Chaque année en octobre, les fêtes de la châtaigne, organisées dans les villages des Maures, viennent célébrer une production emblématique, et attirent les foules, gourmandes du fruit de l’automne et des festivités qui l’accompagnent. Collobrières a donné le ton le 14 octobre pour le premier rendez-vous de la saison. Fraîche, grillée ou en confiture, la châtaigne est reine. Et la Marrouge, variété locale, est la pépite des Maures !
Le succès des fêtes qui lui sont consacrées en témoigne. La châtaigne est une production à forte dimension identitaire dans le Var. “Dans le temps, la châtaigne faisait manger les gens . On appelait d’ailleurs le châtaignier : l’arbre à pain. Les vergers étaient plantés dans les montagnes, sur des terrains escarpés, où on ne pouvait pas cultiver autre chose”, explique René Magnetto, propriétaire de 1,5 ha de châtaigniers sur Collobrières. Dans les années 50, on récoltait encore quelque 4 000 tonnes de fruits dans le massif des Maures. La production a depuis fortement décliné. La culture étant difficile et peu rémunératrice, les vergers ont peu à peu été laissés à l’abandon.
Jusque dans les années 2000, où le Syndicat des producteurs de châtaignes du Var (SPCV) a entrepris de redynamiser la production, et de lancer un vaste programme de rénovation des châtaigneraies. Depuis 2008, avec le soutien financier de la Région, puis l’appui technique de l’ASL Suberaie Varoise, d’importants travaux d’élagage, de greffage, de débroussaillage ou d’aménagement de piste ont pu être réalisés. René Magnetto s’est engagé dans le dispositif. “Il y a toujours eu des châtaigniers dans la famille. C’est un héritage qui se transmet de génération en génération. On se doit de l’entretenir et de le faire vivre. Maintenant, c’est aux jeunes de prendre l’avenir en main”, défend le producteur. Si la castanéiculture n’a jamais été son activité principale, il s’y consacre sans compter. “C’est dans les tripes !”, lance-t-il.
Une jolie campagne malgré les difficultés
Aux Mayons, Daniel Pons a racheté des châtaigniers il y a seulement trois ans, mais partage la même passion. Retraité du bâtiment, il s’occupe de 6 ha de vergers en production labellisée en bio, avec son fils Guillaume, maraîcher sur Cogolin. Pour les Pons, la châtaigne est un revenu complémentaire. Afin de renouveler leur potentiel de production, père et fils ont engagé des travaux d’élagage et de greffage. Cette année, leurs efforts sont récompensés par une jolie récolte. “La campagne est nettement meilleure que l’an dernier, où l’on n’avait quasiment rien fait à cause de la sécheresse”, se réjouit Daniel.
Idem chez René Magnetto. “Entre les maladies, les ravageurs et la sécheresse, cela faisait des années que je n’avais pas vu une charge pareille sur les arbres”, note ce dernier. Si les pluies du printemps ont été bienfaitrices, elles ont pourtant aussi favorisé le développement de champignons... Et la pourriture sur les fruits. René Magnetto a ainsi dû jeter une partie de sa production. Un crève-cœur pour le castanéiculteur qui table sur une récolte proche des
500 kg/ha, dans la moyenne de cette campagne. Ses châtaignes sont vendues fraîches ou grillées sur les fêtes de Collobrières. “Au-delà de la perte financière, c’est dur de voir le travail d’une année gâché par tel ou tel aléa”, déplore René.
Les problématiques sont nombreuses dans la châtaigneraie. Aux aléas climatiques, s’ajoutent les maladies, au premier rang desquelles le chancre et l’encre du châtaignier, qui entraînent le dépérissement des arbres, mais aussi les ravageurs dont le cynips, aujourd’hui sous contrôle grâce à la lutte biologique. L’introduction et l’acclimatation dans les Maures de Torymus sinensis, prédateur du cynips, permettant de contenir le ravageur.
Relever le défi de la modernité
“Malheureusement, malgré tous nos efforts, la production reste aléatoire. On ne maîtrise pas grand-chose, on subit trop d’aléas. Il y a 30 ans, on produisait encore une tonne à l’hectare. Aujourd’hui on doit se satisfaire de 400 à 500 kg/ha”, résume Nadine Allione, présidente du SPCV. Pour la castanéicultrice, la filière est aujourd’hui à un tournant majeur, et il est temps de franchir un cap. “Il faut passer de la castanéiculture traditionnelle actuelle à une castanéiculture moderne, avec des plantations à plat de variétés résistantes et irriguées. Sans délaisser notre châtaigneraie traditionnelle, il est indispensable d’ouvrir de nouvelles voies. Les seuls territoires capables d’assurer une production rentable et durable aujourd’hui sont ceux qui plantent, et qui maîtrisent la culture”, plaide Nadine Allione.
Le syndicat travaille aussi sur la valorisation du fruit et la structuration de la filière, notamment via la marque collective “Châtaignes et marrons du Pays des Maures”. Pour la présidente des producteurs de châtaignes du Var, il faut aller plus avant, et s’engager vers un signe officiel d’origine et de qualité de type IGP, AOP ou Label rouge.
C’est d’ailleurs sous l’impulsion du SPCV qu’est née la SARL “Esprit Châtaignes”. “La société a été créée par cinq producteurs pour pallier le manque de structures de transformation et de commercialisation de la châtaigne tracée. Elle offre aux producteurs une alternative à l’industrie de confiserie pour mieux valoriser les fruits varois, et développer la filière sèche à travers des produits comme la farine, la bière, les pâtes, la brise, les châtaignons, les biscuits, mais aussi aujourd’hui les marrons confits”, explique Nadine Allione. “Nous avons l’avantage d’avoir une variété locale exceptionnelle, avec de grandes qualités gustatives, qui se décortique et se sèche très bien”, défend-elle encore.
Avant de conclure : “Nous sommes encore dans une économie de cueillette, qui ne profite pas aux producteurs, et qui ne nous permet pas de porter de véritables projets de développement. Il faut prendre le train de la modernité et soutenir la jeune génération, car c’est elle qui détient les clés de l’avenir de la castanéiculture varoise.”
Gabrielle Lantes
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