FIGUES DE SOLLIÈS
La récolte de figues a débuté tôt et fort cette année dans le secteur de Solliès, compliquant la tâche des producteurs, des cueilleurs et des équipes commerciales de la Copsolfruit. Si la qualité est belle, avec des taux de sucre record, les volumes ne seront pas au niveau espéré, en raison des conditions météo qui ont impacté les calibres et des dégâts causés par la cochenille.
Malgré les aléas, les volumes de figues devraient être similaires à ceux de l'an dernier.
© Crédit photo : GL
La récolte de figues est exceptionnelle à plus d'un titre dans le Var. D'abord par sa précocité inédite sous l'effet des fortes chaleur de l'été. Les premiers fruits ont été ramassés dès la fin du mois de juillet en figue traditionnelle, et à partir du 11 août en AOP Solliès, avec environ 15 jours d'avance sur la précédente campagne, déjà précoce. "Ça n'était jamais arrivé, on a trois semaines à un mois d'avance par rapport à la moyenne des 30 dernières années", note Cyril Kointz, responsable technique de l'AOP Figue de Solliès et technicien qualiticien de la Copsolfruit.
Et il a fallu faire face à un pic de production dès la première quinzaine d'août, sous un soleil de plomb qui a imposé de commencer les chantiers de récolte plus tôt. "Le mois d'août a été compliqué. Les cueilleurs ont l'habitude d'arriver plus tard dans la saison et les conditions de travail ont été rudes. Mais on s'est adapté", souligne Daniel Suzanne, producteur et président du Syndicat de défense de la Figue AOP de Solliès.
Commercialement aussi, le calendrier a été bouleversé. "On avait sensibilisé les clients en amont mais beaucoup étaient en vacances, les MIN sont très calmes à cette période. Et puis, pour le consommateur, la figue est un fruit de rentrée, et il est très difficile de changer les habitudes de consommation. Il a fallu batailler, mais on a réussi à faire face avec un volume pourtant important", indique Mickael Garçon, directeur adjoint de la Copsolfruit. La coopérative fruitière a également dû anticiper le recrutement des 60 à 100 personnes qu'elle emploie pendant la saison.
Le climat a aussi joué sur la qualité de façon assez remarquable. Les taux de sucre des fruits ont battu des records en août. "On était à 20° Brix en début de saison en figue de bouche et on a atteint 25° Brix en figue d'industrie, c'est du jamais vu", commente Cyril Kointz. Qualitativement, cette campagne est donc plus que satisfaisante. Les conditions météo ont malheureusement impacté négativement les calibres. "Malgré les précipitations de l'automne et de l'hiver, malgré l'irrigation, la sécheresse de surface est intervenue rapidement. Et il a fait tellement chaud qu'il y a eu une période où les fruits ont mûri, mais pas grossi. Ça a entraîné le déclassement d'une partie des fruits trop petits pour le fruit de bouche en AOP. Heureusement, ça s'est rafraîchi, les calibres repartent à la hausse, il y a encore des figues sur les arbres et la récolte est plus linéaire", explique le technicien de la filière.
Les petits calibres du début de campagne ont ainsi entamé un beau potentiel de production. Et c'est maintenant les répercussions de la cochenille du figuier qui inquiètent les producteurs. "à l'échelle de la filière, il y en a moins que l'an dernier, sa présence est plus localisée. Mais là où elle est, elle fait du dégât. Certains vergers sont très impactés, il va y avoir de la perte", observe Cyril Kointz. Avant de développer : "L'essaimage du mois de juin a été contenu, mais à partir du 14 juillet, elle a explosé à vitesse grand V. Les conditions météo entrent forcément en ligne de compte, mais il y a aussi un facteur chance selon que des prédateurs du ravageur sont présents ou pas."
Daniel Suzanne fait partie des malchanceux. "Il y a des endroits où c'est la catastrophe, on est débordé. La fumagine se développe et la cochenille migre sur les fruits. Vu l'énergie et les moyens mis en œuvre, c'est un crève cœur de voir ce résultat", déplore le président de l'AOP Figue de Solliès, qui n'en dort plus de la nuit. Chez lui, il estime que les pertes pourraient être de l'ordre de 30%.
Alors que la mouche et le charançon noir du figuier se sont montrés discrets cette année, la cochenille est une problématique de plus en plus prégnante. Et les solutions de lutte disponibles sont jugées insuffisantes. "Malgré les traitements, on n'arrive pas en s'en défaire. Les essaimages durent trop longtemps et la bestiole n'y est sensible qu'à un certain stade. On n'a pas de produit systémique véritablement efficace. On travaille avec un produit de biocontrôle dont l'efficacité est discutable et sur lequel on est limité à cinq passages", éclaire Daniel Suzanne. "De plus, c'est un produit de contact qui agit par étouffement, et la structure des figuiers rend son application difficile. Même à la lance, ce qui ne serait économiquement pas viable, ce serait compliqué", précise-t-il. Afin d'accompagner les arboriculteurs, le Syndicat de la Figue de Solliès a engagé la réflexion sur la qualité de la pulvérisation.
Pour l'heure, la cochenille va compliquer la fin de récolte. "Il va falloir bien organiser les chantiers et le tri avec les cueilleurs", insiste Daniel Suzanne. "Derrière, on va tailler sévère pour enlever le plus de bois ravagé, et faire des traitements d'hiver si les conditions météo le permettent. En espérant qu'on ait assez de froid pour contrarier le ravageur", complète-t-il.
"Au final, cette saison - qu'on aurait pu croire exceptionnelle au regard du potentiel de fruits de départ - risque de ne pas être terrible, entre les fortes chaleurs qui ont réduit les calibres et la cochenille. Ce sont des pertes de volumes qui seront un manque à gagner en termes de revenu pour les producteurs", résume Daniel Suzanne. Alors que la récolte est toujours en cours, la filière table sur des volumes similaires à l'an dernier, en AOP comme en figue traditionnelle. Reste encore à voir si la campagne finira comme elle a commencé : précocement.
ZOOM sur...-
Détecté en 2019 sur l'aire d'appellation de la Figue de Solliès, le charançon noir reste localisé sur la Vallée de Sauvebonne, mais est néanmoins toujours sous surveillance.
Le programme de recherche porté par le Syndicat de l'AOP est en cours de finalisation et doit aboutir à la mise en place d'un protocole de lutte en 2027.
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