En région Paca, la culture traditionnelle du blé dur est aujourd’hui clairement en danger.
L'ensemble des opérateurs nationaux de la filière blé dur était réuni le 4 février dernier, pour la 22e journée nationale de l’institut technique consacrée à la production, à Aix-en-Provence. Dans cette grande région céréalière, la culture traditionnelle du blé dur est aujourd’hui clairement en danger. Après la réduction des soutiens européens, la filière se heurte à la difficulté de fournir les marchés, aux fluctuations des cours mondiaux, mais également aux aléas climatiques récurrents et très impactants. La rentabilité des outils de production est maintenant directement menacée par l’effritement des surfaces et la perte de volumes.
Producteurs, responsables des organismes stockeurs et transformateurs de la zone tirent la sonnette d’alarme depuis de nombreuses campagnes. La filière céréalière régionale est consciente des leviers qui peuvent permettre aux agriculteurs de se déconnecter du marché mondial. Objectifs ? Se positionner sur des niches de production et générer plus de valeur ajoutée. Mais aujourd’hui, elle peut compter sur l’action d’un partenaire de poids pour les activer.
Quatre axes stratégiques
En effet, la Région Sud a pris la mesure des problématiques qui menacent la céréaliculture de son territoire. La collectivité territoriale a travaillé, avec ses partenaires de la production, de la transformation et de la recherche et développement, sur “une déclinaison spécifique régionale du plan de filière du ministère de l’Agriculture issu des États généraux de l’alimentation“. Comme l’a expliqué Bénédicte Martin, présidente de la commission agricole, la Région Sud ne sera pas seule pour la mise en œuvre de ce plan stratégique, mais complétera les actions de l’État, de la Draaf et des interprofessions.
Le plan de filière, proposé par la Région, a été acté en décembre dernier, et Bénédicte Martin a présenté les différentes pistes de travail amorcées aux plus de 300 représentants du secteur du blé dur présents. “Quatre grands axes forment l’ossature des actions à mener dans le sud : l’adaptation de la production et l’amélioration de la compétitivité des exploitations ; l’amélioration de la résilience des exploitations aux changements climatiques ; l’amélioration de la structuration de filière et la création de valeur ; et, enfin, l’amélioration de l’attractivité des métiers et la formation“.
Sur le premier axe, “la Région n’a pas tous les leviers, notamment celui des charges, des normes, etc., mais elle peut actionner ceux qui visent à aller chercher des marges de compétitivité, comme la recherche et l’expérimentation. L’adaptation variétale est essentielle, et les programmes sur les techniques culturales, les rotations, sur le travail du sol aussi“. Dans ce domaine, la Région, qui accompagne déjà Arvalis, a l’intention de “systématiquement aller chercher à optimiser les fonds européens“.
L’accompagnement technique renforcé
La profession ne peut en effet envisager de relever les défis sociétaux et environnementaux, de produire de manière différente, et pour des signes de qualité, sans un accompagnement technique à la hauteur. Comme l’expliquait Édouard Cavalier, céréalier à Fourques (Gard) et président de l’Association blé dur développement (ABDD), “cet accompagnement technique doit être collectif ; c’est déjà le cas avec l’ABDD, qui le délivre en s’appuyant sur les diagnostics des Bulletins de santé du végétal. Il se double aussi d’un conseil individuel capable d’aller jusqu’à la parcelle, avec l’outil e-pilote développé par Arvalis“. Déjà testé, l’outil délivre, au jour le jour, un conseil très précis, et permet le suivi de l’azote et du besoin en eau des cultures, en fonction de leur stade de croissance.
La résilience des exploitations aux changements climatiques est un défi majeur pour les exploitations de la zone. Sur ce volet, la Région Sud entend notamment soutenir la filière, par le biais de la Société du canal de Provence et de son programme d’aides, adossé aux fonds européens en faveur de l’irrigation agricole. “300 projets ont été déposés et nous avons 800 millions d’euros de projets en portefeuille“, rapporte Bénédicte Martin.
Un blé dur IGP et une semoule Label rouge
Autre axe stratégique, l’amélioration de la structuration de filière et la création de valeur. La Région y a, entre autres, travaillé avec les opérateurs de l’aval et les coopératives autour de plusieurs projets de labellisation. “Nous avons rencontré Panzani et la semoulerie Bellevue de Marseille, et travaillons sur la création de valeur ajoutée par la différenciation et la qualité, avec un IGP Blé dur – dont la mission est confiée à la Chambre régionale d’agriculture Paca – et sur une semoule Label rouge“, détaille la présidente de la commission agricole.
De son côté, dans le Sud-Est, la filière du blé dur croit aussi au développement de filières à valeur ajoutée tracées et locales. Serge Vernet, président de la coopérative GPS, a fait part de la démarche dans laquelle s’inscrit l’organisme stockeur, en dépit d’un constat sur le blé dur a priori peu favorable. “La coopérative a vu sa collecte passer de 60 000 tonnes à 20 000 tonnes en dix ans. Le département des Alpes-de-Haute-Provence a vu sa sole céréalière diminuer de moitié sur la période et, à titre personnel, je cultivais 120 hectares de blé dur et n’en cultive plus que 25 aujourd’hui. Mais le local prend, et va prendre, de plus en plus d’importance chez le consommateur. Il y a là des opportunités à saisir. Toutefois, pour passer d’un marché de commodité à un marché de proximité, et être en capacité d’apporter une réponse à l’évolution des attentes du consommateur, les céréaliers doivent être accompagnés.“ Aussi, la coopérative met en place aujourd’hui, sur le blé dur mais également sur les autres cultures, une démarche de différenciation sur l’agriculture biologique, le sans gluten, le ‘zéro pesticide’, tout en accompagnant les agriculteurs vers des démarches d’entreprises Haute valeur environnemental (HVE) et Responsabilité sociétale des entreprises (RSE). “Chez les transformateurs, on est aussi convaincu que tout n’est pas perdu !“
L’évolution de la consommation, de nouvelles opportunités
Frédéric Brognart, directeur général de la semoulerie de Bellevue, a évoqué le contexte de la consommation de blé dur aujourd’hui, et ses évolutions susceptibles de générer de nouvelles opportunités pour la filière. “La remise en question des modèles de consommation, comme la livraison à domicile des repas, la restauration hors domicile et le snacking, multiplient les opportunités de développement du produit ‘pâtes’ et de produits nouveaux, dans lesquels le blé dur a toute sa place. De plus, le blé dur et la farine de blé dur sont de plus en plus incorporés dans le pain et les pizzas“, indiquait-il, poursuivant : “La gamme de produits qui s’élargit, comme les pains orientaux et d’autres spécialités, qui sont des relais de croissance à compléter, pour une recherche de valeur et de réassurance“. Les évolutions de consommation du blé dur sont réelles et au travers de la semoulerie de Bellevue, “Panzani a engagé ce travail au bénéfice de la filière“, ajoutait Frédéric Brognard.
Mais, au-delà des pâtes, il y a bel et bien des opportunités à saisir pour le blé dur, et c’est en travaillant et associant ces champs exploratoires, que la filière pourra développer de la valeur. Désormais au pied du mur, chacun semble prêt à jouer son rôle pour sortir de la spirale négative.
Emmanuel Delarue
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