Bouches-du-Rhône 13/07/2021
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À Puyricard, les porcs ne sont pas les bienvenus

Depuis plus de trois ans, Biochons – un élevage porcin extensif implanté à Puyricard – est confronté à l’hostilité des voisins et de la mairie d’Aix-en-Provence, qui contestent son implantation dans ce quartier cossu. Engagé dans un bras de fer juridique, l’éleveur a été contraint de revoir son modèle économique pour survivre.

Fouzi Arnouni est engagé depuis 3 ans dans un bras de fer judiciaire avec ses voisins et la mairie d’Aix-en-Provence (@Julien Dukmedjian).

Des produits sains, locaux et bio : c’est en théorie un combo gagnant, largement plébiscité par des consommateurs en quête de traçabilité. De ce point de vue, Biochons – le projet d’élevage porcin en extensif imaginé par Fouzi Arnouni et sa fille, Méghan – cochait toutes les cases. Mais l’implantation à Puyricard, sur neuf hectares de zones boisées, s’est heurtée dès le début à l’hostilité des voisins et, par ricochets, à celle de la mairie d’Aix-en-Provence, dont dépend administrativement cette zone pavillonnaire1. Les premiers ont mis en avant les nuisances qu’un tel projet pourrait causer sur le plan environnemental, comme sur celui de leur cadre de vie. Avec, en filigrane, la crainte pour les riverains que cette implantation déprécie la valeur de leur propriété. Une inquiétude que la mairie d’Aix-en-Provence a bien perçue, et à laquelle elle a répondu en préemptant le terrain attribué par la Safer Paca à l’éleveur et sa fille, en 2018.

Trois ans plus tard, le projet s’est néanmoins concrétisé, avec l’arrivée d’une centaine de cochons laineux sur la parcelle, soigneusement clôturée et située à bonne distance des habitations les plus proches. Mais l’animosité des voisins ne s’est pas éteinte pour autant, quand bien même l’éleveur a pu démontrer que leurs craintes de voir construire une porcherie industrielle, avec les nuisances inhérentes en matière de nuisances sonores ou olfactives, étaient totalement injustifiées. De fait, avec dix porcs par hectare – contre 14 porcs/ha recommandé par le cahier des charges en bio – on est ici très loin des élevages intensifs bretons. Il suffit de se promener dans et autour des enclos grillagés pour se rendre compte qu’il n’y a ni odeurs de lisiers, ni mouches ni bruits intempestifs. Autant d’arguments que Fouzi Arnouni et sa fille ont certainement mis en avant auprès des juges du Tribunal administratif, appelés à se prononcer sur la validité de la préemption de la parcelle par la mairie d’Aix-en-Provence, et qui ont donné raison à l’éleveur et sa fille. Deux ans après le jugement, Fouzi Arnouni reste en attente d’une indemnisation pour le préjudice qu’il estime avoir subi, et qui met en péril son modèle économique et la pérennité de son exploitation.

Une diversification indispensable

Car si la justice a annulé la préemption, l’éleveur n’a toujours pas de raccordement à l’électricité et n’a pu mettre en place que récemment l’arrivée d’eau. “La construction d’un laboratoire de transformation, prévue à l’origine, pour réaliser des salaisons ou la découpe est toujours au point mort“, se désole Fouzi Arnouni, dont la demande de permis de construire pour l’édification du bâtiment reste en attente d’autorisation. Ce dernier a essayé pendant plusieurs mois de passer outre en sous-traitant ses taches à l’abattoir d’Apt, avant d’y renoncer en raison du coût qui réduisait ses marges à peau de chagrin. Une décision d’autant plus décevante qu’“il existe une demande importante des consommateurs pour les colis de viande fraîche et les salaisons“, affirme-t-il. Il a donc vendu l’un et l’autre en vente directe, l’an dernier, tout en commercialisation une partie de sa production dans des enseignes spécialisées de la région (Biocoop et Bio d’Ici).

Pour s’adapter et poursuivre son activité, ce dernier a réduit son cheptel, passé de 100 à 70 porcs. Il s’adresse désormais aux professionnels auxquels il vend des reproducteurs, des truies et des porcelets, pour l’engraissement. Élevés pendant 24 mois avant abattage, ses animaux trouvent une partie de leur nourriture dans la forêt et reçoivent en complément des pois, des fèveroles, du pain et des pommes de terre. Un régime alimentaire et un mode de vie en semi-liberté qui permet de valoriser sa viande, très prisée par les grands chefs pour ses qualités gustatives et diététiques, réputées proches de celles du bœuf de Kobé.

Contraint de s’adapter pour poursuivre son activité – qui inclut des charges d’exploitations lourdes, notamment en raison du poste de l’alimentation des porcs – Fouzi Arnouni envisage désormais de transformer son élevage en ferme pédagogique, et de se diversifier, en parallèle, avec un élevage de poules pondeuses et de volailles de chair (poulets et pintades). Un pis-aller, qui lui permettrait de rentabiliser une exploitation dans laquelle il a déjà beaucoup investi sur ses deniers personnels et s’est, assure-t-il, beaucoup endetté. Quant à l’idée de jeter l’éponge, l’éleveur n’y pense même pas : “Ce serait donner raison à mes détracteurs“, assure-t-il, bien décidé à aller jusqu’au bout de son projet. 

Julien Dukmedjian

 

(1) Lire notre édition du 21 décembre 2018, page 5.

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