PLAN 'CORBIÈRES 2030'
Un an après l'incendie qui a ravagé une partie des Corbières, l'État, les collectivités, les élus locaux et la Chambre d'agriculture ont formalisé leur engagement autour du plan 'Corbières 2030'. À Jonquières (11), la signature de la charte a surtout fait émerger une urgence commune : sécuriser l'eau pour maintenir la viticulture, relancer le pastoralisme et protéger les villages contre le feu.
À Jonquières (11), élus, représentants de l'État et acteurs agricoles ont signé la charte du plan 'Corbières 2030', un an après l'incendie qui a dévasté quelque 17 000 ha.
© Crédit photo : AL
À Jonquières, dans l'Aude, les traces de l'incendie restent visibles. Sur les 1 350 ha de la commune, environ 1 200 ha ont brûlé. Le maire du village, Jacques Piraud, rappelle le recul de l'activité agricole : près de 200 ha de vigne il y a 15-20 ans, contre 25 ha aujourd'hui, exploités par un seul viticulteur, là où ils étaient autrefois une dizaine. Dans ce village, la reconstruction ne se résume pas à réparer des équipements, elle pose une question plus large : comment continuer à vivre et à travailler dans un territoire soumis à la sécheresse, au recul de l'agriculture et à un risque incendie accru ?
La charte du plan 'Corbières 2030' doit donner un cadre commun aux actions engagées depuis le sinistre. Le maire cite les travaux sur les réseaux et un diagnostic de vulnérabilité des interfaces entre espaces habités, agricoles et naturels. De son côté, le préfet Alain Bucquet acquiesce et insiste sur la nécessité de "ne pas reconstruire à l'identique".
Un an après l'incendie du 5 août 2025, qui a ravagé au total plus de 17 000 ha dans les Corbières, le plan 'Corbières 2030' trace une feuille de route pour les 16 communes les plus touchées. Ses 19 mesures portent sur l'eau, l'agriculture, la forêt, l'aménagement et la vie locale, avec l'ambition de reconstruire un territoire déjà fragilisé avant le feu par la crise viticole, la sécheresse, le recul du pastoralisme et la baisse du nombre d'exploitations.
L'eau apparaît comme la priorité. Le plan prévoit de mieux connaître les ressources disponibles, de sécuriser les réserves et les réseaux d'irrigation, et de développer des solutions partagées entre agriculture, pastoralisme et lutte contre l'incendie. "Sans eau, il n'y a pas d'activité économique, il n'y a pas d'agriculture", résume Alain Bucquet. Les futurs projets devront toutefois tenir compte d'une ressource limitée et s'appuyer sur des données scientifiques.
Sur le volet agricole, les mesures doivent soutenir les exploitations touchées, accompagner l'adaptation du vignoble au changement climatique, diversifier les productions et redonner une place au pastoralisme. La Chambre d'agriculture, au travers de son vice-président Jérôme Barthès, demande également "une meilleure rémunération des services rendus par les agriculteurs dans l'entretien des paysages, la biodiversité et la prévention des incendies".
En forêt, les priorités concernent la remise en état des pistes, la gestion des bois brûlés, le débroussaillement et la création de coupures de combustible. L'aménagement devra, lui, mieux intégrer le risque incendie dans l'urbanisme et les réseaux. Le plan entend enfin maintenir les services, les entreprises, les filières locales et le patrimoine, afin que la reconstruction renforce durablement la capacité du territoire à faire face aux prochaines crises.
Les responsables locaux alertent sur la lenteur des procédures. Après trois années de sécheresse, André Hernandez, président de la communauté de communes du Lézignanais redoute, entre autres, "des fermetures de caves coopératives et appelle à accélérer les projets d'infrastructures". Même constat du côté de la Chambre d'agriculture, qui juge "certaines réglementations trop difficiles à mettre en œuvre, notamment sur l'eau, et soumises à de nombreuses interprétations".
Pour les agriculteurs des Corbières, l'attente est immédiate. Derrière les vœux de résilience se trouvent des hectares à remettre en production, des troupeaux à installer, des caves à maintenir et des villages à protéger. "Ce n'est pas la fin, c'est juste le début", conclut le préfet avant la signature. La suite se jouera dans les calendriers de travaux et surtout des autorisations administratives...
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