Occitanie 05/08/2022
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AGRICULTURE BIOLOGIQUE

L'Occitanie, 1re région de France en bio

C'est toujours dans notre région que l'on trouve le plus de surfaces biologiques  et de producteurs en bio, selon les chiffres publiés par l'Agence Bio. Seule ombre au tableau : le coup de frein sur la consommation des produits bio.

Avec plus de 57 000 ha en bio, l'Occitanie est la première région viticole de France.

© Crédit photo : Danijel Levicki/interbio Occitanie

Non seulement l'Occitanie reste la première région de France en bio mais, en plus, elle laisse loin derrière celle qui occupe la deuxième place, à savoir la Nouvelle Aquitaine, avec plus de 600 000 ha de surfaces cultivées en bio ou en conversion contre 360 000 ha pour cette dernière, et plus de 13 000 producteurs contre 8 800. C'est ce que disent du moins les données de fin 2021 publiées récemment par l'Agence Bio, l'observatoire de la production biologique nationale.

Si l'Occitanie fait beaucoup de bio (19,4 % de la SAU), c'est aussi parce que c'est une très grande région agricole mais, en proportion, elle en fait cependant moins que d'autres régions, et ne se place que troisième au niveau national en part de surfaces bio dans la SAU totale. Idem pour les fermes engagées en bio, soit 13 365, la plaçant en tête des autres régions, mais seulement au troisième rang français.

Il n'empêche : l'agriculture biologique continue à recruter en région, depuis 2015, "et la dynamique se poursuit en 2021, avec + 11 % d'exploitations et + 9 % en surfaces engagées par rapport à 2020", détaille Ludivine Cureau, chargée de mission à Interbio Occitanie. Toutes les filières sont concernées.

Viticulture et grandes cultures : les locomotives de l'agriculture biologique

Comme par le passé, que ce soit en nombre d'exploitations ou en surfaces engagées, les deux filières les plus importantes en bio de la région demeurent les grandes cultures (162 165 ha pour les céréales, oléoprotéagineux et légumineuses, soit + 9 % par rapport à 2020), particulièrement présentes dans l'ex-Midi-Pyrénées ; et la viticulture (57 042 ha), représentée majoritairement le long de l'arc méditerranéen. Pour cette dernière filière, la dynamique de conversion se poursuit en 2021, avec 380 à 400 conversions par an. Si l'année 2021 a été marquée par une baisse des rendements, liée notamment à l'épisode de gel d'avril dernier, pour l'année 2022, et si aucun aléa climatique ne s'invite d'ici la vendange, une augmentation importante des volumes bio, autour de 700 000 hl, est attendue.

Arrive en suivant le maraîchage, autre secteur très dynamique, et ce, sur l'ensemble des départements de l'Occitanie, avec une progression du nombre d'exploitations de l'ordre de 13 % entre 2020 et 2021 (de 2 367 à 2 677 exploitations), et de 12 % pour les surfaces engagées (de plus de 4 800 ha à 5 218 ha). Enfin, bien qu'occupant une place encore mineure, la filière des plantes à parfum aromatiques et médicinales (PPAM) a connu une conversion exponentielle de ses surfaces en bio, passant d'un peu plus de 1 000 ha en 2020 à 2 609 ha en 2021, soit 126 % de plus. Le nombre d'exploitations est, quant à lui, passé de 2020 à 2021 de 686 à 818, soit + 19 %. "L'envolée des cours du marché de la coriandre pourrait expliquer cette envolée des surfaces. En revanche, hormis pour le Gers, la croissance, sur l'ensemble des départements, reste normale sur les espèces traditionnelles que sont les herbes de Provence et les cultures pour les huiles essentielles", indique la chargée de mission. Mais cette croissance pourrait bien être interrompue dans son élan par la conjoncture actuelle.

Coup de frein sur la consommation

Déjà, à la fin de l'année 2021, l'inflation commençait à se faire ressentir, tant au niveau des marchés qu'à celui de la consommation des produits bio. Et, depuis début 2022, "on assiste à une contraction importante du marché sur tous les produits à forte valeur ajoutée. Il semblerait que le marché des produits bio souffre plus avec des baisses plus importantes que les produits de l'offre conventionnelle", indique Ludivine Cureau. Comme toujours, le premier poste de réduction du budget des ménages porte sur l'alimentation. Les filières pour lesquelles les chiffres de la consommation diminuent le plus sont les filières laitières, les fruits et légumes, les œufs et la viande bovine, avec forcément un impact sur les producteurs.

Mais si la baisse de la consommation est avérée, ce constat est à nuancer selon les produits, et surtout selon les circuits de vente. Les ventes ont en effet surtout diminué dans la grande distribution. Avec "l'explosion" des achats de produits de premiers prix, nombreuses ont été les grandes et moyennes surfaces à déférencer les produits bio pour se recentrer sur les marques de distributeur (MDD). "Beaucoup de rayons bio ont été également remplacés par des rayons dédiés aux produits locaux", ajoute-t-elle. Les magasins bio spécialisés ont vu, eux aussi, leurs ventes baisser, sous l'effet d'une fréquentation moindre et d'une diminution du panier moyen importante fin 2021 et début 2022. A contrario, la vente directe, les artisans et la restauration collective sont en croissance.

Outre les effets de l'inflation, un autre élément vient s'ajouter à la moindre appétence des consommateurs pour les produits bio, à savoir la concurrence d'autres démarches privées ou publiques telles que la Haute valeur environnementale, les produits sous signe d'identification de la qualité et de l'origine (Siqo). "La multiplication des labels introduit de la confusion chez les consommateurs", regrette le président d'Interbio Occitanie, Daniel Gerber. Et cette confusion est accentuée par le fait que la plupart de ces produits prennent, dans leur élaboration, une partie des critères du cahier des charges de l'AB, portant ainsi des promesses considérées comme similaires au bio par les consommateurs, et pour un coût moindre. Imparable en temps d'inflation aigüe. Les arbitrages financiers sont vite faits. Autre dommage collatéral : l'appétence des consommateurs pour les produits locaux, mais sur laquelle pourrait surfer le bio.

Le bio sort ses "muscles"

Si, jusqu'ici, les producteurs en bio n'avaient pas besoin de communiquer, la référence AB étant largement identifiée et plébiscitée par les consommateurs, tel n'est plus le cas aujourd'hui. "Le travail qu'ils accomplissaient jusqu'à maintenant ne portaient que sur la production de l'amont, la structuration des filières et celle de l'offre. Cela ne suffit plus aujourd'hui. Ils doivent à présent se mettre à communiquer sur leurs produits, rappeler ce que cela signifie de produire en bio, en termes de préservation de l'environnement, de maintien de la biodiversité, du respect du bien-être animal ou encore de proximité alimentaire. C'est ce travail de fond qui doit être entrepris auprès des consommateurs", détaille Ludivine Cureau.

Pour ce faire, l'Agence Bio va lancer une campagne de sensibilisation sur l'agriculture biologique auprès du grand public, en donnant les clés de toutes les valeurs et pratiques durables qu'elle implique, mais aussi en vulgarisant les contenus des cahiers des charges, les garanties apportées par ceux-là et leur contrôle. "Autant d'éléments qui permettront aussi de faire comprendre aux consommateurs pourquoi les produits bio sont plus chers, et pourquoi il est important de maintenir des prix rémunérateurs pour les producteurs", explique la chargée de mission. Un enjeu de taille, car la croissance de la consommation est la clé pour poursuivre le développement des filières bio. 

Florence Guilhem •

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