Arles
La Camargue et les taureaux, Claire Mailhan les défend corps et âme aux côtés de son mari. 'Terre d'élevage', leur manade familiale, est aussi un parfait support de communication pour faire passer les bons messages.
Claire Mailhan
© Crédit photo : DR
Parmi les défenseurs du territoire camarguais et de l'élevage de taureaux, la famille Mailhan fait partie des plus illustres et fidèles ambassadrices. Aux côtés du manadier que l'on ne présente plus, Claire, l'épouse de Jacques Mailhan, est éleveuse, elle aussi. Associée sur la manade familiale avec son beau-fils, Raoul Mailhan, elle fait bien plus que seconder son mari. Si ce dernier prépare la transition de l'exploitation, Claire est depuis peu la présidente de l'AOP Taureau de Camargue, la première AOP bovine française et européenne à avoir obtenu cette reconnaissance en 1996.
L'enracinement dans les terres camarguaises de celle qui élève aussi des vaches Angus s'est construit progressivement, mais sûrement. Son parcours ne la conduisait pas forcément à ses engagements actuels. Licenciée d'anglais, Claire - enseignante - s'est toujours sentie proche de cet univers qu'elle a fait sien aujourd'hui. "Même si je ne suis pas née dans un mas, mon papa - qui adorait les taureaux et la campagne - nous a baignés dans cette culture et nous l'a transmise", explique-t-elle. Son changement de voie s'est opéré quand il a fallu pallier au départ de la personne qui s'occupait de la partie restauration, aux Mas des Bernacles. Claire a alors souhaité passer sur un mi-temps pour prendre le relais, tout en continuant d'exercer son métier, mais cela n'a pas été possible. Un tournant qui a précipité sa nouvelle vie.
Au Mas des Bernacles, elle développe en famille des activités dédiées à l'accueil et à la réception du grand public. Hébergement, restauration... Tout tourne autour de la bouvine, de la promotion du territoire et des traditions taurines. La manade a la capacité d'héberger une dizaine de personnes sur trois gîtes, et possède aussi deux salles pour l'accueil du public.
Pour Claire, "montrer ce que les éleveurs font, faire découvrir aux gens une partie de la réalité du métier prend de plus en plus d'importance. Ce rôle pédagogique sera encore plus nécessaire dans le futur", explique-t-elle. C'est un travail prenant, qui l'occupe quotidiennement mais qui reste aussi saisonnier, de la mi-avril jusqu'à la fin octobre.
La famille Mailhan fait naître, sélectionne et élève quelque 350 taureaux de Camargue. Dès trois ans, les mâles font leurs premiers essais en piste. Dans cet élevage de référence, on trouve à la fois l'élite des taureaux pour la course camarguaise, comme des bêtes dont la génétique est très recherchée, et qui serviront à la reproduction.
Claire élève aussi des Angus. "J'adore les vaches ! C'est vraiment un animal attachant. Avec la race Camargue, les contacts sont différents. Plus distants, beaucoup de choses passent par le regard par exemple. Mais les taureaux restent des animaux sauvages que l'on ne touche pas. Avec les Angus, il n'y a pas cette distance mais ce côté physique qui me plaît beaucoup", indique Claire.
Sur la manade, l'élevage d'Angus a démarré sur un coup de cœur, lors d'une rencontre au Salon de l'agriculture, à Paris. L'idée d'élever quelques bêtes fait alors son chemin. Claire en élève aujourd'hui une centaine au total. Avec toutes ses activités, elle a aussi toujours suivi de près l'évolution du label de l'AOP Taureau de Camargue. Elle a découvert aussi de l'intérieur le milieu de l'abattoir et de la boucherie, en travaillant ponctuellement à la Sica à Tarascon. La valorisation des produits l'a séduite. Et puis, 'biberonnée' par Jacques au fait de servir l'intérêt général, s'investir pour défendre le métier ne l'impressionne plus.
"À bientôt 46 ans, il y a aussi une forme de maturité et le désir de ne plus se taire qui a contribué à m'engager. Ce n'est sans doute pas une responsabilité que j'aurais pu porter il y a dix ans", explique l'éleveuse. Les attaques sur la consommation de viande, sur l'élevage l'ont aussi encouragé à prendre les devants.
Ce nouvel engagement va représenter "de l'implication, avec le soutien de la personne en charge des dossiers techniques de l'appellation". Mais Claire s'attend aussi à monter au créneau quand cela sera nécessaire, pour "rencontrer des décideurs et des élus, pour valoriser l'appellation et essayer de la développer aussi sur la région".
En cette période de crise économique, la préoccupation de la nouvelle présidente de l'AOP Taureau de Camargue, est simple : "Il va falloir continuer à mettre en œuvre ce cahier des charges, travailler à le faire connaître par de la pédagogie. Travailler aussi sur les adhésions à l'AOP, à sa promotion, continuer de la valoriser en mettant en avant les qualités de la production". D'autant que, dans la filière, la situation des exploitations est toujours tendue. "Il y a eu l'arrêt des activités des manades, mais notre métier souffre encore plus aujourd'hui d'une image que certains se plaisent à détériorer continuellement." Une dérive qu'elle dénonce et qui la fait viscéralement souffrir. C'est d'ailleurs l'une des raisons qui l'a poussé à agir.
Dans l'association, elle a la charge administrative du classement au Patrimoine culturel immatériel (PCI) de l'Unesco de tous les gestes et savoir-faire pour les 'Gens de bouvine'. Avec Florent Lupi, président de l'association 'PCI Gens de bouvine', et de Jean Mangion, maire de Saint-Étienne-du-Grès et vice-président, elle défend un dossier qui touche à tout un art de vivre. "De l'éleveur qui entretient les paysages, à la dame qui se costume pour un défilé traditionnel, en passant par les grands-parents qui racontent à leurs petits-enfants des histoires de Biou... et bien plus que cela encore, puisque les paysages, les espaces naturels, la biodiversité et les lieux de pratique des gens de bouvine sont concernés."
L'adhésion à la dynamique initiée va crescendo assure Claire Mailhan. "Les valeurs que l'on défend sont de plus en plus fragiles et il faut vraiment se mobiliser pour les protéger et les transmettre." Dans la démarche, le recueil des témoignages des acteurs en charge du patrimoine a été réalisé et sa restitution est en cours. "Obtenir le label Unesco serait une façon de clouer le bec à beaucoup de gens !", espère-t-elle. Mais sa seule ambition est de "montrer que l'on fait un travail magnifique, un métier difficile mais passionnant". Celui qu'elle exerce depuis 25 ans maintenant.
Pour l'heure, la saison des courses camarguaises et des spectacles taurins a déjà démarré. L'éleveuse souhaite ainsi remettre un peu de baume au cœur des gens, dans un contexte socio-économique crispé.
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