LE PRADET
La crise du Covid de 2020 a été l'élément déclencheur d'une remise en question totale pour Pierre Vachier. Jusqu'alors producteur de fleurs coupées au Pradet, il s'est reconverti dans l'élevage de poules pondeuses, et profite pleinement de la forte demande des consommateurs.
Pierre Vachier
© Crédit photo : JD
À l'heure où certaines filières agricoles rencontrent des difficultés, d'autres font leur miel de certains chiffres. À l'image de celui de la hausse annuelle de la consommation d'œufs en France, soit +5%. Une donnée qui donne le sourire à Pierre Vachier et le conforte dans l'idée qu'il a pris la bonne décision en se réorientant vers ce type de production, en 2020.
Jusqu'à cette date, le sexagénaire était une personnalité bien connue du milieu horticole varois. "J'ai commencé avec la culture des roses, qui a supplanté celle des œillets, puis les strelitzias, les anémones, les mufliers et les pivoines...", énumère le presque sexagénaire, listant les différentes fleurs dont il est devenu un spécialiste, après la reprise de l'exploitation familiale en 1990, à 24 ans.
Autant d'évolutions de la demande des consommateurs et du marché, qu'il a accompagnées pendant 30 ans, pour finir par se spécialiser, vers 2015, dans la pivoine. Une fleur à forte valeur ajoutée, dont il est devenu un fin connaisseur au fil des années, et qu'il produit toujours sur son exploitation. L'élément déclencheur de sa remise en question professionnelle ? L'annonce, en mars 2020, du premier confinement, et de ses conséquences concrètes sur la pérennité de son exploitation. Pierre Vachier en est convaincu : il faut "passer à autre chose. J'ai perdu d'un coup 75 000 euros de chiffre d'affaires et j'ai dû jeter des mufliers et des pivoines prêts à être expédiés. J'en ai pleuré... Je m'en souviens parfaitement : c'est le premier printemps de ma vie, où j'ai pu prendre le temps de me poser et de réfléchir à la suite. J'ai compris que j'allais dans le mur si je poursuivais sur ce modèle de production".
Il a alors l'idée de se reconvertir dans la production d'œufs bio et plein air, "pour se différencier" du tout-venant. "Ça demandait peu d'investissements : j'avais le foncier et une partie des installations, en réadaptant des serres. Je ne partais pas de zéro." Il contacte rapidement la technicienne spécialisée dans la filière aviaire de la Chambre d'agriculture du Var, "pour obtenir en un minimum de temps un maximum de bagage technique". Il rencontre aussi des éleveurs et éleveuses : "Je me suis pas mal documenté, parce que je partais quasiment de zéro, avec les poules".
Le premier lot de 700 poules rousses arrive à l'automne 2020. "Je ne pouvais pas me manquer ! Il fallait que toutes les installations, les parcours soient prêts le jour J." Pour assurer ses arrières (financiers), Pierre Vachier met rapidement en culture des légumes (haricots, salades...) "pour réaliser la jointure, au cas où". Son premier débouché commercial est 'Terres d'Hyères', le magasin de producteurs hyérois dont il est un des cofondateurs. Il prospecte également tous azimuts et démarre les marchés de plein-vent autour de Toulon. "Très vite, Marcel & Fils m'a contacté pour les approvisionner en œufs", détaille l'éleveur, dont les boîtes estampillées 'Les gallines d'Augustine' sont aussi disponibles chez plusieurs agriculteurs partenaires, des magasins de producteurs, des primeurs autres supérettes proches du Pradet.
Le rythme de production s'accélère, au fur et à mesure que la demande grossit : dans les premiers mois qui suivent la création de l'élevage, de nouveaux lots arrivent rapidement. Avec 2 500 poules réparties sur sept parcours en plein air, il estime être parvenu à une taille optimale et n'envisage pas de l'augmenter. "Nous sommes arrivés à un palier. S'agrandir impliquerait de recruter un ou des salariés supplémentaires. Je suis à quatre ans de la retraite : libre à celui ou celle qui me succédera de le faire..."
Habitué jusqu'alors à amener ses fleurs au marché de Hyères, l'éleveur apprécie "de pouvoir enfin fixer son prix" et plébiscite la vente directe : "Vous avez de suite le retour des consommateurs. Et ceux que je reçois sont très positifs : on me dit que mes œufs ont du goût", se réjouit Pierre Vachier, qui a vu la demande des consommateurs exploser ces dernières années, proportionnellement à la baisse du pouvoir d'achat. "L'œuf est une source de protéines bon marché", rappelle opportunément l'éleveur, dont le mode de production (bio, local, plein air) répond aux attentes des consommateurs, dans son bassin de commercialisation.
Il a aussi pris le parti de soigner sa communication sur les réseaux sociaux et Internet - où il est très bien référencé - mais aussi le packaging de ses boîtes d'œufs. "Une somme de petits détails qui permettent de se démarquer de la concurrence", estime Pierre Vachier, qui n'a pas totalement renoncé à l'horticulture. Il possède encore "8 000 à 9 000 pieds de pivoines" en production, "une fleur en très forte demande" et à forte valeur ajoutée dont il maîtrise parfaitement la culture- il a été un des exploitants cofondateurs du Groupement d'intérêt économique et environnemental (GIEE) Pivoines-, mais qui ne constitue plus son revenu principal depuis quelques années.
Les CHIFFRES clés-
Plutôt que d'abattre ses poules de réforme, après 18 mois, l'éleveur a pris le parti de les vendre à des particuliers à un prix très raisonnable, en partenariat avec 'Les caquetteuses'. Une opération gagnant/gagnant pour Pierre Vachier, en termes d'image de marque, qui ravit aussi ses clients, désireux d'adopter une poule.
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