TOMATE
L'Unité de pathologie végétale de l'Inrae d'Avignon explore une voie originale pour se passer de produits phytosanitaires sur tomate. En combinant résistances variétales, régime azoté contrôlé et stimulateurs de défenses naturelles, les chercheurs tentent de renforcer l'immunité des plantes face au mildiou et à l'oïdium. Premiers enseignements d'un chantier scientifique prometteur.
Les chercheurs testent depuis 2024 l'effet de trois leviers agroécologiques sur deux maladies redoutables de la tomate.
© Crédit photo : M. Plassart
Au cœur des serres expérimentales de l'Inrae à Avignon, un vent de changement souffle sur les pratiques phytosanitaires. L'objectif est de réduire drastiquement, voire d'éliminer, l'usage des pesticides de synthèse, en misant sur des solutions combinées et durables. L'unité de 'Pathologie végétale' (PV), avec le soutien d'autres partenaires du projet 'CapPhyto' (Aprel, GAFL, ISA, A2M, PSH), mène des travaux de recherche appliquée sur la tomate, culture emblématique mais sensible, notamment face au mildiou (Phytophthora infestans) et à l'oïdium (Oidium neolycopersici).
Sous la bannière du 'WP3 - tomate', les chercheurs testent depuis 2024 l'effet de trois leviers agroécologiques sur ces deux maladies redoutables, la résistance variétale, la modulation de la nutrition azotée, et l'utilisation de Stimulateurs des défenses naturelles des plantes (SdP). Et les premiers résultats sont prometteurs.
"Nous avons voulu aller au-delà de l'approche monofacteur pour évaluer l'effet combiné de ces leviers dans un système agronomique réaliste", explique Clémence Guèze, chercheuse à l'unité PV. Deux variétés de tomates ont été mobilisées : la variété Dossimo, sensible aux pathogènes, et la variété Diamandia, porteuse d'une résistance partielle au mildiou. En parallèle, un stimulateur de défenses naturelles, le SdP, a été appliqué à plusieurs reprises durant le cycle de culture. Enfin, une stratégie de stress azoté a été introduite, avec une période de carence contrôlée (0 millimolaire d'azote) entre octobre et novembre.
Ces essais factoriels, menés sous tunnels plastiques dans des conditions proches du terrain, ont mobilisé huit modalités expérimentales combinant les différents facteurs. Chaque modalité a été testée sur 10 plantes, réparties dans 8 blocs expérimentaux, soit 80 plantes par variété, sur un total de près de 270 individus.
Le premier enseignement de l'essai d'automne 2024 centré sur le mildiou est que l'interaction des leviers fonctionne. L'analyse des nécroses sur tiges, principal indicateur de nuisibilité, révèle que l'application du SdP réduit significativement la progression des symptômes, aussi bien chez la variété sensible que résistante. "C'est un résultat très encourageant, car cela montre que la stimulation des défenses peut renforcer l'immunité, même chez les plantes déjà génétiquement armées", souligne la chercheuse.
De manière plus surprenante, le stress azoté semble conférer à la variété Diamandia une résistance accrue. Mais cet avantage sanitaire a un coût : la carence en azote ralentit la croissance des plantes et affecte leur rendement. Les données de récolte montrent en effet une baisse nette du poids total des fruits sur les modalités stressées, même si l'effet est en partie compensé par l'apport du SdP.
"Chez Diamandia, le produit SdP semble aider la plante à surmonter le stress nutritionnel, en réactivant les mécanismes de croissance. Ce n'est pas le cas chez Dossimo, qui reste pénalisée dans cette situation", précise Clémence Guèze.
En termes de rendement, les moyen- nes restent globalement comparables entre les différentes modalités, mais les écarts-types sont importants, notamment chez la variété sensible. "Cela reflète une forte variabilité de réponse, typique des systèmes biologiques en transition, où les effets peuvent être amplifiés ou gommés selon les micro-conditions environnementales ou physiologiques", analyse l'équipe.
Malgré ces variations, l'un des grands enseignements de cette phase expérimentale est que la combinaison des leviers ne nuit pas à la production. Mieux ! Dans certaines configurations, elle permet de concilier protection phytosanitaire et maintien des rende- ments.
Fortes de ces premiers résultats, les équipes s'apprêtent à poursuivre les expérimentations en conditions contrôlées, avec un second essai mildiou à l'automne 2025 et un test sur l'oïdium prévu pour le printemps 2026. À terme, des essais systèmes chez des producteurs partenaires de l'Aprel permettront de confronter ces stratégies combinatoires à la réalité de l'agriculture maraîchère provençale.
"Nous avons encore beaucoup à apprendre sur les interactions entre ces leviers, en particulier sur la manière dont le stress azoté peut activer certaines voies métaboliques de défense", reconnaît Clémence Guèze. "Mais nous avons déjà une base solide pour construire des itinéraires techniques plus résilients, plus sains, et alignés avec les objectifs de réduction des intrants."
Dans un contexte où la pression sociétale et réglementaire pousse vers des agricultures décarbonées, sans résidus et respectueuses des écosystèmes, ces travaux expérimentaux ouvrent une voie précieuse. Celle d'un'zéro phyto' crédible, rigoureux, et fondé sur une compréhension fine des processus biologiques.
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