Draguignan
Aux portes de Draguignan, une bastide familiale du XVIIe siècle a repris sa vocation agricole initiale, sous l'impulsion de Baptiste Rhodius. Une activité économique qui se double désormais d'une offre d'hébergement touristique, pendant la saison estivale.
château des salles Baptiste Rhodius
© Crédit photo : JD
Planté au bas des collines et cerné de murs de pierres sèches, le Château des Salles offre une saisissante plongée dans l'histoire de la Provence. Précisément celle des XVIIe et XVIIIe siècles : une époque où la bourgeoisie urbaine - enrichie par le commerce ou les charges royales - achetait des terres, en périphérie des villes, pour y faire édifier des bastides, de vastes maisons de maître flanquées d'un domaine agricole. L'objectif était double : disposer d'une résidence pour y passer les mois d'été au frais, et bénéficier de ressources annexes offertes par des cultures et de l'élevage. Au fil des siècles, l'activité agricole a le plus souvent disparu et les terres ont été morcelées, quand les maisons elles-mêmes n'ont pas été détruites pour laisser place à des immeubles ou des lotissements. Propriété de la même famille depuis le XVIIe siècle et transmis de génération en génération, le Château des Salles a miraculeusement traversé le temps. Il a gardé sa structure originelle, avec son domaine de six hectares, à seulement quelques minutes du centre-ville de Draguignan. Le modèle agricole - maraîchage, vignes et arboriculture - se perpétue aujourd'hui grâce à Baptiste Rhodius, qui a repris le flambeau de son oncle et de sa grand-mère. Une succession qui n'avait rien d'évident : ce dernier s'est d'abord orienté vers des études de droit. Mais après un 'Master 2' en droit de l'immobilier et de l'urbanisme, obtenu à la faculté d'Aix-en-Provence, il décide de bifurquer vers l'agriculture. "Je ne me voyais pas passer mes journées derrière un bureau", explique-t-il en souriant, avec le recul. Il reprend des études au lycée agricole d'Antibes où il valide un BPREA, avec l'objectif de s'orienter vers le maraîchage bio. "Je savais que c'était un métier difficile et que je ne m'orientais pas vers la facilité. On nous avait prévenu lors de la formation. Les maraîchers chez qui j'ai réalisé mes stages me l'ont aussi répété. Mais c'était un choix réfléchi et assumé, et je ne le regrette pas un instant", précise Baptiste Rhodius.
La problématique de l'achat de foncier, dans le cadre de son installation, ne s'est certes pas posée pour lui. En revanche, il lui a manqué l'aide technique qu'offre une reprise d'exploitation dans le cadre familial (son oncle est spécialisé dans l'élevage ovin et la viticulture). Il lui a donc fallu se débrouiller avec le bagage théorique apporté dans le cadre de sa formation, les conseils de ses anciens maîtres de stage et ceux de confrères, qui ont opté comme lui pour le bio. "J'apprends chaque jour, notamment de mes erreurs", note-t-il avec humour et beaucoup d'humilité : "Certaines cultures fonctionnent bien, d'autres se révèlent décevantes, comme les fraises par exemple. Je tâtonne encore et j'apprends sur le tas, même après cinq ans d'activité, en termes technique et commercial, même si, depuis trois ans, j'ai réussi à trouver mon rythme de croisière", résume le maraîcher, qui dispose de deux serres tunnels de 400 m² chacune et d'un hectare de cultures en plein champ, où il cultive une trentaine de légumes annuellement.
Concernant le volet commercialisation, Baptiste Rhodius mise sur plusieurs canaux : la vente directe sur l'exploitation - 'Le potager des Salles' -, le mercredi après-midi ; le marché de producteurs de Lorgues, le vendredi ; et des magasins Biocoop varois. S'y ajoute, en été, le marché des Salles-sur-Verdon. Le maraîcher est parvenu à se constituer, au fil des ans, une clientèle de "consomm'acteurs" qui, s'ils apprécient la qualité de sa production "en termes de goût et de fraîcheur" - les légumes vendus sont récoltés le matin même -, est également "désireuse de soutenir les producteurs locaux et bio".
En parallèle au maraîchage, Baptiste Rhodius s'est diversifié autour de trois axes principaux qui lui assurent un revenu complémentaire : l'oléiculture, la vigne et l'hébergement à la ferme. Il exploite un verger de 150 oliviers, qui produit annuellement une centaine de litres d'huile. De plus, il a planté, lors de son installation, des fruitiers (cerisiers, abricotiers, amandiers...). Il possède également une vingtaine de poules pondeuses. Concernant la vigne, un hectare est en production sur le domaine et un second, de plantiers, le sera prochainement. Il est également en attente de la délivrance de droits de plantation pour 0,6 ha supplémentaire. Les surfaces plantées (ou en attente de l'être) peuvent théoriquement prétendre à un classement en AOP Côtes de Provence. Mais ce n'est pas l'ambition de Baptiste Rhodius, qui vise la production et la vinification de vins rouges 'nature'. Un positionnement à contre-courant du paysage viticole varois, très majoritairement tourné vers les vins rosés, mais qui correspond à ses convictions environnementales et à un marché de niche qu'il juge porteur.
L'hébergement sous forme de chambres d'hôte, dernier axe de diversification, constitue un complément de revenu conséquent, aux alentours de 40 % environ. Il a nécessité la rénovation complète de la bastide, sur plusieurs années : "Nous avons ouvert le premier étage en 2019. Nous avions pas mal d'appréhension, l'année suivante, avec la crise du Covid. Mais, au final, le taux de remplissage a avoisiné les 100 % toute la saison, avec une clientèle française. Après les confinements, le besoin de verdure a joué en notre faveur", se félicite rétrospectivement Baptiste Rhodius, "d'autant que la clientèle étrangère est revenue l'année suivante".
L'activité agricole du Château des Salles suscite beaucoup de curiosité : "J'explique, je montre le quotidien du métier d'agriculteur. Les deux activités - agriculture et hébergement - sont très complémentaires", précise Baptiste Rhodius, qui étudie la possibilité de créer une ferme-auberge à moyen terme. "Nous disposons de l'infrastructure nécessaire. Ce qui me manque, pour l'heure, c'est la disponibilité pour développer une nouvelle activité, en parallèle à celles déjà existantes !"
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