VITICULTURE
Face à une viticulture en crise, trois sénateurs sillonnent les vignobles dans le cadre d'une mission d'information nationale. Objectif : écouter les acteurs de terrain et faire émerger une stratégie collective de relance. Le point avec l'Audois, Sébastien Pla.
Parallèlement à la mission sénatoriale en cours, une nouvelle loi sur les friches viticoles a récemment été promulguée. "Jusqu'ici, il fallait une procédure pénale, aujourd'hui ce sera une amende administrative", explique Sébastien Pla, sénateur de l'Aude. Elle vise à endiguer la prolifération de maladies comme la flavescence dorée.
© Crédit photo : Sébastien Pla
La viticulture française n'est pas morte, mais elle étouffe. Parlementaires, viticulteurs et organismes agricoles unissent leurs voix sur une mission d'information d'ampleur nationale. Daniel Laurent, Henri Cabanel et Sébastien Pla, sénateurs issus de territoires viticoles (respectivement Charente-Maritime, Hérault et Aude) entreprennent un tour de France des vignobles pour écouter les acteurs de la filière et identifier les leviers de relance. "Ce que l'on demande, c'est que chacun fasse sa propre autocritique de ses propres problèmes, soit capable de nous dire ce qui compte, ce qui va et ce qui ne va pas. Et ensuite, essayons de construire ensemble une véritable stratégie de développement économique autour de la viticulture pour la France", explique Sébastien Pla. Une initiative saluée pour son ambition et sa liberté de ton. "Ce n'est pas pour faire un énième rapport qui finira sur une étagère", affirme-t-il d'emblée. "Si on doit sortir un rapport, il faut que derrière il y ait des effets."
Depuis 2019, la viticulture française fait face à une accumulation de crises : sanctions américaines liées à l'affaire Airbus-Boeing, pandémie de Covid-19, aléas climatiques, inflation galopante des intrants et incertitudes géopolitiques. "Tous les curseurs, depuis maintenant cinq-six ans, sont négatifs pour la filière viticole", résume le sénateur. Même dans les bastions historiquement solides comme la Bourgogne ou Bordeaux. "On est capable de produire des vins de qualité, mais les marchés ne suivent plus, surtout pour les rouges." La baisse de consommation n'est pas une fatalité, mais plutôt le fruit d'une mutation du marché et donc des consommateurs. Pour le sénateur, "il faut être capables d'aller chercher le marché export en étant mieux organisés, mieux équipés, plus compétitifs, afin d'éviter de diluer les moyens et en étant plus audibles et plus efficaces".
Il estime toutefois que l'État ne doit plus soutenir la filière sans contrepartie. "Il y a des aides publiques, énormément, mais il faut qu'elles soient conditionnées à une stratégie commune." Dans un contexte de raréfaction d'argent public, "continuer à planter pour faire de la taille rase, pour surproduire en n'étant pas capable de vendre parce qu'on est sur des segments de prix de vente concurrentiels avec notamment l'Espagne, pour derrière demander la distillation, ce n'est pas tenable", précise le sénateur audois. En ce qui concerne l'image, il point du doigt l'absence de coordination dans les actions de promotion à l'international : "Je n'ai rien contre les appellations au contraire, mais à ce jour, il n'y a pas de marque France."
Avant de pouvoir construire une marque nationale, encore faut-il que chaque région viticole puisse répondre à ses problématiques propres. Loin de manquer d'idées et d'ambition, sur le terrain, les acteurs constatent surtout des blocages administratifs persistants. À commencer par des mesures concrètes sur la gestion de l'eau pour la viticulture méditerranéenne, particulièrement exposée aux sécheresses.
"Il faut pouvoir stocker l'eau excédentaire pour la redistribuer quand on en a besoin, c'est une question de survie", assure Sébastien Pla. Les projets sont là, les infrastructures sont parfois existantes, mais les freins réglementaires demeurent. "On a un ancien pipeline à gaz énorme inutilisé entre Narbonne et Perpignan qui pourrait irriguer le secteur de Leucate jusqu'aux Pyrénées-Orientales. Pourquoi ne pas l'utiliser pour transporter de l'eau ?", suggère le sénateur.
Ces projets potentiels d'irrigation ou de réutilisation d'eaux usées quels qu'ils soient - forages comme retenues -, stagnent dans les tiroirs de l'administration. "Il faut parfois plusieurs années pour qu'un projet voit le jour. C'est beaucoup trop long." Ce retard finira peut-être par coûter cher, alors pour espérer pouvoir faire bouger les choses, "nous devons faire front commun auprès des politiques, qui ont parfois peur de se lancer, car la filière ne peut pas y aller toute seule", ajoute-t-il reprenant ensuite l'expression de George Frêche : "C'est à chasser en meute que l'on s'en sortira."
La mission insiste sur la nécessité de reconnaître la spécificité des régions les plus exposées au changement climatique. "Le Sud doit devenir un laboratoire", défend l'Audois. L'épisode récent des incendies à Narbonne illustre cette urgence. "Le feu s'est arrêté parce qu'il y avait des vignes." Une viticulture active, qui maintient l'emploi et les paysages est donc aussi un enjeu de sécurité environnementale et sociale. Les Paiements pour services environnementaux (PSE) pourraient être mobilisés afin de favoriser et maintenir ce service. "Ce n'est pas un concept écologique abstrait. C'est une réalité, un agriculteur entretient l'espace, prévient les incendies et stocke du carbone." Selon lui, l'accompagnement public devrait tenir compte de cette réalité, comme cela se fait déjà dans d'autres zones rurales sensibles.
La question taraude le sénateur, mais ne trouve que bien peu de réponses. "Quand une bouteille vendue 2,50 € au producteur se retrouve à 12 ou 14 € chez le consommateur, on est en droit de se demander qui capte la valeur ajoutée", interroge-t-il. Sur ce point, la mission propose plus de transparence au travers un dialogue ouvert avec toutes les parties prenantes. Une question légitime, notamment au constat des efforts réalisés par la viticulture languedocienne : "En Languedoc, on traite moins qu'ailleurs. C'est une viticulture très vertueuse. Et pourtant, elle reste moins bien valorisée que celle d'autres régions." Une distorsion qui interroge et qui pose les faits clairement : la qualité environnementale ne se traduit pas automatiquement par une bonne rémunération.
La mission sénatoriale doit se terminer à l'automne, avec la remise d'un rapport qui pourrait servir de base à un projet de loi ou à des amendements budgétaires. "Pour l'heure, les retours sont intéressants et tous vont dans le sens du collectif", assure Sébastien Pla. Rendez-vous dans quelques mois donc...
POUR ÊTRE précis-
Cette mission sénatoriale a une portée inédite : "Nous avons une liberté totale. Nous ne sommes pas enfermés dans un angle précis. On peut travailler sur tout : climat, fiscalité, relations commerciales, Europe, santé publique", expliquent les sénateurs. Ils rappellent que, contrairement aux députés, ils ne sont pas soumis aux mêmes échéances électorales. "Nous avons le temps de faire un vrai travail de fond." Cette liberté se traduit dans la méthode : auditions sans filtre, anonymes si nécessaire, et contacts avec l'ensemble des acteurs, y compris les plus critiques. "Nous allons auditionner Santé publique France. Il faut mettre les sujets sur la table, y compris celui de la stigmatisation de la consommation de vin", assure le sénateur audois.
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