cherche alors celui qui lui correspondrait le mieux. "Souvent, ils ont des solutions, mais il faut arracher avant ou alors le projet ne tient pas parce que les vignes sont orientées dans le mauvais sens." Mais il aimerait naturellement adapter le projet à l'existant plutôt que l'inverse : "Mes vignes sont aux trois-quarts récemment renouvelées. Je ne voulais pas arracher pour replanter, surtout dans la crise actuelle."
La réalité du terrain rattrape souvent les rêves des uns et des autres. C'est justement pour partir du terrain que les IGP du Gard ont voulu mettre en place une réflexion autour d'un projet de territoire, prenant en compte les réalités économiques des vignerons et la nécessaire transition environnementale. "Dans cet objectif, nous avons souhaité réfléchir à la mise en place d'un partenariat autour de l'agrivoltaïsme. D'autant que sur le terrain, nous avons une offre tous azimuts et les vignerons s'interrogent sur comment faire ? Comment choisir ?", pose le président de la Fédération gardoise des vins IGP, Denis Verdier.
Cette réflexion aboutit à la création d'un consortium aux côtés de l'AgroToulouse, la Safer Occitanie, la Chambre d'agriculture du Gard et d'Amarenco, producteur indépendant d'énergie verte via des solutions solaires photovoltaïques. Ce dernier met la fédération en relation avec Miimosa, société de financement participatif. "On sait aujourd'hui que la crise viticole oblige les vignerons à se diversifier, mais la diversification nécessite des investissements et là aussi, il faut faire preuve d'ingéniosité", souligne Denis Verdier.
Depuis dix ans, Miimosa vient dépoussiérer le financement de projets agricoles. "Les Français sont champions de l'épargne. Nous avons fait le pari de la mobiliser et de l'orienter vers l'économie réelle. Miimosa est né de cette vision", explique Florian Breton, son fondateur. L'entreprise met aujourd'hui en avant plus de 8 200 projets soutenus, 220 millions d'euros (M€) injectés dans l'agriculture - "en 2026, nous ambitionnons entre 35 et 40 M€, toutes filières agricoles et tous territoires" - et 500 000 citoyens qui ont investi dans les projets présentés par la plateforme.
"Nous sommes aux premiers rangs pour voir quels types de projets sont présentés par les agriculteurs et proposer aux épargnants différents outils de financement, du don avec une contrepartie physique (produit, visite...) ou de la dette privée par crédit, avec le financement de projets de taille supérieure, compris entre 30 000 € et 2 M€, qui s'adressent à des structures plus capitalistiques, qui veulent notamment investir dans les énergies renouvelables", confie Florian Breton (voir encadré).
C'est donc la voie du solaire et de l'agrivoltaïsme qu'a finalement choisi Philippe Nouvel, en se faisant accompagner par Amarenco. "J'ai apprécié leur approche première, où l'on a d'abord parlé de mon exploitation et de mes cultures. Et leur technologie, avec des panneaux transparents, est plus adaptée à mes vignes : ils peuvent s'installer quelle que soit l'orientation des rangs. D'autant qu'il ne s'agit pas que de panneaux, leur programme 'Echo' vient aussi accompagner mon exploitation", apprécie le vigneron. L'entreprise accompagne en effet les porteurs de projet avec un volet agroécologique important, "où l'on s'intéresse aussi à la régénération des sols, l'agroécologie, la mise en place de haie ou l'extraction de cuivre", détaille Audrey Le Galery, responsable 'Grands comptes' chez Amarenco.
"Quand on s'intéresse aux causes premières du changement climatique, la production énergétique fossile est en première ligne. Le solaire et l'agrivoltaïsme viennent sécuriser nos productions, notre revenu et permettent de produire de l'énergie propre et renouvelable. Pour moi, c'est important", complète Philippe Nouvel. "La diversification est une thématique que l'on peut élargir car le sujet est vaste. En tant que responsable professionnel, on a l'obligation de proposer des pistes pour continuer à croire en l'avenir, car cette période difficile n'est pas finie : nous n'avons pas encore stoppé la chute de consommation. Et cette démarche nouvelle s'inscrit en réponse à la société qui attend des productions propres, environnementalement bénéfiques. Quand on est capable de proposer cela, cela devient aussi un argument commercial", conclut le président des IGP gardoises.
Miimosa a révolutionné l'accès aux modes de financement, en impliquant davantage les citoyens dans des projets agricoles souvent proches d'eux. Aux premières loges, donc, la plateforme permet de suivre "les évolutions et les crises agricoles actuelles", pointe son fondateur, Florian Breton, que celles-ci soient structurelles ou conjoncturelles. Et sur la voie de la diversification en viticulture, les choses ont bougé rapidement ces derniers mois. "Nous identifions trois axes : la désalcoolisation et le développement d'outils industriels autonomes comme à la cave de Montagnac (34) ; le développement du solaire et de l'agrivoltaïsme pour abaisser ses coûts énergétiques et disposer d'un revenu locatif stable, décorrélé des vendanges, avec toujours des projets de rénovation de toiture comme à Villemoustaussou (11) ; et le développement d'outils œnotouristiques, hébergement ou restauration, tout ce qui peut soutenir le potentiel expérientiel au sein du vignoble." D'autres pistes émergent, bien que plus embryonnaires, comme celle visant à valoriser les coproduits, comme a pu le faire la Coopérative agricole Provence Languedoc (CAPL) avec sa sauce tomate façon ketchup où le sucre est désormais apporté par les raisins, ou plus récemment dans les cosmétiques - avec Phénix en Provence pour la tomate et Vaporis Angelica pour le raisin. "Miimosa vient soutenir les entreprises agricoles et les incite à capitaliser sur leur historique, et leurs actifs, en construisant des projets innovants qui viennent rendre le modèle entrepreneurial plus résilient", résume Florian Breton.
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