Occitanie 23/11/2023
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Vignerons coopérateurs d'Occitanie

"Il y a une situation économique et sociale catastrophique à certains endroits"

Le monde viticole a de nombreux défis à relever. Pour Ludovic Roux, président des Vignerons coopérateurs d'Occitanie, la profession doit s'adapter et être aidée.

"Il y a une part de défis qu'il nous appartient de relever, nous devons en être conscients", rappelle Ludovic Roux, président des Vignerons coopérateurs Occitanie.

© Crédit photo : DR

Ludovic Roux, président des Vignerons coopérateurs d'Occitanie, fait le bilan de la récolte 2023, et détaille les revendications des coopérateurs à la veille de la manifestation viticole de samedi 25 novembre, à Narbonne.

Quel est le bilan que vous tirez de la récolte 2023 ? 

Ludovic Roux : "Nous sommes sur une petite récolte, avec en moyenne moins de 25 % sur l'Occitanie. Cela fait plus de 60 ans que nous n'avions pas connu une aussi faible récolte au niveau mondial. Mais c'est hétérogène. Il y a des secteurs qui ont été très touchés par le trop d'eau au printemps et qui ont eu des maladies, notamment le mildiou dans l'ouest de la région. Il y a aussi le phénomène, un peu nouveau, de la sécheresse hivernale. Il n'a pas plu de tout l'hiver dans certaines zones, ni au printemps, donc des vignes sont en train de mourir. De mémoire d'homme, c'est du jamais vu des vignes qui meurent de sécheresse. Enfin, il y a des endroits où il a plu au printemps, mais pas en hiver, donc ils ont eu une moitié de récolte."

Petite récolte, mais grande qualité ?

L.R. : "Oui, c'est une année exceptionnelle au niveau qualitatif. L'Occitanie va sortir de grands vins. Je pense que le millésime 2023 sera un grand millésime qui sera retenu dans les années à venir comme tel. Les vins ont une belle expression aromatique, les blancs et les rosés sont très frais. Nous sommes au début de la découverte des rouges, mais nous sentons déjà qu'il y a quelque chose d'assez remarquable."

Quels sont les enjeux pour l'année 2024 ?

L.R. : "Il y a la nécessité de garder espoir pour avancer. Nous démarrons la campagne avec des disponibilités qui sont à peu près normales, grâce à la distillation et à la faible récolte, donc il ne devrait pas y avoir d'affolement sur le marché. Après, normalement, une génération viticole a souvent un grand défi à relever. Là, nous en avons trois."

Lesquels sont-ils ?

L.R. : "Nous allons devoir nous adapter au dérèglement climatique, qui est incontestable. Pour relever ce défi, il faut investir et croire en la recherche. Donc il faut accentuer le travail déjà mené. Il faudra peut-être retravailler avec les porte-greffes oubliés, et évidemment avec les cépages tolérants. Mais pour tout ce qui est végétal, en viticulture, il faut au minimum une génération pour que l'impact soit observable, c'est du très long terme. Donc pour avoir des effets rapides, il faut aussi travailler les méthodes culturales. Cela peut aller de moins écimer les vignes jusqu'à l'agroforesterie. Il y a tout un tas de méthodes à adapter à chaque terroir. 

Nous savons également que l'eau tombera à peu près autant qu'avant, mais à des moments imprévus et de façon très massive. Nous prônons donc la gestion de cette eau.  Le second grand défi est de baisser notre impact environnemental. Notre région est plutôt en avance, avec 20 % de bio et énormément de vignerons certifiés en HVE ou Terra Vitis. Il faut là aussi s'appuyer sur la recherche, afin de continuer à avancer dans ce sens. 

Enfin, le troisième défi est celui du changement de consommation de vin dans le monde. Les gens ne le consomment plus de la même façon, car la façon de vivre a changé. Mais la consommation mondiale est plutôt stable et certains pays voient leur consommation augmenter quand celle des autres baisse. Il faut donc s'adapter à cela en travaillant sur les exportations, et en parallèle, ne pas être dans la construction de l'offre, mais dans la réponse à la demande. Nous devons nous adapter à la demande de tous les pays et de tous les consommateurs."

Que demandez-vous pour parvenir à relever ces défis ?

L.R. : "Il y a une part qui nous appartient, nous devons en être conscients. Nous devons adapter nos entreprises à ces défis et la fédération des caves coopératives sera là pour les aider. Ensuite, il faut que la filière se segmente mieux, que nous soyons capables de faire des grands vins de terroir, et en même temps, des vins faciles à boire. Cela passe aussi par le négoce qui doit accepter de différencier dans le prix ces différentes strates. Il y a une responsabilité commune. Mais si nous allons manifester samedi, c'est aussi parce que certaines promesses n'ont pas été tenues et que nous avons besoin d'aides. Beaucoup de nos entreprises sont en incapacité d'investir et certaines sont même en difficulté financière avérée, avec des structures à la limite de la cessation de paiement.

"Nous souhaitons faire remonter les prix, cette hausse est vitale. Il y a des gens qui vendent bien, mais qui sont en difficulté économique"

Il y a une situation économique et sociale catastrophique à certains endroits. Certaines choses que nous demandons ne coûtent rien. Nous demandons que les autorisations de plantation durent plus longtemps. Nous réclamons également que le gouvernement promeuve la HVE, et que le vin ne soit pas stigmatisé dans les publicités qui prônent la modération.

Ensuite, il faut apporter de la trésorerie aux entreprises, car certaines risquent de ne pas passer l'année. Cela passe par un allègement des cotisations MSA, ainsi que par une exonération d'impôts pour ceux dont la récolte a été catastrophique.

Nous demandons également une aide au stockage, car c'est la production qui stocke dès qu'il y a des problèmes de marché. Il y a aussi la reconversion différée, qui est une mesure que je porte depuis le début. Il faut qu'on permette aux viticulteurs d'arracher, de toucher une prime qui compensera le coût de l'arrachage, d'avoir trois ans de non-replantation, afin de permettre au sol de se reposer, ainsi que d'enlever du vin sur le marché. Comme ensuite il faudra trois ans pour que la vigne pousse, cela permettrait d'avoir moins de vin durant six ans, ce qui nous laisserait du temps pour répondre aux défis. Pour ceux qui passeront par cette mesure ou d'autres, il faudrait mettre en place une pré-retraite pour quitter le métier le plus dignement possible. 

Nous souhaitons faire remonter les prix, cette hausse est vitale sachant que dans la région nous arrivons à vendre 80 à 90 % de nos vins. Mais avec l'inflation de 20 à 25 % et des prix du vin qui n'ont pas bougé, et qui ont même baissé, il y a des gens qui vendent bien, mais qui sont en difficulté économique.

Enfin, notre région a un handicap naturel avéré avec des sécheresses récurrentes, des tempêtes, du gel. Nous demandons donc très fortement qu'il puisse y avoir une compensation de ce handicap." 

Propos recueillis par Louise Gal •

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