Tonte des brebis
Dans la garrigue de Cabrières, chez Philippe Bonnet, la tonte des brebis mérinos s'organise au cordeau. Pour cet éleveur gardois, pas question d'improviser : 1 700 bêtes passent entre les mains expertes de l'équipe de tondeurs, dans une ambiance aussi rythmée que bien huilée.
Philippe Bonnet devant une partie de ses brebis.
© Crédit photo : Jenny Bernard
Et de huit. C'est le nombre de sacs de laine déjà chargés sur la remorque en ce début de matinée d'un jour du mois d'avril. Localisée au milieu de la garrigue à Cabrières dans le Gard, la bergerie en tunnel de Philippe Bonnet accueille pour deux jours, l'équipe de tondeurs qui vient libérer de leur manteau 1700 brebis Mérinos.
En place depuis 6 heures du matin, les six professionnels s'affairent, épaulés par les bergers et les ramasseuses de toisons. Entre musique, tondeuses électriques et bêlements, c'est ambiance techno assurée.
Philippe Bonnet élève un troupeau d'environ 3 200 moutons dont 2 000 brebis mères. Un nombre qui nécessite une certaine logistique pour la tonte. "Les brebis vivent à l'extérieur toute l'année", explique l'éleveur. "Comme c'est un gros troupeau, je le divise en cinq ou six groupes et pour la tonte, l'organisation consiste à les rassembler dans la bergerie. C'est plus simple pour travailler et si la météo n'est pas favorable, cela permet de pouvoir quand même tondre."
Issu d'une famille d'éleveurs, Philippe Bonnet a quitté la Crau en 2007 afin de venir s'installer dans le Gard, pour des raisons économiques. "La location des pâturages devenait chère. Ici, la nourriture est peu coûteuse car je fais du débroussaillage pour lutter contre les incendies. C'est pour ça que le grand troupeau est divisé en plusieurs petits." Du 1er novembre à début juin, le troupeau, orienté viande, pâture sur plusieurs sites : Cabrières, Lédenon ou encore le camp militaire des garrigues à Nîmes. L'été, les animaux montent en alpage en Savoie pour éviter les fortes chaleurs et les épisodes cévenols.
Au printemps avant le départ, les brebis passent entre les mains expérimentées de l'équipe de Romain Damiano, partenaire de longue date de l'éleveur.
"La mérinos a beaucoup de laine et c'est de la laine fine", précise Romain Damiano, tondeur depuis plus d'une douzaine d'années. "Et la morphologie est plus osseuse aussi. C'est une race rustique, donc il y a moins de viande et elle est plus délicate à tondre."
Des caractéristiques qui demandent une adaptation dans la manipulation de la bête, mais le contexte local, accentuent encore les contraintes : "Ici, les brebis sont en garrigue," ajoute Jessy Lunel, qui tond jusqu'à 220 bêtes par jour. "C'est très sec et avec le vent, la poussière se dépose dans la laine. On doit changer nos peignes plus souvent et on perd du temps pendant la tonte." Une caractéristique propre à la mérinos qui use d'avantage le matériel. Ainsi, après la journée de tonte, l'affutage des peignes est indispensable pour continuer à tondre efficacement les 2 à 2,4 kg de laine par brebis.
Après avoir été ballotée dans tous les sens, les quatre pattes en l'air, la brebis s'échappe enfin. Allégée, elle le fait comprendre d'un saut de cabri et file rejoindre les copines adeptes du même régime, la peau marquée du passage de la tondeuse.
La toison ne reste pas longtemps au sol, ramassée puis compactée à coup de pieds par les ramasseuses dans un grand sac en toile de jute.
Pour la commercialisation de la laine, Philippe Bonnet fait appel à Pascal Nalin, négociant installé à Mirabeau dans le Vaucluse et qui collecte dans tout le sud de la France. Comme l'éleveur, le grossiste est né dans ce milieu et a créé l'entreprise en 2007. Le tarif d'achat de la laine, fixé en ce mois d'avril, à un euro le kilogramme, rembourse celui de la tonte, qui dépend notamment de la région. "Un tondeur est payé à la bête et le prix est de 1,83 €", précise Romain Damiano. "Faites passer que ce n'est pas cher", glisse avec le sourire Jessy Lunel, à l'attention de l'éleveur.
Pour être acceptée par le négociant, la laine doit respecter certains critères. "Qu'elle soit propre, bien triée avec des lots homogènes", précise-t-il. C'est-à-dire sans excréments, ni pailles, sans petits bouts de laine et sans mélange de laines entre mères et agneaux. Ensuite, c'est tri à la main, reconditionnement en balle de 450 kg, confection de lots de 25 tonnes et exportation en Asie.
"Depuis le covid, la laine se vend moins chère et les ventes sont également difficiles à faire", explique Pascal Nalin. "De plus, le produit fini en France est onéreux et il n'y a pas assez d'acheteurs." Des raisons qui expliquent une activité de 60 % à l'export. Néanmoins, Pascal Nalin fournit également la laine, à la société Brun de Vian-Tiran à l'Isle-sur-la-Sorgue (Vaucluse). Après tri et lavage en Italie, la laine devient ainsi plaid ou couverture, valorisant un savoir-faire régional.
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