Bouches-du-Rhône 09/07/2025
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COTEAUX D'AIX

Transformer l'épreuve en rebond

Petite récolte, grandes ambitions. Dans un contexte économique incertain, les vignerons des Coteaux d'Aix-en-Provence se mobilisent pour préserver la valeur de leur production, défendre leur nom, et poser les bases d'une transition agronomique audacieuse. En 2026, l'appellation fêtera ses 70 ans.

Olivier Nasles, Éric Pastorino, et Didier Pauriol à Lambesc, le 4 juillet dernier, lors de l'assemblée générale des Coteaux d'Aix.

© Crédit photo : ED

La récolte 2024 restera dans les annales comme la plus faible que l'appellation ait connue depuis plus d'une décennie. Avec seulement 179 000 hectolitres produits, et des rendements moyens de 47 hl/ha, les vignerons des Coteaux d'Aix-en-Provence n'avaient pas vu pareille faiblesse depuis 2013. Gel tardif, grêle et météo maussade ont rythmé une campagne viticole éprouvante. "2024 n'a été qu'une succession de calamités", résume Olivier Nasles, président de l'appellation. Pourtant, ce millésime morose masque une forme d'équilibre économique préservé.

Au total, 194 879 hl ont été revendiqués en AOP, dont une large majorité de rosé (83 %). Particularité notable : pour la première fois, les vins blancs (10 %) ont dépassé les rouges (5 %). La dynamique du blanc, moins traditionnelle en Provence, devient ainsi un levier de différenciation. Cette structuration de la production est aussi le reflet d'un marché plus exigeant. "La consommation évolue, mais le rosé n'est pas passé de mode", rappelle Olivier Nasles, qui s'agace de certains raccourcis médiatiques. À l'international, les rosés progressent encore, de concert avec les blancs et les effervescents.

Jeux d'équilibriste entre production et commercialisation

Si les volumes sont en baisse, les sorties de chais à fin mai 2025 n'enregistrent qu'un recul de 3 % par rapport à l'année précédente. Les stocks, eux, ont chuté de 21 %, un bon signe après une année de faible récolte et des mesures de distillation et de déclassement. Mais les marges restent sous pression : le prix du vrac est en baisse (188 €/hl).

Côté marchés, l'appellation des Coteaux d'Aix continue de s'appuyer sur une stratégie multicanale bien équilibrée. Ainsi, 37 % des volumes sont vendus directement par les producteurs, les 63 % restants passant par le négoce, notamment sur du vrac. L'export représente 39 % des ventes. Un chiffre important, surtout dans un contexte où les États-Unis - premier débouché - ralentissent leurs achats en attendant la décision sur les droits de douanes. Leur part dans les exportations des vins de Provence est passée de 48 % en 2019, à 37 % en 2024.

Sur le plan national, la grande distribution représente seulement 22 % des ventes pour les Coteaux d'Aix, soit moins que pour les deux autres AOP de Provence. L'appellation se distingue également par ses bons résultats dans les circuits locaux, notamment en CHR et chez les cavistes, en particulier dans les Bouches-du-Rhône. Un ancrage territorial qui renforce sa résilience.

Et les signaux sont plutôt positifs pour l'été 2025 : + 21 % en grande distribution sur le mois de juin, et + 3 % à l'export. "L'appellation s'en sort bien. Mais nous ne sommes pas dans une phase de conquête", tempère Brice Eymard, directeur du Conseil interprofessionnel des vins de Provence (CIVP). Et de prévenir : "Il faut veiller à ne pas produire plus que ce que l'on peut vendre".

Une vigilance accrue sur la gestion des volumes

Le souvenir d'une récolte généreuse, comme celle de 2023 avec ses 204 000 hl de rosé, incite les responsables de l'appellation à la prudence. Le rythme actuel de commercialisation plafonne entre 150 000 et 160 000 hl/an, bien en deçà du potentiel de production. Or, les prévisions pour la vendange 2025 sont à la hausse. Pour éviter un nouvel embouteillage des stocks, Olivier Nasles appelle à réguler les volumes : "Déclasser 40 000 hectolitres en fin de campagne ? C'est ce qui nous attend si nous ne faisons rien".

Il dénonce au passage les transferts tardifs de volumes de l'AOP vers l'IGP : 12 000 hl de rosé Coteaux d'Aix ont ainsi basculé en IGP sur le millésime 2024, par le biais de déclarations modifiées après récolte. Une pratique que le président juge contraire à l'esprit de l'AOP. "Le Code rural devrait être modifié pour interdire tout changement de déclaration après le 31 janvier suivant la récolte", souligne le président.

Des sols sous surveillance

Au-delà des volumes, c'est la durabilité de la viticulture aixoise qui est aujourd'hui en question. Les sols provençaux sont globalement en mauvaise santé, pauvres en matière organique et menacés par l'érosion. Pour y répondre, les Coteaux d'Aix souhaitent intégrer le projet collectif 'Terre Apara', lancé par les Côtes de Provence et soutenu par l'Ademe.

Ce programme vise à réaliser des diagnostics organo-biologiques des sols, et à accompagner les viticulteurs dans l'adaptation de leurs pratiques. Antoine Mathias, chargé de la transition agroécologique au sein de la fédération des AOP, résume l'enjeu : "Il s'agit de créer un observatoire de la qualité des sols pour permettre aux producteurs de se positionner". Olivier Nasles espère voir émerger deux groupes de travail pilotes, "idéalement au nord et au sud de l'aire d'appellation".

Grâce au pôle de compétence technique de la fédération, les vignerons peuvent désormais bénéficier d'un accompagnement mutualisé. Pour le président, cette fédération est "un prolongement indispensable des ODG existantes" et un outil de mutualisation face aux défis techniques, économiques et environnementaux.

Défendre l'appellation, valoriser la marque 'Provence'

Sur le front juridique, l'ODG des Coteaux d'Aix est pleinement engagé aux côtés du CIVP et de la fédération des AOP pour protéger les dénominations viticoles provençales. Sarah Brefly, en charge du pôle juridique, rapporte une activité dense. 850 dossiers ouverts depuis 2016, avec 80 % déjà clos. En mars 2025, la cour d'appel de Versailles a donné raison au CIVP contre l'office de tourisme intercommunal de Cavaillon, qui utilisait la mention 'Luberon Cœur de Provence' pour des vins rhodaniens. Un précédent qui conforte la vigilance collective.

Mais au-delà de la protection, l'heure est aussi à la stratégie de marque. Olivier Nasles fixe un cap clair : faire figurer autant que possible la mention 'Vin de Provence' sur toutes les bouteilles de Coteaux d'Aix dès 2026. Un objectif partagé avec le président du CIVP, Éric Pastorino, qui encourage les producteurs à adopter cette désignation, sans pour autant précipiter la création d'une appellation générique 'Provence' : "Il faut ouvrir ce dossier avec prudence", insiste-t-il.

La tempête n'est pas finie, mais l'équipage est prêt

Comme le rappelle Olivier Nasles en citant Churchill, "il ne faut jamais gaspiller une bonne crise". Une phrase qui résume bien l'état d'esprit des Coteaux d'Aix : malgré les difficultés, l'appellation veut tirer parti de cette période compliquée pour avancer. En étant solidaires, en s'adaptant et en préparant l'avenir, les vignerons aixois restent mobilisés. Car face aux défis climatiques, économiques et commerciaux, c'est en travaillant ensemble qu'ils pourront faire la différence. Une philosophie précieuse à l'heure où les défis s'enchaînent, et où la Provence viticole doit plus que jamais faire corps. 

Emmanuel Delarue •

Un anniversaire en ligne de mire, et une vitrine touristique à valoriser

À l'horizon 2026, l'AOC Coteaux d'Aix célébrera ses 70 ans. Reconnue en 1956 en tant que vin délimité de qualité supérieure, puis AOC, elle entend marquer le coup. "Mon rêve est de fêter l'événement sous les platanes de la bastide de Cézanne", confie Olivier Nasles, son président.

En attendant, l'année 2025 offre déjà une belle opportunité avec l'opération 'Cézanne 2025', qui devrait attirer près de 500 000 visiteurs à Aix-en-Provence jusqu'à l'automne. Une occasion rêvée pour tisser des liens entre culture, patrimoine et vins, et renforcer la présence des Coteaux d'Aix sur leur propre territoire.

Céline Zambujo •

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