VENDANGES
Cette année, les vendanges débuteront dans un climat inédit. Depuis quinze jours, les vignerons ont d'abord combattu les incendies aux côtés des pompiers avant de pouvoir se tourner vers leurs raisins. Si le potentiel qualitatif demeure prometteur, les conséquences des feux restent encore largement inconnues.
Les vendanges 2026 ne ressembleront à aucune autre.
© Crédit photo : Aurélie Delarue
Dans quelques jours, les premières bennes de raisins feront leur apparition dans les caves varoises. Pourtant, à l'approche des vendanges, les préoccupations des vignerons étaient ailleurs. Depuis la mi-juillet, les incendies qui ont ravagé le Haut-Var ont profondément marqué le territoire. Le plus important, celui du Gros Bessillon, a parcouru près de 6 600 hectares entre Pontevès, Cotignac, Correns, Montfort-sur-Argens, Sillans-la-Cascade, Carcès et Barjols, mobilisant durant plusieurs jours pompiers, élus, agriculteurs et habitants.
Pour les exploitants, l'urgence n'était plus de suivre la maturité des raisins, mais de sauver les exploitations. "Nous avons complètement la tête dans ces feux depuis une semaine. Nous ne sommes qu'au début pour mesurer leurs conséquences sur nos exploitations et nos productions", témoigne Nathalie Roubaud, vigneronne au Château Nestuby à Cotignac et présidente des Vignerons indépendants du Var.
Durant toute la crise, les agriculteurs se sont relayés avec leurs tracteurs et leurs tonnes à eau pour épauler les services de secours. "Il est primordial de souligner la solidarité de toute la profession agricole, qui s'est mobilisée aux côtés des pompiers pour acheminer de l'eau et défendre les terres", insiste-t-elle.
Cette mobilisation exceptionnelle a repoussé au second plan la préparation des vendanges. "Nous annoncions une récolte importante avant les incendies. Aujourd'hui, je ne suis plus certaine qu'elle le sera. Les syndicats d'appellation vont seulement commencer à faire le point dans les prochains jours."
Au-delà des surfaces directement brûlées, les conséquences sur la récolte inquiètent désormais les professionnels. Dans plusieurs secteurs, les retardants largués pour stopper la progression des flammes ont recouvert des parcelles entières.
"Là où les produits retardants ont été pulvérisés, les raisins sont impropres à la consommation", rappelle Nathalie Roubaud. Ailleurs, ce sont les cendres, les poussières ou encore le fameux goût de fumée qui alimentent toutes les interrogations.
À Correns, où le feu est reparti avec violence sous l'effet du mistral, Fabien Mistre, président de la cave coopérative de Correns et de la Fédération des vignerons des coopératives Sud, vient de lancer un vaste recensement des parcelles touchées. "Nous demandons aux coopérateurs de signaler les vignes brûlées, celles qui ont reçu du retardant et toutes les situations susceptibles de poser problème. Cette semaine, nous allons à Correns effectuer des prélèvements avec les œnologues pour déterminer ce qu'il sera possible de faire en cave, afin d'éviter le goût de fumée dans les vins."
Depuis deux semaines, les vignobles de plusieurs communes sont restés plongés dans un épais nuage de fumée. "De cette odeur de cendre, il n'y a qu'un orage qui puisse nous débarrasser. La pluie, nous l'attendons tous...", confie le viticulteur.
Dans les secteurs les moins touchés par les incendies, l'autre inquiétude est le manque d'eau. Les fortes chaleurs ont parfois provoqué des blocages de maturité, limitant le grossissement des baies. Les prévisions météorologiques, toujours sèches, ne laissent guère espérer d'amélioration à court terme.
Face à l'ampleur du sinistre, la Chambre d'agriculture du Var a réuni, le 30 juillet, l'ensemble des acteurs concernés. Services de l'État, pompiers, élus, organisations professionnelles et représentants agricoles ont dressé un premier état des lieux afin d'identifier les exploitations touchées et les dispositifs à mobiliser.
"Cette première réunion avait pour objectif de faire un recensement des sinistrés et de savoir qui pouvait accompagner les agriculteurs selon la nature des dégâts", explique Fanny Alibert, directrice de la Chambre d'agriculture. Les échanges ont porté sur les dommages couverts par les assurances, mais aussi sur tous ceux qui ne le sont pas, avec la volonté de trouver rapidement des solutions d'accompagnement.
La viticulture concentre naturellement une grande partie des préoccupations, mais elle n'est pas la seule filière concernée. Éleveurs et apiculteurs ont également vu disparaître des parcours pastoraux et des espaces de butinage. "Il y a bien sûr les pertes directes sur les exploitations, mais aussi tout un potentiel agricole qui est parti en fumée et qu'il faudra reconstruire", souligne Fanny Alibert.
Au-delà des conséquences économiques, la Chambre d'agriculture insiste sur l'accompagnement humain. Des permanences seront organisées sur le terrain dans les prochains jours, tandis que l'Apasa, l'Association pour aider les sinistrés de l'agriculture, a été mobilisée afin de soutenir les exploitants les plus touchés. Tous sont invités à déclarer leurs dommages, même lorsqu'ils paraissent limités.
Malgré ce contexte exceptionnel, les premières observations dans les secteurs épargnés restent encourageantes. "L'état sanitaire est magnifique et, qualitativement, cela peut être un très joli millésime", estime Fabien Mistre. En revanche, les volumes devraient être plus modestes que ceux de 2025. Le déficit hydrique continue de peser sur certaines parcelles et chaque journée sans pluie accentue le risque de perdre du rendement.
Les premières caves pourraient ouvrir dès les prochains jours pour les cépages les plus précoces sur le littoral. Dans l'intérieur du département, les vendanges devraient véritablement démarrer entre le 12 et le 15 août, avec quelques jours d'avance sur une année normale.
Reste désormais une inconnue majeure : quelle part de la récolte pourra réellement être récoltée et vinifiée ? Entre les parcelles brûlées, celles recouvertes de retardant et celles exposées pendant plusieurs jours aux fumées des incendies, les analyses techniques seront déterminantes. Les résultats attendus dans les prochains jours permettront d'orienter les décisions des caves et des vignerons.
Une certitude demeure toutefois. Les vendanges 2026 ne ressembleront à aucune autre. Avant de penser au millésime, les vignerons varois ont d'abord défendu leur territoire. Désormais, ils espèrent que les raisins encore sur pied pourront traduire dans les cuves la résilience d'un vignoble durement éprouvé.
LE SAVIEZ-VOUS ?-
Les flammes ne sont pas les seules à compromettre une récolte. Lorsqu'un vignoble reste plusieurs jours exposé à un important nuage de fumée, certains composés peuvent être absorbés par les baies et se révéler plus tard lors de la vinification.
Les vins développent alors des arômes de fumée, de cendre froide ou de bois brûlé qui les rendent impropres à la commercialisation.
À cela s'ajoutent les parcelles recouvertes de produits retardants utilisés pour ralentir les incendies.
Dans ces situations, les raisins ne peuvent pas être récoltés.
C'est pourquoi des prélèvements vont être réalisés dans plusieurs secteurs du Haut-Var avec les œnologues afin d'évaluer précisément les risques et d'identifier les éventuelles solutions techniques avant le début des vendanges.
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