AUDE
Boutenac a désormais 20 ans. Le directeur du Château de Caraguilhes, Étienne Besancenot, fraîchement élu président, partage l'histoire singulière de cette appellation qui a tout pour s'imposer parmi les grandes.
"Le jour où Boutenac sera suffisamment valorisé, d'autres domaines viendront investir. C'est ce qu'il faut créer", estime Étienne Besancenot, nouveau président du Cru Boutenac, depuis avril.
© Crédit photo : AL
Lumière rasante sur les vignes, grappes prêtes à être récoltées... au Château de Caraguilhes, on façonne le prochain millésime tout en perpétuant un passé historique d'une grande richesse. Plusieurs siècles se sont écoulés entre la plantation des premières vignes et l'arrivée d'Étienne Besancenot, directeur du domaine depuis 20071. Le Château de Caraguilhes, propriété de Pierre Gabison, se trouve au cœur de l'appellation Boutenac, classée cru des Corbières depuis 2005 et devenue appellation communale en 2024. Il s'étend aujourd'hui sur 145 ha, dont 105 de vignoble incluant 80 ha actuellement classés Cru Boutenac.
Un ancrage qui justifie sans peine l'élection, à l'unanimité, d'Étienne Besancenot à la présidence du cru en avril dernier. Il prend la suite de David Latham, dont la perte, en automne 2024, avait brusquement endeuillé l'appellation.
L'appellation, issue d'une audace collective, doit sa naissance à la détermination de quelques vignerons fédérateurs. Gérard Bertrand en tête et d'autres, comme le Domaine de Fontsainte, Jean-Paul Serres du Château Sainte-Lucie d'Aussou, le Château Ollieux Romanis, se sont distingués par un fort développement de mise en bouteille depuis les années 1970. "Dans les années 1980, il y avait de nombreux terroirs identifiés au sein des Corbières comme Lagrasse, Alaric, Durban, Saint-Victor, Boutenac... mais ce dernier est le seul à avoir visé une appellation propre. Il y a une entité géographique certes, mais surtout un collectif avec des vignerons ambitieux et sans ça, il n'y a pas d'appellation", explique Étienne Besancenot.
Choix d'encépagement à contre- courant avec la défense du carignan face aux cépages améliorateurs, syrah limitée à 30%... il est certain que Boutenac cultive la différence. "Ce qui fait des vins et des assemblages qu'on ne trouve pas forcément ailleurs, parce que dans beaucoup d'autres appellations du Languedoc, on va trouver la syrah prédominante, pas de carignan."
La refonte du cahier des charges engagée en 2019 a permis d'affirmer l'identité du cru. Le carignan, longtemps décrié, y occupe désormais une place centrale avec au moins 30% des assemblages et jusqu'à 80% : "C'est notre cheval de bataille. Il garde de la fraîcheur, même sous la chaleur, et donne une typicité que l'on ne trouve pas ailleurs", insiste le président.
La gestion de l'eau a elle aussi connu une petite révolution. "Il y a 5 ans, on a réussi à lever l'interdiction d'irrigation, plutôt une bonne décision quand on voit la situation aujourd'hui", lance-t-il non sans soulagement, rappelant qu'ici, pas question "d'irriguer pour irriguer", mais qu'il faut pouvoir le faire "pour sauver la vigne". Pour le vigneron, la clé réside dans le partage et la gestion collective sur le territoire dans son ensemble. "Le bienfait du feu, c'est d'être un accélérateur. Il ne faut jamais gâcher une bonne crise. L'incendie, aussi douloureux soit-il, peut être l'occasion de faire bouger les choses et d'aller plus loin que ce qu'on avait imaginé."
Dans une filière où le climat donne le rythme, les vignerons s'adaptent et poussent la réflexion sur l'usage d'autres cépages. L'introduction du cinsault, mieux adapté à la sécheresse, et à plus long terme, la création d'un Boutenac blanc, s'appuyant sur des cépages historiques comme le carignan blanc ou le grenache gris. Une transformation d'ores et déjà dans les tuyaux. "Il faut d'abord répertorier tous les cépages qui existent, aujourd'hui plantés sur des parcelles classées, pour voir ce qu'il y a."
Faire bouger les lignes reste un travail de longue haleine assimilable à une course de fond : "On réfléchit dès maintenant pour que ce soit lancé dans 5 à 10 ans", précise le président, insistant sur le fait que "c'est en donnant le change aux institutions que les choses peuvent bouger plus vite".
Avec environ 7 000 hectolitres produits chaque année, le cru reste de taille modeste face à d'autres appellations du Languedoc. Dans cette vaste mosaïque, Boutenac se distingue par un credo clair : convaincre par le goût, pas par le volume.
TROPHÉES-
Le 20e anniversaire, célébré par un grand dîner au Château de Caraguilhes à Saint-Laurent-de-la-Cabrerisse, a donné lieu à la réalisation d'un film promotionnel intitulé L'aventure Boutenac : 20 ans de cru, où défilent paysages de grés, savoir-faire unique et gardiens de l'appellation. "Boutenac est chez nous ce qu'est Saint-Émilion à Bordeaux et ce qu'est Châteauneuf-du-Pape aux Côtes du Rhône", y déclare sereinement un des intervenants de cette réalisation.
Une affirmation un brin chauvine qui se vérifie désormais dans les faits. Boutenac vient effectivement d'être désignée 'appellation de l'année 2026' par le magazine Bettane+Desseauve. Une grande vitrine pour une petite appellation.
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