Var 04/04/2022
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Roselyne Gavoty, la pasionaria du rosé

Implanté à Cabasse, le Domaine Gavoty a été un des premiers à miser, dès 1985, sur le potentiel qualitatif du rosé, en Côtes de Provence. Près de 40 ans plus tard, sa dirigeante a hissé ses vins, et pas seulement les rosés, sur les cartes des plus grandes tables de France et du monde.

Roselyne Gavoty représente la huitième génération de vignerons, depuis la création du domaine par son ancêtre Philémon Gavoty. © J. Dukmedjian

Les apparences sont parfois trompeuses. Dans le cas de Roselyne Gavoty, la passion et l’engagement sont ainsi inversement proportionnels à ce que sa silhouette et sa taille pourraient laisser penser au premier abord. À 60 ans et plus de 40 vendanges à son actif au sein du domaine familial, la vigneronne de Cabasse n’a rien perdu de son mordant et de ses convictions, qui lui valent une réputation “d’emmerdeuse“ dans le milieu des vins de Provence, comme elle le dit volontiers. À une époque où le faire savoir est devenu aussi important que le savoir-faire, Roselyne Gavoty revendique un positionnement d’artisan et d’artiste, à l’opposé de la démarche “marketing“ dans laquelle certains de ses confrères se sont engagés. “Je ne juge pas leur façon de faire. Ce n’est simplement pas la mienne“, précise la dirigeante du Domaine Gavoty, qui a cru très tôt dans le potentiel du rosé de Provence, à une époque où celui-ci était associé à la période des vacances d’été ou aux restaurants de plages de la Côte d’Azur. Précisément depuis 1985, date à laquelle elle choisit de travailler aux côtés de son père, à la conduite du domaine familial.

Avec d’autres confrères – Ott, Minuty, la Commanderie de Peyrassol ou le Château de Barbeyrolles –, nous étions alors quelques-uns à estimer que ce vin avait un vrai potentiel, à condition d’être sublimé. Même si, à l’époque, les autres régions viticoles nous regardaient avec un peu de mépris“, se souvient Roselyne Gavoty. Quarante plus tard, cette mère de quatre enfants n’a en rien perdu de son attachement au rosé : “C’est mon 5e enfant. Celui qui demande le plus d’attention en matière de vinification“, estime-t-elle. Avant de nuancer : “La technique est importante, mais tout part d’abord du terroir. Et j’ai eu très tôt l’intuition que le nôtre s’y prêtait“. Cet électron libre, qui n’a pas l’habitude de mâcher ses mots, crée avec d’autres consœurs et confrères, passionnés comme elle, ‘La route du rosé’ en 1989. L’aventure se poursuivra jusqu’en 1997. “Le rôle de pionnier que cette association a joué est un peu oublié désormais“, regrette-t-elle, sans amertume.

Un blanc qui se bonifie avec les années

D’autres acteurs sont arrivés entretemps, avec une démarche marketing et en s’appuyant sur le négoce. Ils ont su positionner le rosé de Provence sur le marché français et à l’international. Ce n’est pas mon état d’esprit, mais je reconnais que ça a été bénéfique à toute la filière“, explique la vigneronne, dont 60 % de la production est en AOC Côtes de Provence. Après avoir imposé l’idée de rosés de garde, elle a su prouver aux acheteurs que son blanc se bonifiait aussi avec l’âge. L’idée vient de son père, qui plante les premières parcelles de rolle dans les années 70 : “Il existait une bonne alchimie entre le sol et ce cépage“, note-t-elle. “Le moins qu’on puisse dire, c’est qu’il n’y avait pas franchement d’engouement pour le blanc de Provence 30 ans en arrière, même si le domaine Ott était déjà précurseur sur ce point. J’ai mis quelques centaines de bouteilles de blanc de côté chaque année, parce que nous avions la chance d’avoir une cave qui s’y prêtait bien. Puis un millier et encore d’avantage par la suite“, raconte Roselyne Gavoty. “Le produit a créé la demande, plutôt que l’inverse“, estime cette dernière, qui commercialise au caveau des blancs de 2015 ou 2016 : “Ils se complexifient avec le temps. Des arômes secondaires et tertiaires apparaissent au fil des années“. Pour les rouges, la philosophie est identique, avec des millésimes conçus pour s’épanouir et donner le meilleur d’eux-mêmes dans la durée, “sans artifices et avec un minimum d’intervention“. Une exigence qui l’amène à privilégier la production de rosés plutôt que de rouges, lorsque les millésimes ne présentent pas les conditions optimales pour les commercialiser sous l’étiquette de la cuvée ‘Clarendon’, le très haut-de-gamme et la vitrine du domaine. “Notre domaine est situé dans un territoire considéré comme ‘la zone des extrêmes’, au sein de l’appellation Côtes de Provence, sur le plan du climat, comme celui des reliefs“, rappelle Roselyne Gavoty, qui se souvient, avec amertume, de récoltes pourtant prometteuses anéanties par le gel, certaines années.

Frappé de plein fouet par la crise du Covid

En 2020, ce n’est pas la météo mais la crise du Covid qui la plonge dans l’inquiétude. Le domaine réalise à l’époque 70 % de son chiffre d’affaires avec les grandes tables étoilées. “J’ai beaucoup perdu et nous avons dû vendre une partie de la récolte en vrac, presque à perte“, résume Roselyne Gavoty : “Nos clients restaurateurs ont bénéficié d’aides qui leur ont permis de limiter la casse pendant le confinement, contrairement à nous“. Elle qui avait construit son réseau de distribution, dans les années 80, en privilégiant une somme de petits clients pour diluer le risque, doit désormais trouver en urgence de nouveaux débouchés. Un confrère, adhérent comme elle de l’association ‘Rouge Provence’, la met en contact avec un importateur, spécialisé sur le marché des États-Unis en 2021 : “Cela nous a permis de limiter la casse et d’écouler une partie du millésime 2020“, estime-t-elle. L’export s’est, depuis, développé et représente désormais 25 % de l’activité – contre 15 % avant la crise du Covid –, avec quelques déconvenues : “Nous étions en expansion sur les pays de l’Est et notamment en Russie. Le déclenchement de la guerre en Ukraine est un nouveau coup dur“, reconnaît Roselyne Gavoty. Pas de quoi la décourager pour autant : “Nous avons eu, avec mon époux, des moments d’abattement passagers, lors de ces quarante dernières années. Mais j’ai aujourd’hui l’impression que toutes ces années passées à développer le domaine commencent à porter leurs fruits. Trois de nos enfants ont entrepris ou se tournent vers des études en lien avec le métier de la vigne et du vin.

Après s’y être refusée, craignant de leur laisser “un cadeau empoisonné“, la vigneronne envisage désormais de “lâcher progressivement les rênes“, pour leur laisser prendre leur place au sein du domaine et envisager une passation, à terme. 

Julien Dukmedjian

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