Aude
Gruissan est une perle en soi, mais la petite station balnéaire en renferme bien d'autres. Entre les chemins cabossés de la célèbre plage des chalets, la micro-brasserie 'La mer à boire' fait partie de ces endroits décontractés et intimistes, où le houblon et le malt accordent aux amateurs de bières artisanales une douce odeur de vacances et d'originalité.
Portrait avec La mer à Boire
© Crédit photo : AL
L'argent ne fait pas le bonheur, mais être proche de la mer, ça oui. Après 11 années chez Airbus, à Toulouse (31), en tant qu'ingénieur informatique, Antoine Estrade a décidé de troquer, sans rancœur, les embouteillages de la ville contre le calme de la côte gruissanaise.
Reconverti dans l'artisanat brassicole après une carrière de gendarme, son père, Alain, confectionne ses premières recettes dès 2015, au fond d'un garage. Ses réalisations, validées auprès d'un cercle d'amis proches, lui permettent de lancer une très petite production, presque un hobby de pré-retraite pour un complément de revenu. La production s'étoffe au fil du temps et la demande s'amorce. "Vu le climat local, mon père a décidé de se concentrer sur des bières légères et fraîches avec de faibles degrés alcooliques aux alentours de 4 ou 5°", se remémore Antoine, encore à Toulouse à cette époque. Les retours sont éloquents, tant et si bien que le volume de production ne répond vite plus à la hauteur de la demande.
En parallèle, Antoine s'accorde une année sabbatique. Il s'envole vers le Canada où naît l'idylle entre la bière et lui : "Au Canada, autant en termes de gastronomie, ce n'est vraiment pas fou, autant pour la bière, ils sont quand même assez en avance sur nous." À son retour, il expérimente ses premiers brassins au beau milieu de son appartement, produisant quelques dizaines de litres. "Mes copines de l'époque râlaient un peu parce qu'il y avait des cuves partout", se remémore-t-il dans un sourire.
Les recettes s'enchaînent, certaines se retrouvent même à être produites à plus large échelle dans la micro-brasserie du paternel. La passion le gagne, l'entreprenariat le démange. Il quitte son emploi chez Airbus en 2021, travaille en binôme avec son père pendant un an, se forme à la BrewSociety de Rouen et prend les rênes de la micro-brasserie le 1er janvier 2023.
Il n'est pas aisé de trouver du houblon en zone méditerranéenne, question de climat. Alors, pour sa production, Antoine se tourne vers Hopen - Terre de Houblon, à Agen (47), une coopérative de houblonniers français, sans toutefois abandonner les variétés allemandes, tchèques, anglaises et surtout américaines pour les IPA (India Pale Ale), "qui offrent des saveurs tropicales et exotiques uniques".
Il parvient malgré tout à dégotter houblon et malt au sein de l'Hexagone, et propose sa bière 'Oh soleil', 100 % made in France, une vraie victoire : "Pour le malt, on travaille avec La malterie Occitane, dans le Tarn, qui reçoit d'ailleurs de l'orge produit près de Narbonne." Dans l'idée, des bières 100 % occitanes pourraient à terme voir le jour, même si, pour l'heure, il reconnaît "qu'une bière 100 % française, c'est déjà bien".
La gamme de base hérite du modèle familial, comprenant des bières qu'il préfère qualifier de 'Lager', 'Stout' et ambrée, plutôt que blonde ou brune. "C'est plus révélateur des saveurs, car une blonde peut avoir 10 000 goûts différents." Et parce que la créativité n'a de limites que celles que l'on s'impose, Antoine Estrade crée des bières éphémères. L'été, une ou deux bières aux fruits - framboise ou abricot -, conçues pour être légères, acidulées et désaltérantes, et l'hiver, une bière de Noël, plus forte et épicée.
Plus original encore, une bière légèrement salée, 'Gose', un style ancien venu tout droit d'Allemagne, et plus précisément de Basse-Saxe, où coule une rivière du même nom. "À l'époque, ce type de bière a été distribué dans toute l'Allemagne et en Europe, puis il a quasiment disparu dans les années 1980-1990 avec l'essor des Lagers industrielles." Pour créer une signature locale distinctive, le jeune brasseur utilise du sel de mer brut des Salins de Gruissan, ajouté pendant l'ébullition, qui donne un doux mélange sucré-salé et rencontre une franche réussite.
Même si la plupart des ingrédients utilisés sont issus de l'agriculture biologique, Antoine ne voit pas le besoin d'apposer sur ses bouteilles le label bio : la demande est sur ce plan quasi inexistante. "Les clients demandent davantage de bières sans alcool, ou sans gluten, plutôt que bio."
La demande est surtout aux bonnes bières bien faites, car production artisanale ne signifie pas nécessairement bonne production, pointe le brasseur. La mode des micro-brasseries, bien que fulgurante, laisse aussi parfois un arrière goût amer à ceux qui prennent l'aventure du mauvais pied. "Ce concept a séduit beaucoup de monde. Néanmoins, de nombreuses personnes se lancent avec de gros investissements sans même avoir la clientèle en face et pour beaucoup, c'est l'échec."
Chez les Estrade, le lancement s'est fait en douceur et Antoine a désormais les épaules suffisamment solides pour développer son affaire. Son concept de brewpub voit peu à peu le jour au travers des soirées 'Les jeudis, c'est permis', offrant aux visiteurs une occasion de venir déguster des bières sur place durant la saison estivale, tout en ayant le cœur de la brasserie à portée de vue, signe d'une transparence totale sur le processus de fabrication.
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