GARD
Depuis quatre générations, la famille Benoit cultive et commercialise du riz de Camargue. Les filles, Clarisse et Noémie, et leur mère Françoise sont aujourd'hui aux commandes. Elles poursuivent le projet familial entre innovation et authenticité.
Clarisse Benoit, dès l'aube sur le pont.
© Crédit photo : V. Handweiler
Au Sud de Saint-Gilles, dans la Gard, les champs de riz installés dans un dédale de canaux sont presque à maturité. Encore un mois et ce sera la récolte. À l'entrée de la Camargue, le coin est particulièrement verdoyant en cette mi-août bien sèche. Les champs s'étalent le long d'une jolie route étroite, bordée de canes de Provence, acacias ou saules. "Le riz, c'est un peu notre histoire familiale", raconte Clarisse Benoit, en charge des aspects commerciaux dans l'entreprise, avec un sourire posé.
Dans son bureau attenant à l'entrepôt flambant neuf, la jeune femme de 33 ans - charlotte sur la tête - retrace avec enthousiasme l'aventure de la production familiale. Arrivée en Camargue dans les années 1900, sa famille cultive du riz depuis quatre générations : un lieu où cette céréale s'épanouit particulièrement bien. "C'est une plante tropicale, alors elle s'accommode très bien des étés chauds avec les pieds dans l'eau. D'autant que les nuits sont souvent fraîches. Son principal ennemi est le flamand rose en début de saison. Ensuite, avant les récoltes, la pyriculariose, un champignon spécifique, est naturellement traitée par le mistral."
La commercialisation en direct a commencé avec son père, Jean-Louis Benoit, lorsqu'il crée la marque Canavere il y a plus de 30 ans. "À l'époque, le riz de Camargue n'était pas valorisé. Mon père a été parmi les premiers à le proposer en grande distribution avec une identité territoriale forte." Aujourd'hui, l'entreprise écoule plus de 1 000 tonnes de riz par an, sous le label IGP Camargue. Toute la famille est impliquée dans l'organisation à commencer par son oncle, qui cultive le riz sur les 300 hectares de terres familiale. La récolte est entreposée au silo de Tourtoulen (13), sur la route du Sambuc, où le grain est séché, puis décortiqué. "Le riz sort des rizières avec plus de 30 % d'humidité. Il faut descendre à 18-20 % pour pouvoir l'usiner", précise-t-elle.
Le son et la balle de riz sont ensuite valorisés en alimentation animale, cosmétique ou isolation. À Saint-Gilles, trois lignes de conditionnement assurent la mise en sachets des différentes gammes, sous contrôle strict des critères de l'IGP. La sœur de Clarisse, Noémie, pilote la production, la qualité et les audits IGP avec une équipe de quatre personnes, tandis que leur mère, Françoise Albini, gère la logistique et les aspects administratifs de l'entreprise. Quant au père, il continue à veiller sur les machines, transmettant peu à peu son savoir-faire.
La fierté de la famille reste l'innovation technique portée justement par Jean-Louis Benoit avec son brevet sur l'étuvage du riz. "Normalement, cette étape demande des heures de trempage et beaucoup d'eau. Mon père a mis au point une machine capable de traiter 800 kilos de riz en 4 minutes, grâce à de puissants jets de vapeur. C'est une rupture écologique et technologique par rapport à ce qui se faisait avant", explique Clarisse. Ce procédé, breveté en 2013, est le fruit d'un partenariat avec des ingénieurs de La Rochelle. Il réduit drastiquement la consommation d'énergie et améliore la qualité nutritionnelle du grain. Un partenariat avec une société italienne, spécialiste des machines de transformation des céréales contribue à le diffuser à l'international. L'esprit d'innovation s'est transmis à la génération suivante, tout en restant proche du riz, bien sûr.
"Pendant les confinements, on a continué à travailler, mais on passait aussi beaucoup de week-ends enfermé en famille. Avec ma sœur on s'est dit que ce serait intéressant de surfer sur la vague des bières de microbrasserie." Elles réfléchissent ensemble à une bière sans gluten, légère, mais goûteuse, qui se boit facilement l'été et plutôt pour un public féminin. Ce projet les conduit vers deux frères brasseurs passionnés, à Bouillargues. Ensemble, ils développent une recette à base de riz. Résultat : 'Caña vere'1, une blonde à 4,5°, distribuée dans quelques épiceries fines et servie sur des paillotes de Port-Camargue. "On ne voulait pas une bière gadget, mais un vrai produit de terroir."
Labellisé 'Producteurs Artisans de Qualité' en 2017 par le Collège culinaire de France et 'Artisans militants de la qualité' en 2024, la mise en valeur du riz de Camargue leur tient à cœur. Canavere développe ainsi des relations privilégiées avec des chefs étoilés soucieux de la qualité des produits qu'ils cuisinent : Damien Sanchez au Skab à Nîmes, Alexandre Couillon en Vendée, Pierre Augé au Petit Pierre à Béziers, ou encore Georgiana Viou, cheffe du restaurant Rouge, à Nîmes.
En 2022, Éric Gil, un chef indépendant qui travaille en prestation et à domicile, a été sacré champion du monde de paella à Valence (Espagne) en cuisinant le riz rond monovariétal gageron, issu des cultures des Benoit. Basé à Barbentane (13), il cherchait - en vain -une variété de riz rond cultivée en France. "La famille Benoit n'est pas assise sur ses acquis. Jean-Louis m'a tendu la main. Ce ne sont pas des personnes qui pensent tout savoir, ou ne veulent pas s'ouvrir à quelque chose de nouveau", raconte-t-il. Même si la production de riz rond en France ne représente que 4 % du riz rond européen, la Camargue possède des conditions pédoclimatiques exceptionnelles qui donnent à ce riz des propriétés particulières. Son faible taux d'amidon permet de réaliser avec succès la Socarrat, une technique de finition de la paella qui apporte un croquant exquis à la préparation une fois mélangée.
Un titre qui contribue à faire connaître Canavere dans le monde entier. L'entreprise commercialise sa production dans la grande distribution et auprès d'industriels ou d'entreprises de la restauration hors foyer. Elle répond aussi aux commandes publiques. Avec ses neuf références, son premier débouché reste les épiceries fines via des grossistes en France, et de petites quantités au Danemark et en Allemagne. Cette année a marqué un tournant, avec la vente de riz au Japon. "On a réussi à envoyer deux palettes. Pour nous, c'était incroyable, parce que là-bas, le riz est une institution. Qu'ils s'intéressent à notre riz de Camargue est une vraie reconnaissance", confie Clarisse avec fierté.
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