AGROÉCOLOGIE
Dans les Pyrénées audoises, à Campagne-sur-Aude, Daphné et Sylvain Mervoyer ont repris une exploitation familiale et ont choisi d'y développer un système agroécologique résilient avec des vaches aubrac rustiques et parfaitement adaptées aux conditions locales.
Daphné et Sylvain Mervoyer ont choisi des vaches de race Aubrac rustiques, et particulièrement bien adaptées aux conditions locales de leur ferme et du territoire.
© Crédit photo : AL
Pour la 6e 'Quinzaine de l'agroécologie', l'équipe de Solagro - entreprise associative visant à ouvrir d'autres voies pour l'énergie et l'agriculture - a organisé, en début d'année, une mise en lumière des pratiques agroécologiques, à Campagne-sur-Aude.
Située dans un territoire au climat contrasté, avec une pluviométrie annuelle moyenne de 926 mm, la ferme de Daphné et Sylvain Mervoyer s'étend sur deux types de sols : argilo-calcaires et argilo-limoneux. Un contexte géographique qui leur a imposé de réfléchir à des pratiques adaptées aux conditions locales. La ferme bénéficie d'un parcellaire varié, s'étendant sur plus de 428 hectares de prairies, landes et estives, qui permettent à leurs vaches d'accéder toute l'année à des ressources fourragères diversifiées.
L'exploitation repose sur un élevage extensif. Le troupeau de 55 vaches allaitantes évolue dans un système de pâturage tournant sur différents types de parcelles : prairies autour du siège de l'exploitation, cultures et landes situées plus en altitude à Nébias, ainsi que des estives en montagne. Cette diversité de paysages permet aux animaux de disposer d'une alimentation variée et naturelle tout au long de l'année. "Ce système nous permet de garder un troupeau en bonne santé, sans recours aux vermifuges", explique Sylvain Mervoyer.
Le pâturage tournant dynamique est une des clés de la gestion durable de l'exploitation. Ce système repose sur une rotation fréquente des animaux sur de petites parcelles, évitant le surpâturage et favorisant une meilleure repousse de l'herbe. À la ferme Mervoyer, les prairies sont divisées en paddocks de 0,5 à 1 ha, où le troupeau reste 1 et 2 jours avant d'être déplacé. "Ce mode de gestion demande une surveillance quotidienne, notamment pour s'assurer que chaque lot d'animaux dispose d'une ressource alimentaire optimale", développe l'éleveur.
Le régime alimentaire des vaches repose principalement sur une alimentation naturelle et diversifiée, adaptée aux saisons et aux ressources du territoire. Au printemps, l'herbe fraîche des prairies permanentes constitue la base de l'alimentation, riche en nutriments essentiels.
L'été, elles sont conduites en estive, où elles se nourrissent de pelouses d'altitude. Le troupeau redescend au début de l'automne vers les landes et les prairies permanentes, où il se nourrit d'herbes variées, de fougères et parfois de glands.
Enfin l'hiver, lorsque l'herbe se fait plus rare, les animaux reçoivent du foin issu des prairies naturelles de la ferme. Celui-ci est parfois complété par du foin de légumineuses et une petite quantité de concentrés biologiques (1 kg de RumiBio engraissement pour 100 kg de poids vif, fractionnés en 2 apports quotidiens). "À l'époque, nous faisions notre propre méteil, mais les soucis avec les sangliers nous ont poussés à arrêter. Depuis, nous produisons le foin, essentiellement à partir de semences paysannes de blé (Korazan) et de petit épeautre", explique Daphné Mervoyer.
En variant les types de pâturage et en évitant le surpâturage, la réduction des risques parasitaires se fait "naturellement" et un "équilibre écologique bénéfique pour le sol et la biodiversité" se crée. Historiquement, le recours aux anti- biotiques est la solution mais, comme le souligne le vétérinaire sur place, "la philosophie n'est plus la même aujourd'hui, car cela représente un coût non négligeable. De plus, l'arrivée de résistances, notamment des strongles, ces vers parasites du tube digestif, nous pousse à ne plus aller systématiquement dans cette voie".
Le système idéal serait alors de gérer la première année de pâturage en développant le système immunitaire des veaux, explique le vétérinaire : "À leur naissance, les veaux tètent et n'ont donc pas de contact avec les strongles qui se trouvent au sol. Du moment où on les lâche au printemps, il faut les laisser deux mois avec ces parasites avant de faire un traitement, puis les placer dans une nouvelle prairie où la souche des strongles ne sera pas la même. C'est pour cela que, quand on fait un pâturage tournant, les animaux n'ont pas le temps de s'infester massivement." Le traitement naturel le plus efficace reste le gel, mais là encore, les conditions locales ne sont pas toujours optimales.
Afin de limiter l'utilisation de vermifuges chimiques, le couple uti- lise des méthodes naturelles, comme l'application d'huiles essentielles (eucalyptus, citronnelle, géranium et lavandin) pour repousser les parasites externes. "Ces solutions nous permettent de protéger nos animaux tout en minimisant notre impact sur l'écosystème", explique Sylvain Mervoyer. Aucun vermifuge interne n'est donc administré de manière systématique.
Lorsqu'un traitement est nécessaire, une analyse coprologique est réalisée pour cibler précisément le problème. Les seuls vaccins systématiques sont ceux contre l'entérotoxémie et la diarrhée virale bovine (BVD), en raison des risques liés aux contacts avec d'autres troupeaux en estive.
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Les vaches de race Aubrac se révèlent être une option de choix pour les éleveurs d'Occitanie, grâce à leur adaptation remarquable aux terroirs de la région. Robuste, cette race bovine est capable de prospérer dans des conditions climatiques parfois rudes, typiques de certaines zones de l'Aude, notamment celle de la ferme des Mervoyer. Leur aptitude à valoriser des fourrages de moindre qualité et à paître sur des terrains variés, y compris en montagne, les rend particulièrement adaptées. De plus, les aubrac sont reconnues pour leur fécondité et leur longévité, offrant une production soutenue de veaux de qualité. Leur élevage, souvent extensif, contribue à l'entretien des prairies naturelles et au maintien de la biodiversité locale, tout en promouvant des pratiques agricoles durables. La viande d'aubrac, appréciée pour ses qualités gustatives, représente également un atout économique pour les éleveurs, permettant une valorisation des produits locaux sur les marchés régionaux et au-delà.
Dès leur installation, Daphné et Sylvain Mervoyer ont décidé de valoriser 100 % de leur production en vente directe. Ce choix leur permet de s'affranchir des fluctuations du marché et de proposer une viande de qualité à des consommateurs sensibles à l'origine et aux conditions d'élevage des animaux. "Nous avons voulu créer un lien direct avec nos clients, garantir la qualité et donner du sens à notre travail", explique le couple d'éleveurs. Vente en caissettes aux particuliers (85 % des ventes), mais aussi à la restauration collective et commerciale, via la marque 'Tendre d'Oc', qui regroupe six éleveurs et permet une mise en marché de viandes locales en circuits courts, ou encore en magasins spécialisés bio et artisans bouchers avec l'association 'Viande des Pyrénées Audoises'.
L'un des piliers du modèle économique de la ferme reste l'abattoir de Quillan, l'abattoir départemental de l'Aude désormais géré par une Société coopérative d'intérêt collectif (SCIC) depuis mars 2025. "Cet abattoir est essentiel pour notre autonomie. Il nous permet d'assurer une qualité d'abattage en cohérence avec nos pratiques et nos valeurs", souligne Sylvain Mervoyer.
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