France 28/12/2025
Partage

Semences

Derrière la puissance française, les fragilités d'une filière clé

Réunie à Paris le 9 décembre dernier, l'interprofession des semences Semae a dressé le portrait d'une filière à la fois florissante sur le plan économique et sous forte pression face aux défis climatiques, géopolitiques et réglementaires. 

Depuis Paris, l'interprofession Semae a organisé mardi 9 décembre sa conférence de presse annuelle sous la thématique : souveraineté alimentaire, un enjeu national, une filière stratégique. 

© Crédit photo : ED

Leader mondial, ni plus ni moins. Avec environ 4 milliards d'euros (Mds€) de chiffre d'affaires, dont 2,5 Mds€ réalisés à l'export, la filière française des semences s'impose comme premier exportateur mondial et deuxième si l'on prend en compte l'ensemble des espèces. Elle occupe également la première place européenne en volume de production. Résultat : une balance commerciale largement excédentaire, autour de 1,3 Md€, à contre-courant d'un secteur agroalimentaire français globalement en déficit.

Cette puissance repose sur une longue chaîne, des sélectionneurs aux jardiniers amateurs : 75 entreprises de sélection ; grands groupes internationaux et artisans semenciers ; 274 entreprises de production et 4 900 de distribution ; 390 000 agriculteurs utilisateurs ; quelque 17 millions de jardiniers amateurs. "On reste sur un secteur avec une grande diversité d'acteurs et c'est quelque chose auquel nous sommes très attachés", souligne Pierre Pagès, président de Semae.

Derrière ces indicateurs solides, la filière alerte toutefois sur la fragilisation du réseau des agriculteurs multiplicateurs de semences, "clé de l'ensemble de la chaîne". Autour de 16 500, leur nombre est en baisse, sous l'effet de la pyramide des âges, de la spécialisation des exploitations et des arbitrages économiques qui poussent certains vers d'autres activités. "On ne peut pas demander à un agriculteur de s'engager dans une production qui demande beaucoup d'excellence de travail si on ne lui apporte pas une sécurité sur les moyens de production, l'eau en étant le premier d'entre eux", insiste le président.

Pour autant, la réduction du nombre de contrats s'accompagne d'une augmentation de leur taille moyenne, ce qui maintient globalement les surfaces de multiplication, en légère progression de 1% entre 2024 et 2025. Cette concentration s'observe aussi dans certaines filières en forte croissance comme le lin et le chanvre, qui gagnent 18% de surfaces en un an, quand d'autres, notamment les oléagineux, potagères et florales, reculent en surfaces, mais voient leur valeur augmenter.

Bio, biodiversité et climat

La montée en puissance de l'agriculture biologique constitue un autre axe majeur. Le règlement européen impose un recours généralisé aux semences et plants certifiés bio d'ici 2036, objectif que Semae juge "atteignable" vu de l'augmentation constante du nombre d'espèces couvertes en bio, malgré les à-coups conjoncturels sur les surfaces. La filière revendique par ailleurs un engagement de 350 000 €/an pour des actions en faveur de la biodiversité, via le soutien au Traité international sur les ressources phytogénétiques pour l'alimentation et l'agriculture.

Reste que des points de déstabilisations subsistent : la géopolitique, entre autres. La guerre en Ukraine a "perturbé très sensiblement les débouchés", notamment en grandes cultures, la Russie étant un des premiers marchés tiers pour certaines espèces, ce qui a généré des déséquilibres pour les exportateurs français. En parallèle, la hausse de l'inflation renchérit les coûts de production et fragilise la compétitivité des exploitations engagées dans la multiplication de semences.

Le changement climatique et la transition agroécologique constituent l'autre pilier des préoccupations. La création variétale est présentée comme un levier central pour renforcer la résilience au stress hydrique, aux bioagresseurs et aux contraintes environnementales. L'interprofession a lancé une étude avec AXA Climate pour modéliser, à l'horizon 2050, les impacts du climat sur la production de semences et orienter les choix de localisation, et de rotation. "On ne peut pas parler de souveraineté sans compétitivité et on ne peut pas parler de compétitivité sans sécurisation des moyens de production", résume Pierre Pagès, en appelant à sécuriser l'eau, les intrants et l'organisation de la filière.

Question posée, entre génomique et brevet

Interrogée sur le cadre européen des nouvelles techniques génomiques (NGT), la direction se dit favorables à l'accès à ces technologies, déjà largement diffusées hors d'Europe. "On a vraiment besoin de cette technologie pour permettre aux semences une meilleures d'adaptation au milieu", affirme le président, voyant dans les NGT un "effet accélérateur" pour répondre aux défis climatiques et agronomiques.

Le texte en discussion au niveau européen multiplie toutefois les points de vigilance pour la profession. Les critères de durabilité, la traçabilité, l'exclusion de certaines variétés tolérantes aux herbicides (VTH) et surtout la question de la propriété intellectuelle alimentent le débat. Semae défend quant à elle une ligne claire : maintenir le certificat d'obtention végétale (Cov) comme "premier driver" de la propriété intellectuelle dans le secteur des semences et préserver "l'exemption du sélectionneur", afin d'éviter une concentration de la valeur entre les mains de quelques détenteurs de brevets. "On doit savoir exactement ce qu'il y a comme trait dans une variété pour continuer à utiliser le Cov sans se retrouver pris au piège de la multiplicité des brevets", plaide la présidence, qui réclame des bases de données obligatoires et une information transparente.

Pour l'interprofession, qualité, sécurité, innovation et biodiversité sont ainsi quatre piliers indissociables d'une filière hautement stratégique, et pour le moins liée intrinsèquement à la souveraineté alimentaire. 

Anthony Loehr •

ICI
Votre encart
publicitaire !

Sur le même thème

Occitanie 19/11/2025

CŒUR D'OCCITANIE

Faire émerger une nouvelle...

L'association Finagri a choisi l'Occitanie comme région pilote pour expérimenter un modèle inédit de financement local, fondé sur la "valeur réelle" et la mobilis...
France 25/10/2023

coopératives viticoles

Les caves font de la résist...

Malmenée par des crises en série, la situation financière des caves coopératives reste fragile d'après le dernier rapport de l'observatoire économique et financie...
Var 13/10/2020

De nouvelles bases pour le...

La Chambre d’agriculture conservera un site à Vidauban. La session extraordinaire, réunie le 30 septembre, a validé le principe de l’achat d’un nouveau terrain, q...

Annonces légales

Publiez facilement vos annonces légales dans toute la France.

Grâce à notre réseau de journaux partenaires.

Attestation immédiate, service 24h/24, 7 jours/7

Derniers tweets

10/05/2023
@EPVarois fait le point sur les tendances et enjeux du marché foncier agricole varois avec le nouveau directeur départemental de la #SAFER Paca et le président du comité technique. https://t.co/qAljvKlzlO
https://t.co/qAljvKlzlO
28/04/2023
[A LA #UNE 📰]@AgriProv👇La Coopération Agricole Sud acte sa fusion avec les caves coopératives du 13 et du 83 ! 🍷, #eau 💧Appel à la sobriété, Groupama Méditerranée maintien le cap, un dossier #travaildusol et en📸 cap sur la grenade avec le projet de Frédéric Chabert sur Arles https://t.co/Vf3e5Z07t0
https://t.co/Vf3e5Z07t0
06/06/2023
🗞️Tradition, consommation et vigilance @VigneronsCoop 🍷-💧Extension du réseau hydraulique 'Colline des Costières' @BRLGroupe @Occitanie - 🐴Le festival Prom'Aude - Fusion @_Ctifl et La Tapy #expé - 🌡️Aléas #climat : solutions et prospectives - 📸Guillaume Chirat, maître #pâtes https://t.co/9XDBtwaWsl
https://t.co/9XDBtwaWsl

Abonnez-vous à nos hebdos

Chaque semaine, retrouvez toute l'actualité de votre département, des infos techniques et pratiques pour vous accompagner au quotidien...

Découvrez toutes nos formules

Dernières actualités

Newsletters

Inscrivez-vous GRATUITEMENT à nos newsletters pour ne rien rater de notre actualité !

S'abonner

Gardons le contact

Twitter : suivez toute l'actualité agricole utile du moment, réagissez
Facebook : partagez encore plus de posts sur l'actualité agricole de votre territoire
Instagram : suivez nos bons plans et partagez nos galeries de photos
Linkedin : élargissez votre réseau professionnel
Youtube : vidéos, interviews, DIY...