France 03/06/2026
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OLÉICULTURE FAMILIALE

Assises nationales : les haies fruitières animent les débats

Organisées à Nîmes (30) par Promolive jeudi 28 mai 2026, les Assises nationales de l'oléiculture familiale ont mis en lumière les défis de la filière : développement des haies fruitières, nouveaux territoires oléicoles et avenir des exploitations familiales.

Les Assisses nationales de l'oléiculture se sont tenues dans les locaux de Nîmes métropole et ont réuni plus de 100 personnes venues des quatre coins de l'Hexagone.

© Crédit photo : JB

Jeudi 28 mai 2026, la ville de Nîmes (30) a accueilli la 2e édition des Assises nationales de l'oléiculture familiale. Organisé par l'association Promolive dans l'hémicycle de la métropole, l'évènement a rassemblé 110 personnes venues des quatre coins de l'Hexagone. Si la matinée fut consacrée à la présentation des différentes initiatives de développement d'oliveraies dans les 'Nouveaux territoires oléicoles' (NTO) et à l'intronisation de nouveaux présidents, l'après-midi a mis sur la table trois enjeux majeurs : l'incidence des haies fruitières, l'expansion des NTO et la cohabitation entre oléiculteurs familiaux et professionnels.

Les haies fruitières cherchent leur marché

Promolive tire la sonnette d'alarme depuis des mois déjà : quelle sera l'incidence du développement des haies fruitières sur l'oléiculture familiale ? "Cela risque de détruire le tissu économique, comme cela a été le cas pour le vin", maintient Luc Poulain d'Andecy, président de Promolive.

Au-delà de la concurrence directe, c'est la création d'un marché parallèle standardisé qui inquiète. "Ce n'est pas un phénomène nouveau. Actuellement, il y a 1 000 à 1 200 hectares de haies fruitières plantées en France, principalement en Occitanie", rappelle Laurent Bélorgey, président de France Olive, l'interprofession. "Le prix de revient d'une haie fruitière est de 6 à 7 € le litre. Elles ne sont donc pas compétitives et doivent trouver un marché entre celui de l'huile espagnole et celui des AOP." Hélène Lasserre, directrice du Pôle conservation de France Olive complète : "Quand on est Français, on peut être content de trouver une huile française à un prix acceptable avec un cahier des charges français, mais pour que tout le monde ait accès à l'huile, il faut bien avoir une production industrielle."

Quel impact sur l'oléiculture traditionnelle ?

Le modèle repose sur des variétés adaptées à la mécanisation, des volumes importants et des moulins spécifiques. Avec seulement une trentaine d'années de recul, certaines interrogations demeurent toutefois sur la longévité des plantations.

Pour Laurent Bélorgey, il n'y a pas d'inquiétude pour les producteurs familiaux qui travaillent des variétés locales et pour qui les AOP sont le moyen de valoriser la production. "Ces productions sont décorrelées des prix mondiaux. Je ne pense pas que les haies fruitières grignoteront le marché des AOP. En revanche, ceux qui sont le plus inquiets sont ceux qui possèdent déjà des haies fruitières en France. Car dès que des volumes importants vont arriver, les prix vont se rapprocher de ceux d'importations." France Olive appelle également à la prudence face aux "vendeurs de rêve" : un marché d'environ 3 000 ha de haies fruitières pourrait trouver des débouchés, au-delà, l'équilibre économique deviendrait plus incertain, d'autant que les rendements espagnols restent nettement supérieurs à ceux observés en France."En Espagne, là où la production est de 2 000 l/ha, en France elle est de 1 000 l/ha car l'incidence du soleil n'est pas la même", précise Hélène Lasserre.

Si Luc Poulain d'Andecy se sent "rassuré" par ces échanges en direct, il ne manque pas d'épingler un risque pour les petits moulins, dépendants des apports aussi bien amateurs que professionnels. "Si les grands moulins enlèvent du volume aux petits, ils ne pourront pas subsister car ils ne pourront plus vendre à 15 € le litre", explique le président. Une question dont la réponse reste en suspens.

Quelle oléiculture dans les nouveaux territoires ?

L'évènement a attiré de nombreuses structures originaires des NTO, tels que la Normandie, la Charente, la Loire ou la Bretagne. Ces régions, historiquement peu concernées par la culture de l'olivier, voient émerger de nouveaux projets portés par des "pionniers". Hélène Lasserre introduit d'ailleurs cette notion avec justesse : ces acteurs sont des explorateurs qui tentent l'impossible là où la plante est en limite de répartition. Si certains parviennent à "bien faire les choses" d'un point de vue agronomique, ils restent à la merci d'un climat capricieux qui peut, en une saison, ravager des années d'efforts. Pour France Olive, la prudence reste d'autant plus de mise pour les professionnels qui souhaitent se diversifier. "C'est à eux de créer leur propre oléiculture, mais ils doivent bien être conscients que l'olivier risque de ne pas produire", insiste-t-elle, en rappelant la mine d'informations mise à disposition gratuitement sur le site de l'interprofession.

Un risque qui n'effraie pas Fabrice Maufras, viticulteur et oléiculteur en Charente, et fondateur de la Coopérative oléicole Atlantique pour fédérer d'autres exploitants. Il porte un projet de près de 500 ha répartis entre Charente, Charente-Maritime et nord du Bordelais. Composé à 80% de haies fruitières et 20% de vergers traditionnels, il vise à offrir un complément d'activité aux exploitations agricoles sans prétendre constituer une alternative à la crise du cognac ou du vignoble bordelais. "On a vocation à acheter des olives fraîches à des agriculteurs contractualisés et à commercialiser l'huile d'olive", continue Fabrice Maufras, précisant que la construction d'un moulin est en projet. Un moulin pour les professionnels qui sera néanmoins ouvert aux particuliers, ce qui semble convenir à Promolive, soucieuse d'améliorer la cohabitation entre familiaux et professionnels.

Vers plus de collaboration entre familiaux et professionnels ?

Avec le développement des NTO, France Olive est preneuse de collaboration avec les structures qui ont créé des parcelles d'observation et invite les intéressés à intégrer le groupe de bénévoles déjà existant.

Sur la question de la représentativité des familiaux dans les instances nationales, Luc Poulain d'Andecy reste sur sa faim : "Mon ambition est que les associations soient représentées par une fédération. Comme dans le sport, si ces structures bénévoles de particuliers n'existent pas, il n'y a pas grand-chose qui se fait", rappelant que Promolive réalise une dizaine de formations de taille par mois. "Cette fédération pourrait ensuite siéger au conseil d'administration de France Olive à titre consultatif bien sûr," suggère-t-il.

La question de la relève

Si les enjeux pointés du doigt par Promolive tournent autour de la défense d'une oléiculture familiale, Hélène Lasserre pointe du doigt la moyenne d'âge de l'assemblée et des amoureux actuels des olivettes. "On est plutôt une population vieillissante et se pose la question de tous ces retraités passionnés qui n'ont pas de relève. Quand on parle du façonnement du paysage, c'est un problème politique. Que vont advenir ces olivettes dans un contexte de réchauffement climatique ?" 

Jenny Bernard •

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