ALÉAS CLIMATIQUES
Balayé le 19 août par des grêlons de la taille de balles de golf, le Mas Réart a frôlé le désastre en plein cœur des vendanges. Mais en déversant 55 mm d'eau, l'orage a aussi offert une manne inespérée aux ceps assoiffés : en quelques jours, le gonflement des baies restantes a compensé en poids les grappes perdues sous la glace. Récit d'une belle frayeur dissoute dans un rebond hydrique.
"Sans les 20 à 30% de raisins tombés par terre, on aurait fait une année exceptionnelle", regrette Fabrice Haon, exploitant du Mas Réart.
© Crédit photo : Mas Réart
Le soir du 19 août, un violent orage s'est déclaré dans la plaine du Roussillon. "C'était un couloir de 10 kilomètres sur 10, entre le nord de Rivesaltes et le sud de Salses", précise Fabrice Haon, exploitant du Mas Réart. Le domaine de 20 hectares de vignes et 9,5 ha d'abricotiers qu'il mène avec Domitille Zazzi s'est retrouvé au cœur de la déflagration. "C'étaient des billes au départ, puis sont arrivées des balles de golf", raconte-t-il. Une chute de glace nocturne qui sort des schémas habituels pour Domitille Zazzi : "C'est très rare qu'il grêle la nuit."
Au réveil le 20 août, l'inquiétude était immense sur le domaine. Les vendanges 2026, démarrées très tôt dès le 4 août, s'annonçaient pourtant mémorables. Par chance, les côtes-du-roussillon et les muscats à petits grains avaient déjà été cueillis et mis à l'abri à la coopérative Cap Leucate (anciennement Arnaud de Villeneuve). Seule une dizaine d'hectares de muscat d'Alexandrie est restée exposée, subissant 20 à 30% de pertes de grappes tombées au sol. "Sans ces raisins par terre, on aurait fait une année exceptionnelle", regrette le vigneron.
Dans ce type de situation, l'urgence sanitaire impose de récolter au plus vite les grappes touchées par la grêle. En effet, une fois la peau du grain fendue par la glace, le jus sucré qui s'échappe peut déclencher l'apparition du Botrytis cinerea (pourriture grise) ou de la pourriture acide sur les autres fruits. En parallèle, le sucre attire insectes et oiseaux, venus banqueter sur les baies éclatées... et dégrader un peu plus les grappes. Mais, au Mas Réart, intervenir immédiatement s'est révélé impossible : "Le sol, gorgé d'eau par l'orage, se dérobait sous les roues de la machine à vendanger, qui s'est enfoncée dans les parcelles", raconte Fabrice Haon. Faute d'accès aux rangs, c'est la météo qui a - cette fois-ci - enrayé le risque : "On a de la chance d'être en Roussillon et d'avoir la tramontane qui sèche tout", se félicite le viticulteur. "Si on avait eu des conditions humides pendant plusieurs jours, ça aurait été beaucoup plus compliqué", ajoute-t-il.
Le constat s'est également révélé rassurant pour la structure des végétaux : au Mas Réart, ni le bois des ceps, ni celui des abricotiers n'a été endommagé. Seuls les feuillages et les fruits ont souffert. Mieux encore, les 55 mm d'eau déversés par l'orage ont déclenché une réaction physiologique inattendue.
Lorsqu'elle est soumise à un fort stress hydrique pendant l'été, la vigne puise l'eau directement dans ses propres baies. Avec cette pluie abondante, le phénomène s'est inversé : les baies restantes se sont gorgées d'eau à grande vitesse, gagnant 15 à 20% de poids. Cet apport inespéré a presque intégralement compensé la perte des grains éclatés, permettant d'atteindre le tonnage espéré avant l'orage. Un soulagement résumé avec humour par Fabrice Haon : "Tout est bien qui finit bien, à part qu'on a failli faire une crise cardiaque."
Si l'épisode se termine bien pour les vendanges du Mas Réart, le bilan demeure plus nuancé pour la quinzaine d'exploitations ayant déclaré un sinistre auprès de la MSA, dont Domitille Zazzi est élue. Pour les producteurs de figues, d'amandes, d'avocats, d'abricots tardifs, de courgettes ou de tomates plein champ touchés dans ce même couloir, la pluie n'a rien pu sauver. "Notre raisin est transformé, l'aspect visuel n'a donc pas d'importance. Mais pour ceux qui vendent des fruits frais, la grêle s'avère beaucoup plus impactante", rappelle Domitille Zazzi. Un fruit marqué par la glace perd toute valeur sur les étals et se retrouve déclassé vers l'industrie "pour devenir du jus ou de la confiture... et il est vendu à des tarifs nettement inférieurs", souligne Fabrice Haon.
Membres de l'Adelfa 66 (Agence départementale d'étude et de lutte contre les fléaux atmosphériques), Domitille Zazzi et Fabrice Haon accueillent sur leur exploitation un générateur anti-grêle, parmi la cinquantaine déployée à l'échelle du département. En cas d'alerte, ces dispositifs diffusent de l'iodure d'argent dans l'atmosphère, avec l'objectif de multiplier les noyaux de congélation et de limiter ainsi la formation de gros grêlons.
Cette nuit-là pourtant, la grêle a été particulièrement violente. Sur le grêlimètre de l'exploitation - une plaque de polystyrène qui enregistre les impacts -, les projectiles ont laissé de profondes empreintes. Leur analyse permettra notamment d'évaluer la taille des grêlons et de caractériser l'intensité de l'épisode.
LE SAVIEZ-VOUS ? -
Aussi saisissant soit-il en août, ce phénomène s'explique par la physique atmosphérique. Comme le rappellent régulièrement les experts de Météo France et de l'observatoire Keraunos, la chaleur estivale sert de carburant aux orages. Chargé d'humidité, l'air chaud proche du sol s'élève et alimente la formation de puissants cumulonimbus, capables de culminer à plus de 10 000 mètres d'altitude.
À mesure qu'il gagne en altitude, l'air se refroidit fortement. De la glace se forme autour de minuscules particules, appelées noyaux glaçogènes. Emportés par de puissants courants ascendants, les grêlons grossissent au contact de gouttelettes d'eau restées liquides malgré les températures négatives. Lorsqu'ils deviennent trop lourds pour être maintenus dans le nuage, ils chutent. Les plus gros peuvent alors atteindre le sol sans avoir entièrement fondu, même en plein été.
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