Semences
Réunie à Paris le 9 décembre dernier, l'interprofession des semences Semae a dressé le portrait d'une filière à la fois florissante sur le plan économique et sous forte pression face aux défis climatiques, géopolitiques et réglementaires.
Depuis Paris, l'interprofession Semae a organisé mardi 9 décembre sa conférence de presse annuelle sous la thématique : souveraineté alimentaire, un enjeu national, une filière stratégique.
© Crédit photo : ED
Leader mondial, ni plus ni moins. Avec environ 4 milliards d'euros (Mds€) de chiffre d'affaires, dont 2,5 Mds€ réalisés à l'export, la filière française des semences s'impose comme premier exportateur mondial et deuxième si l'on prend en compte l'ensemble des espèces. Elle occupe également la première place européenne en volume de production. Résultat : une balance commerciale largement excédentaire, autour de 1,3 Md€, à contre-courant d'un secteur agroalimentaire français globalement en déficit.
Cette puissance repose sur une longue chaîne, des sélectionneurs aux jardiniers amateurs : 75 entreprises de sélection ; grands groupes internationaux et artisans semenciers ; 274 entreprises de production et 4 900 de distribution ; 390 000 agriculteurs utilisateurs ; quelque 17 millions de jardiniers amateurs. "On reste sur un secteur avec une grande diversité d'acteurs et c'est quelque chose auquel nous sommes très attachés", souligne Pierre Pagès, président de Semae.
Derrière ces indicateurs solides, la filière alerte toutefois sur la fragilisation du réseau des agriculteurs multiplicateurs de semences, "clé de l'ensemble de la chaîne". Autour de 16 500, leur nombre est en baisse, sous l'effet de la pyramide des âges, de la spécialisation des exploitations et des arbitrages économiques qui poussent certains vers d'autres activités. "On ne peut pas demander à un agriculteur de s'engager dans une production qui demande beaucoup d'excellence de travail si on ne lui apporte pas une sécurité sur les moyens de production, l'eau en étant le premier d'entre eux", insiste le président.
Pour autant, la réduction du nombre de contrats s'accompagne d'une augmentation de leur taille moyenne, ce qui maintient globalement les surfaces de multiplication, en légère progression de 1% entre 2024 et 2025. Cette concentration s'observe aussi dans certaines filières en forte croissance comme le lin et le chanvre, qui gagnent 18% de surfaces en un an, quand d'autres, notamment les oléagineux, potagères et florales, reculent en surfaces, mais voient leur valeur augmenter.
La montée en puissance de l'agriculture biologique constitue un autre axe majeur. Le règlement européen impose un recours généralisé aux semences et plants certifiés bio d'ici 2036, objectif que Semae juge "atteignable" vu de l'augmentation constante du nombre d'espèces couvertes en bio, malgré les à-coups conjoncturels sur les surfaces. La filière revendique par ailleurs un engagement de 350 000 €/an pour des actions en faveur de la biodiversité, via le soutien au Traité international sur les ressources phytogénétiques pour l'alimentation et l'agriculture.
Reste que des points de déstabilisations subsistent : la géopolitique, entre autres. La guerre en Ukraine a "perturbé très sensiblement les débouchés", notamment en grandes cultures, la Russie étant un des premiers marchés tiers pour certaines espèces, ce qui a généré des déséquilibres pour les exportateurs français. En parallèle, la hausse de l'inflation renchérit les coûts de production et fragilise la compétitivité des exploitations engagées dans la multiplication de semences.
Le changement climatique et la transition agroécologique constituent l'autre pilier des préoccupations. La création variétale est présentée comme un levier central pour renforcer la résilience au stress hydrique, aux bioagresseurs et aux contraintes environnementales. L'interprofession a lancé une étude avec AXA Climate pour modéliser, à l'horizon 2050, les impacts du climat sur la production de semences et orienter les choix de localisation, et de rotation. "On ne peut pas parler de souveraineté sans compétitivité et on ne peut pas parler de compétitivité sans sécurisation des moyens de production", résume Pierre Pagès, en appelant à sécuriser l'eau, les intrants et l'organisation de la filière.
Interrogée sur le cadre européen des nouvelles techniques génomiques (NGT), la direction se dit favorables à l'accès à ces technologies, déjà largement diffusées hors d'Europe. "On a vraiment besoin de cette technologie pour permettre aux semences une meilleures d'adaptation au milieu", affirme le président, voyant dans les NGT un "effet accélérateur" pour répondre aux défis climatiques et agronomiques.
Le texte en discussion au niveau européen multiplie toutefois les points de vigilance pour la profession. Les critères de durabilité, la traçabilité, l'exclusion de certaines variétés tolérantes aux herbicides (VTH) et surtout la question de la propriété intellectuelle alimentent le débat. Semae défend quant à elle une ligne claire : maintenir le certificat d'obtention végétale (Cov) comme "premier driver" de la propriété intellectuelle dans le secteur des semences et préserver "l'exemption du sélectionneur", afin d'éviter une concentration de la valeur entre les mains de quelques détenteurs de brevets. "On doit savoir exactement ce qu'il y a comme trait dans une variété pour continuer à utiliser le Cov sans se retrouver pris au piège de la multiplicité des brevets", plaide la présidence, qui réclame des bases de données obligatoires et une information transparente.
Pour l'interprofession, qualité, sécurité, innovation et biodiversité sont ainsi quatre piliers indissociables d'une filière hautement stratégique, et pour le moins liée intrinsèquement à la souveraineté alimentaire.
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