Aude 16/06/2023
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Vignerons indépendants : s'adapter pour mieux rebondir 

L'assemblée générale des Vignerons indépendants de l'Aude est le moment fort de l'année. L'occasion de faire le point sur les sujets bloquants, mais également sur les réflexions qui peuvent égayer une filière viticole qui en a bien besoin.  

Alexandre They, président des VI de l'Aude, rappelle que "les crises vont être récurrentes et que le marché ne sera plus jamais linéaire comme il l'a été durant longtemps". 

© Crédit photo : AL

Ça commence par des coups de gueule, et ça se termine par du pragmatisme. Tel est le métronome de l'assemblée générale annuelle du Syndicat des Vignerons indépendants de l'Aude, qui s'est déroulée, le 8 juin dernier, au centre culturel de Ferrals-les-Corbières. Les vignerons, qu'ils soient en bio, en HVE ou en conventionnel subissent tous le même sort. "Cette confrontation entre pratiques, labels et marques nous plonge dans une confusion qui sclérose l'unicité de notre métier", explique Roland Coustal, vice-président du syndicat.

L'heure est donc à l'union, bien loin des préjugés et des dogmatismes. Faire face, ensemble, aux préoccupations qui occupent la filière viticole est donc une priorité absolue, afin de pouvoir surmonter et s'adapter à ces temps difficiles. Serge Serris, vice-président du syndicat, voit dans cette détresse "une formidable opportunité pour hisser notre production au rang des plus grands".

Faisant l'éloge des innombrables atouts que possède la région, il ne manque pas de remettre en question certaines faiblesses. "Le Conseil interprofessionnel des vins du Languedoc (CIVL) ne doit pas rester sur ses acquis des 20 dernières années. Il doit évoluer, comme nous tous, et tout ce qui nous entoure." Additionnant le manque flagrant de maisons de négoce, qui sont un relais indispensable de la production vers la distribution, Serge Serris souligne que "le déséquilibre que cela engendre pour notre bassin et la déficience d'analyse ne nous permettent pas d'avoir une orientation claire sur le type de production demandé". Pour ce dernier, il serait bénéfique d'être force de proposition pour prioriser les actions afin d'être plus performant et plus compétitif vers le grand export. "Il existe une ligne budgétaire 'promotion aux pays tiers' qui devrait être plus conséquente financièrement, et avec un accès beaucoup plus simplifié pour que le plus grand nombre puisse y prétendre."

Sur cette proposition, Catherine Bossis, conseillère régionale, rebondit en citant le nouveau contrat de filière que la présidente de Région, Carole Delga, doit bientôt annoncer. Ce contrat, tant attendu par la profession, apportera une plus grande facilité pour l'accès à l'export. Toujours est-il que, pour mieux comprendre les évolutions et les demandes du marché, il est primordial d'avoir une feuille de route ambitieuse. 

Les PGE au chevet des vignerons 

"Nous défendons notre programme depuis octobre dernier, afin de consolider cette filière stratégique pour notre pays, notre région et notre territoire", assure Jean-Marie Fabre, président des Vignerons indépendants de France. Et pour cause. Avec 40 milliards d'euros de chiffre d'affaires, 18 milliards d'euros à l'export et 15 millions d'euros d'excédentaire brut, "seule l'aéronautique française fait mieux".

Au vu du poids que représente le secteur, le président estime que, "alléger et oxygéner la trésorerie des agriculteurs est une priorité". Dans le monde de la viticulture, les Prêts garantis par l'État (PGE) représentent 1,4 milliard d'euros et les Vignerons Indépendants en détiennent 80 %. "Cette proportion met certaines entreprises dans une grande difficulté avec les charges qui augmentent et les commercialisations qui ont chuté." Durant le salon de l'agriculture, le président de la République a jugé opportun le dispositif de l'étalement de la dette, en substituant le PGE en prêt bonifié, confie Jean-Marie Fabre. "Il ne s'agit pas de se soustraire à la dette, mais de l'étaler dans le temps pour continuer à être les premiers employeurs du secteur et maintenir une bonne dynamique."

Le président met l'accent sur les trois grands axes du syndicat, à commencer par l'évolution des pratiques agronomiques avec l'agroécologie comme porte-étendard. "C'est par la matière organique et l'état de nos sols que nous réglerons la problématique de la captation du carbone, mais aussi le stockage de la ressource en eau", rappelle-t-il. Une architecture nouvelle est également attendue au niveau de l'assurance multirisque climatique. "La référence historique est un véritable frein", constate-t-il. À ce jour, à peine 59 % des entreprises agricoles sont assurées. "Nous demandons au ministre de réformer ce système, car il y a urgence."

"La référence historique est un véritable frein"

Avec un milliard d'euros débloqués pour répondre au gel historique de 2021, "cette somme doit être mise en œuvre maintenant pour protéger les cultures afin de diminuer les impacts de ces dérèglements". Le président appelle également à une résilience économique par le recalibrage des volumes ou des surfaces de production, là où cela s'avère nécessaire. "Certains opposent les stratégies de court terme via le meilleur calibrage des volumes et l'investissement capital des parts de marché. Ceux-là devront être comptables des conséquences destructrices que cela va engendrer sur le marché et les entreprises agricoles", tacle-t-il.

Justifiant que les vins à la distillation n'ont pas de marché et ne sont pas retirés, "opposer gain de part de marché et soustraction des volumes, c'est prendre la problématique par le mauvais bout", considère-t-il. C'est également la vision que partage Alexandre They, président du Syndicat des Vignerons indépendants de l'Aude, qui considère la distillation comme "un mal nécessaire". Un vote est attendu en début de semaine prochaine concernant la distillation pour voir les modalités d'application avec l'acte délégué et les engagements qui suivront avant la fin du mois de juin.

Suivre le marché 

En 2022, la valeur des exports mondiaux atteignait le plus haut niveau jamais enregistré, avec 7,3 millions d'hectares et 258 mil- lions d'hectolitres. L'Union européenne, avec 111 millions d'hectolitres, représente 50 % de la consommation mondiale de vin (elle en représentait 60 % en 2000, ndlr). La France se positionne comme le plus gros consommateur en Europe, avec 25 millions d'hectolitres, et le premier pays exportateur avec 12 milliards d'euros. Les plus gros importateurs étant les USA, le Royaume-Uni et l'Allemagne avec 40 % des importations mondiales. La France, quant à elle, a importé 6 millions d'hectolitres de vin en 2022, dont 75 % des volumes en vrac. "La filière évolue et se repositionne très rapidement sur les marchés", explique Jean-Luc Fabry, directeur du syndicat.

Même si la déconsommation est sur toutes les lèvres, ce phénomène n'est pas totalement nouveau. "Dorénavant, la seule image du vin français n'est plus suffisante pour conquérir de nouvelles parts de marché", partage-t-il. En revanche, de nombreuses études montrent que la qualité est de plus en plus recherchée par les consommateurs. "Les ventes dans les secteurs que vous maîtrisez, comme les CHR, chez les cavistes, aux caveaux ou à l'export, même si cela demande du temps, des compétences et de l'argent, sont mieux valorisées qu'ailleurs." À l'heure où 7 Français sur 10 déclarent s'informer davantage sur la composition du vin et sa production, et où la bière prend de plus en plus place, "nous devons être de plus en plus imaginatifs et actifs en matière de promotion". 

Anthony Loehr •

IL a dit -

Alexandre They, président du Syndicat des Vignerons indépendants de l'Aude

Alexandre They rappelle l'importance d'adaptation des AOP et des IGP. "Ces idées sont une richesse française que nous devons protéger, mais elles ne doivent pas être figées dans le marbre. Elles doivent être en capacité d'évoluer, non pas dans leur identité, mais dans leur adaptabilité. Ces outils doivent être en mesure de fournir des possibilités à la production ou au cadrage, pour être au plus proche de la demande du marché." Certes, le Plan horizon 2035 dessinera la stratégie nationale du vignoble mais, comme le rappelle le président, "certains dossiers sont contraints par le temps et doivent être réformés rapidement".

Anthony Loehr •

La pluie grâce aux plantes ? 

"Loin de moi l'idée de vouloir opposer les systèmes, il faut aller vers une meilleure compréhension de la vie de nos sols qui peut nous apporter des réponses aux difficultés qui sont les nôtres", reconnaît Jean-Marie Fabre, président national des Vignerons indépendants. Marc Fesneau, ministre de l'Agriculture s'appuie actuellement sur les conseils de trois agronomes de renom, qui sont Konrad Schreiber, Marc-André Selosse et Laurent Denise. Ce dernier défend un modèle alternatif sur la compréhension du cycle de l'eau, qui a été validé par Inrae via un rapport récent. "Ce constat défend que plus de 70 % de l'eau qui tombe provient de l'évapotranspiration des plantes. L'océan, quant à lui, représente les 30 % restants." Ce qui veut dire que plus le milieu est "vert", plus les pluies sont présentes grâce à leur fonction naturelle d'évapotranspiration. "Deuxième constat, des essais ont démontré qu'un enherbement piloté utilise de l'eau quand la vigne est en dormance et la restitue quand la vigne en a besoin, alors que le couvert naturel fait tout l'inverse", conclut le vigneron de Fitou. 

Anthony Loehr •

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