En 2018, l’Occitanie était la deuxième région productrice de miel, avec 4 498 t, derrière Auvergne-Rhône-Alpes.
Compliquée. C'est la tendance observée sur la saison dernière, alors que la campagne 2020 a démarré, avec plus ou moins de bonheur, selon les régions. Après une année royale en 2018, au volume de production de 27 736 t, (+ 40 % sur 2017*), les estimations d'Interapi, l'interprofession des produits de la ruche, prévoient une année en berne, autour des 16 000 t. Après le froid printanier, la canicule estivale n'aura pas épargné les essaims. En raison du contexte actuel, les données 2019 sont encore en cours d'analyse.
Les sorties d'hivernage se sont globalement bien passées, mais malgré un printemps favorable, ce début de campagne s'est heurté à la crise du Covid-19, et n'augure rien de faramineux pour les récoltes en cours en région.
Pas d'activité partielle pour les ruches
Les dérogations, prévues par la DGAL le 20 mars, ont permis aux apiculteurs de continuer les visites de ruchers, tout en pouvant transhumer, avec attestations à l'appui. Les visites dans le cadre de programmes sanitaires d'élevage, l'accueil de groupes ou les formations ont dû être reportées.
Au regard de ce printemps "curieux", presque "trop beau pour être vrai", la sortie d'hivernage a malheureusement coïncidé avec l'entrée en confinement. Apiculteur dans le Val-de-Marne et porte-parole adjoint de l'Unaf (Union nationale de l'apiculture française), Dominique Céna a constaté "le civisme des apiculteurs", notamment ceux du Grand Est, région durement touchée par l'épidémie. Lui-même a limité ses déplacements à 300 km de chez lui, en Haute-Marne, sur un rucher expérimental, seulement “deux fois durant le confinement”.
Afin d’éviter la pénurie de ressources, un apiculteur du Var a transhumé sur le plateau de Valensole (Alpes-de-Haute-Provence) juste avant la floraison des lavandes, pour préserver “la survie des cheptels en altitude”, relate Dominique Céna.
Activité plutôt solitaire présentant peu de risques, la transhumance n'a que peu souffert des contraintes liées à la crise. Apiculteur dans l'Hérault et président d'Interapi, Éric Lelong se rend chaque année dans le Tarn, et transhume souvent chez des collègues agriculteurs pour la pollinisation, en fonction de la rotation des cultures, à Montauban sur melons, à Valence pour le tournesol ou Perpignan pour le miel de garrigue. Malgré le recul, en colza notamment, aucun agriculteur n'a connu de pénuries de ruches, assure le producteur.
Report de la demande sur la grande distribution
"On avait surtout besoin que les magasins apicoles restent ouverts", afin d'éviter les risques de famine des abeilles, indique le président d'Interapi. "On a pu acheter le matériel dont on a avait besoin", hormis quelques ruptures de stocks de-ci de-là (extracteurs, cire).
Comme pour tous les agriculteurs, le principal handicap s'est porté sur l'arrêt total de la vente directe et des marchés de plein vent (33 % de la commercialisation du miel produit en France, selon FranceAgriMer). "Une catastrophe", estime Éric Lelong, qui s'interroge sur le retour des clients aux marchés d'été. Le coup d'arrêt a été en partie atténué par la forte demande auprès de la grande distribution, en particulier des acheteurs habitués à la vente directe. La consommation de miel et des sous-produits de la ruche (propolis et gelée royale) a connu un pic dès le début de la crise, suivi d'un mois d'avril plus performant par rapport à l'an dernier, d'après les retours des conditionneurs pour l'Ada Occitanie (Association de développement de l'apiculture).
En raison des stocks importants chez les producteurs, les flux seront forcément perturbés. "Après deux mois à zéro, le chiffre d'affaires perdu ne se rattrapera pas", alerte Éric Lelong. La crise économique, qui risque de se profiler, frappera-t-elle la filière à long terme, alors que le pouvoir d'achat des Français pourrait se recentrer sur des produits plus prioritaires ?
Le rapprochement avec d'autres producteurs permettrait de "réfléchir au développement de nouvelles filières de vente", selon Dominique Céna. "Pourquoi pas en Amap (Association pour le maintien d'une agriculture paysanne, ndlr)? C'est l'une des envies du consommateur." Apiculteurs, agriculteurs, mêmes combats.
Philippe Douteau
* Bilan de campagne miel et gelée royale 2018, FranceAgriMer.
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